‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 15 sur 45 · avril · texte numérisé non relu

avril

L'ŒUVRE DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES a RS ———

Quant aux tribulations et traverses qui provoquent les larmes dans l'instant même où le bien tant désiré se réalise, M. l'abbé Bridet les explique par d'admirables raisons : A notre action il faut la grâce qui féconde : autrement elle demeurerait stérile. Or, la grâce jaillit du Calvaire. De plus, par l’humiliation et la souffrance, Dieu en quelque sorte nous ménage: il nous prémunit

; il nous garantit contre nous-mêmes, contre la sotte vanité et le fol orgueil. Dieu enfin a pour nous des réserves d'éternité.

Ou je m'’abuse étrangement ou ces lettres sont révélatrices d'une âme, très haute, très forte, très

belle, Notre-Seigneur avait bien choisi les premiers ouvriers de son œuvre.

Il s’en fallait que le P. Chevrier traitât sa pénitente, habituellement du moins, avec cette délicatesse et douceur. Chaque saint a sa méthode, et toute méthode est bonne qui conduit les âmes à Dieu; mais quelle vigueur surnaturelle ! Il la savait assez forte pour porter le poids de sa parole.

Un jour qu'elle est à ses pieds, sollicitant, au

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Voyez quelle préparation subit le pain ordinaire. On sème le grain... Il meurt en terre... Il croît,

s milieu de bien des contrariétés, contradictions et

traverses, un peu de réconfort : « Oh! qu'il faut s’en

= voir, n’est-ce pas, avant que Dieu nous choisisse pour 1 a ! = = : 4 | faire un peu de bien! » Et il reprend une image 4 Ë qu'il aimait : « Soyez le pain de Notre-Seigneur, a r 3

puis il est coupé par la faulx du moissonneur, : puis criblé, pétri, mis au feu, mangé... Vous n'êtes à encore qu’au moulin... Vous en verrez bien

d’autres...

« Cependant, courage! Demandez les lumières

du Saint-Esprit pour vous conduire en tout comme l'enfant du bon Dieu et savoir les démarches à faire.

De la prudence... Pas d’empressement... Notre- Seigneur a mis quatre mille ans à préparer sa venue;

ce n'est pas en quatre jours que vous réaliserez vos -

désirs. Attendez le moment de Dieu. »

« Ne faisons rien de nous-mêmes. Laissons agir Dieu. Tout ce que j'ai fait a toujours été défait. C’est

Dieu qui fait les âmes. Ne précipitons rien. Conti-

nuez à méditer sur l’anéantissement eucharistique de

Notre-Seigneur.…. »

Et comme la pénitente demandait au Père de lui

obtenir la grâce d'entrer dans ses sentiments de

représentant de Dieu près d'elle, dans son vouloir, il répondit :

- « Servez-vous de votre Père comme d’ Pour monter plus haut. Posez le pied s

Vous élever vers le Ciel: mais rien d tout soit divin.

dans sa pensée,

une échelle ur lui, pour ‘humain ; que

» Pour le calme de l'âme

et sa placidité, cherchezles dans les

oraisons. Entrez dans l'humilité loujours; que Notre-Seigneur vous

soit tout en toutes choses. »

Une autre fois, il incarne sa pensée dans une image saisissante « Si vous voulez réussir,

n'oubliez pas d’y mettre un peu de paille et un pe

u de bois : Paille de la Crèche, pauvreté et mortification : boi

s du Calvaire, humilité et sacrifice.

Confiance ! Tout ira bien,

Vous réussirez. Tout arrivera en son temps. A cha-

Cun sa grâce... »

© Puis, comme s'il craignait d'en avoir trop dit, il se reprend avec une sorte d’enjouement :

« Moi, j'ai la mission de faire

le catéchisme.… Vous, vous voulez Souverner la F

rance, et vous ne Savez pas même 8ouverner votre bonne ! Moi, je ne

m'a fallu garder ux heures: il s'était enfui..

Sais pas gouverner mon portier. Il la porte pendant de

. Vous

voulez que je vous guide dans vos projets. Je ne suis rien. Je ne sais rien. Je ne suis bon à rien. » — « Mais alors, répond la pénitente, si vous ne voulez plus me diriger, que vais-je devenir? Je serai vite découragée, tant je sens ma faiblesse ! Et puis, je ne veux pas mettre tout le monde en l'air pour rien. » Le Père se recueille et sourit : « Courage ! Nous prierons pour vous, et tout ira bien. »

Un jour, elle se présente un peu plus en toilette que de coutume. Sa mise, à l'ordinaire, était plutôt sombre et austère; mais par condescendance pour le milieu où elle fréquentait et suivant des conseils qui lui avaient été donnés, elle apporta quelques modifications à son habillement. Le Père la regarde, j'allais dire qu’il la toise : « Qu'est-ce que c’est que cela ? dit-il avec une sorte d’indignation. Qu'est-ce que ce chapeau ? Cette couronne ?... Mais quelle idée que celle de la condescendance! Comme si Dieu pouvait se servir de l'esprit du monde, de la vanité de ces femmes du monde!.. Oh! non, non... Cela le repousse. Cela l’éloigne… Couvrez-vous de bure….. Adoptez un costume, toujours le même... Pas de vanité, vous dis-je, non se1lement dans la toilette, mais dans les manières, dans le langage... Pas de

conversations oiseuses ; pas de futilité dans vos rela-

tions. Devenez une âme de prière, si vous voulez faire quelque chose... »

Et le Père ne reculait ni devant le mot brutal, ni devant l'image réaliste : « Êtes-vous autre chose qu'un chien destiné à aboyer ? Commencez par prier, si vous voulez que vos aboïiements soient entendus. » Passe encore cette assimilation : elle rappelle saint Dominique, le songe de sa mère et les armoiries des Frères-Prêcheurs ; mais celle-ci : « Vous vous croyez qu’ique chose. Vous ne savez rien; vous êtes un pauvre âne. Vous vous mettrez à braire ; espérons au moins qu'on finira par vous entendre. » L'ange de l'École, saint Thomas d'Aquin, fut bien comparé par son maître à un bœuf dunt les mugissements devaient retentir dans le monde entier, Il est vrai qu’en parlant de la sort® Albert le Grand entendait exalter son disciple. Le P. Chevrier prétendait humilier sa pénitente et en même temps la fortifier. Écoutons-le jusqu’au bout ; la pauyre âme l'écoutait bien, elle, et, avidement, recueillaitchacune de ses paroles et s’en nourrissait : « Vous ferez beaucoup de démarches. Vous vous agiterez beaucoup. Vous écrirez beaucoup; peut-être sur mille paroles n’y en aura-t-il pas dix de bonnes et qui produiront quelque fruit. Vous ne ferez pas grand’

chose ; mais cependant uu petit bien sortira delà... » Un petit bien sortira de là. En voilà assez pour rele. ver le courage et pour affronter le reste. Quel est ce reste? « Attendez-vous aux déceptions, aux humiliations, aux croix de toutes sortes... On dira que vous êtes une intrigante, une meneuse, que vous cherchez à vous mêler de tout. Laissez dire. » Elle laissera dire. « Il est tout clair qu'une pensée n'est jamais complète au début, qu'une œuvre laisse plus ou moins à désirer. Nous sommes si imparfaits ! Il y aura toujours le côté faible qui dressera contre vous des détractenrs. Cependant un bien sortira de tout cela. Marchez. C’est votre vocation : c'est une vocation comme une autre, comme la mienne, comme celle de Benoît Labre... Étudiez l'Évangile. Vous ne le savez pas. Bienheureux ceux qui souffrent persécution ! Malheur à vous, quand on vous baise les mains, quand on vous traite avec honneur! Bonheur à Vous, quand on vous dit des injures, quand on vous méprise !.. Qu'êtesvous?., » Le Père avait une façon d’accentuer celle interprétation : Qu'él. us ? qui glaçait et pétrifiait. C'était sur ses lèvres, à lui, prêtre si humble et si grand, comme la voix terrible du Dieu de majesté.

Et il reprenait : « Ne comptez sur aucun ami, mais

seulement sur Notre-Seigneur. Servez-vous quand même de ceux qui se présenteront... Vous ne fonderez rie, vous n'édifierez rien. Vous n'habiterez nulle part. Vous serez le Juif Errant.. Votre mission sera de semer, cinq ans, six ans et plus... Vous soufllerez quelques idées ; d’autres les complèteront, Dans votre vie voyageuse, faites le chemin de la croix, trois pas en avant; puis, arrêtez-vous pour prier... »

Et les ironies humiliantes recommençaient, tempérées parfois d’un bon sourire :

« Tout le monde vous connaît. Vous êtes reçue par les évêques, et cela vous va. Ils vous bénissent ; mais toutes ces bénédictions n’entrent pas à cause de votre orgueil; elles passent sur votre tête sans même toucher les cheveux. Ah! je vous connais bien... »

Et, après un silence :

« Cependant vous attraperez quelques petits mérites, par ci par là, à travers toute cette vie.

» Ÿ pensez-vous ? Une grande œuvre comme cellelà demande de la sainteté. Une petite œuvre comme la mienne peut s'appuyer sur des âmes ordinaires ; mais quand il s’agit de Dieu en personne, d’une œuvre eucharistique, oh ! il faut de la sainteté pour

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES 99 a — y travailler, Purifiez-vous sans cesse, Soyez intérieure. Soyez âme d'oraison…..

» Faites les démarches nécessaires, oui; mais surtout priez, Nous prierons avec vous et Pour vous, Lu prière, c'est le moÿen raccourci d'arriver... Ah! si vous étiez une sainte, cela irait plus vite, L'Eucharistie est à l’état de passion chez vous, Remerciez Notre-Seigneur que cela ait tourné du bon côté,

sans quoi... Mon Dieu, que vous auriez fait un mauveis sujet!.. »

Dans une autre direction où elle faisait remarquer au Père que tel personnage, jusque-là très dévoué, se refroidissait : « Il en sera toujours ainsi, ré. pond le Père; un jour bien, un jour mal, » Et il redit cette parole profonde : « Dieu seul fait les œuvres. »

La pauvre âme insiste : les bons, les meilleurs eux-mêmes, ont peur de la seconder ; ils se tiennent à l'écart, prêts à la louange si elle réussit, prêts à la critique et.au dénigrement si elle échoue. Le Père lui répond : « Faites cé que vous pouvez, Calme, prudence, maturité, humilité toujours, en tout et partout... »

Le lendemain, c'était un autre son de cloche, une

cloche d’alarmes, et des Paroles si âpres, si morti-

fiantes et en apparence si contradictoires, que le courage faiblissait, et la poitrine était pleine de sanglots, et la voix dans la gorge s’étranglait. Le Père alors, de sa main bénie, doucement la frappe et il lui dit : « Ne vous tourmentez pas; vous avez besoin de souffrir, — Mais, mon Père, vous m'avez dit que si je ne fondais rien, du moins mes paroles éveilleraient l'attention et produiraient quelque fruit; d’autres fois vous me dites de rester tranquille et de ne point me produire. Certes il m'en coûte assez de paraître... Je ne puis plus continuer ce métier, à moins que l’obéissance ne m'y entraîne. Or, ma confiance en vous est telle que, si vous me dites d’y renoncer, je le ferai, croyez-le. — Vous ne pouvez donc pas boire le calice ? — Oh! si, avec la grâce de Dieu, je le puis. Je sais ma profonde misère; ma force est dans l'obéissance, et je ne puis supporter d’être un instant en opposition avec vous. — Eh bien, allez votre vie errante. Soyez le petit chien de garde de l'Eucharistie. Dieu vous donnera en son temps les personnes nécessaires. Installez-vous de nouveau à Avignon. Vous irez ailleurs aussi. Pénétrez-vous de ces paroles : 1! faut qu’Il croisse et que je diminue. Il est tout clair que vous ne trouverez pas de directeur; l’œuvre n’est

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES Lei

oo, me — — qe eo

point assez caractérisée... Marchez quand même, et courage | »

Et ce fut comme les adieux du Père: car il va faire une longue maladie qui le mettra à deux duigts d' la mort, et la pauvre âme, enrichie de sa forte uoctrine spirituelle, ne tardera pas à « marcher » et à « mendier » pour le salut du monde par le Très Saint-Sacrement. Elle avait bien compris que, pour toucher d’un peu près à l’Eucharistie, il faut une purification grande et profonde, intégrale, et donc l'épreuve. L’Eucharistie n'est-elle pas sortie de la Croix? D'autre part la sainte Victime n’appelle à son service, que l'on ait la vocation d'apôtre, d'adorateur, de serviteur ou de "rvante du Très Saint- Sacrement, que des immolés.

Mgr Doutreloux, évêque de Liège et président des Congrès Eucharistiques, lira un jour ces notes et il écrira : « J'en suis à ma seconde lecture : elles me font tant de bien ! Quelle admirable direction! quelles espérances pour les Congrès et le mouvement eucharistique ! Quelle consolation, quel encouragement, quel stimulant pour ceux et celles qui y travaillent, soit par l’action, soit surtout par la prière !! »

t. Lettre du 20 mars 1893.

Le pieux évêque y reviendra plus tard et il dira : « Le Père Chevrier était chargé par le bon Dieu de vous confier un dépôt. Il devait vous traiter comme il l'a fait, pour mieux vous faire comprendre comment et en quel esprit vous deviez le recevoir. Soyez toujours fidèle à cette direction d’'humilité, d'oubli et de sacrifice que le Père vous a donnée et que Mgr Richard a confirmée t, »

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