‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 24 sur 45 · Œuvres, tome Il, titre xxxvr · texte numérisé non relu

Œuvres, tome Il, titre xxxvr

mais qui, du fond de sa prison volontaire, répand sur ses amis fidèles des trésors de lumière et dé virilité, ils ont senti qu’en lui — mais en lui seul — était leur force, qu’autour de ce roi méprisé, près de leurs évêques et de leurs prêtres, ils devaient se serrer, la prière aux lèvres et l’humilité dans le cœur, et mériter de faire agréer, par cette cause immortelle, leur trop insuffisant effort.

» Ils s'appliquent donc à faire aimer et servir le Dieu du Tabernacle, en fortifiant ses confréries, en lui procurant une nombreuse escorte, quand il passe à travers nos cités pour nous bénir, au jour de sa grande fête, ou pour porter à l’âme des mourants son viatique vers l'éternité, en favorisant enfin l'organisation de ces Adorations diurnes ou nocturnes dont la succession non interrompue entoure son trône eucharistique d'un culte vraiment perpétuel. Et quand ils remplissent cette partie de leur tâche, ils n'oublient pas qu’appelés surtout à combattre en dehors de l'enceinte sacrée, ils ne sauraient avoir, dans les œuvres qui touchent de si près au sanctuaire, qu'une intervention discrète, dont la délicate et respectueuse mesure n'’affaiblit en rien d’ailleurs l'énergie de leur concours.

» Ainsi disposés, ils ne pouvaient manquer d’ac-

manne —

cueillir a° :c bonheur la Proposition présentée dans l'Assemblée générale tenue à Paris en 1874 et tendant à ce que, pendant l’année 1875, des pèlerinages considérés comme nationaux fussent dirigés vers tous les sanctuaires illustrés Par des manifestations de la présence réelle de Notre-Seigneur au Très Saint Sacrement des autels. Et nous, catholiques du Nord, nous avons été d'autant plus heureux de nous associer à cette pensée que, dans la ville de Douai, à laquelle de si fraternels liens nous unissent, nous trouvions, parmi toutes les splendeur, religieuses de sa glorieuse histoire, un des plus grands miracles eucharistiques qui aient été constatés.

» Nous nous sommes dit : Voici venir le jour du nouveau triomphe de notre Roi! voici qu'au moment où la fausse Philosophie pervertit toute doctrine, où l'indifférence Sagne toutes les âmes, où l’égoïsme des peuples et des individus oblitère .toutes les notions de l’éternelle justice, nous verrons affirmer et glorifier la vérité surnaturelle dans sa source la plus mystérieuse en même temps que dans une de ses plus éclatantes démonstrations. Nous qui croyons et qui aimons, mais qui devons augmenter notre foi el grandir notre amour à la hauteur de l'ingratitude de ceux qui ne croient plus, nous nous rassemblerons,

mn

sous les yeux de nos pasteurs, et, certains de ne point faire assez pour le divin délaissé des autels, nous examinerons ce que, dans notre infirmité, nous Pourrions ajouter à nos hommages... »

À propos du respect humain chassé des grands centres ct qui semble vouloir se réfugier dans les petites villes et jusque dans les campagnes, un cri viril échappe à M. Champeaux :

« Nous avons peur, Messieurs ! Est-ce possible, et de qui donc sommes-nous les fils !

» Aux premiers jours de notre histoire, le fondateur de la monarchie française s’écriait, en entendant le récit des douleurs de l’'Homme-Dieu : « Que n'élaisje là avec mes Francs ! » La Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ s’est continuée à travers le monde, et dans les siècles passés, chaque fois qu'il s'agissait d'épargner à son Dieu quelque nouvelle injure ou d'écarter de-ses autels quelque nouveau danger, la France était à genoux dans une immense prière, ou debout pour d’héroïques combats. Alors, par la piété de nos ancêtres, le Christ consolé régnait, du fond des tabernacles, sur les intelligences et sur les cœurs. Aujourd’hui, Messieurs, quand nous regardons le monde, Pouvons-nous dire que la Passion du Ghrist ait cessé, et NOUS, qui craignons de nous

TE — montrer ses fidiles, ne sommes-nous donc plus des Francs, et sommes-nous encore des Chrétiens? Ah! combattons sans relâche ce mal dissolvant qui nous mène à toutes les ruines: relevons le courage de ces indécis et de ces tièdes, afin que le Maître, dont ils rougissent à de certaines heures, ne les rejette pas de sa bouche, et que le peuple au sein duquel ils vivent ne soit pas conduit à d'irrémédiables décadences. Faisons renaître au milieu de nous cet esprit d’assoc:ation qui était si puissant autrefois et qui est l'esprit même de l'Église, afin que les natures chancelantes soient fraternellement soutenues par des natures plus fortement trempées ; unissons-nous pour la lutte et portons fièrement, comme en ce jour, la Croix d’où nous viendra le salut ; opposons à chaque oppression de l'iniquité triomphante la noble protestation de la conscience révoltée, à chaq: perfidie des faux docteurs l'affirmation totale des : ‘rités sorties de la bouche infaillible de Pierre, à chaque injure qui resserrera la couronne d'épines sur le front sariglant de notre Dieu, la réparation immédiate de nos sacrifices humblement consentis et de notre amour publiquement témoigné ! »

Ecoutons encore cette péroraison admirable :

« La région du Nord a pris une belie part au retour

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qui se manifeste, de tous côtés, vers la dévotion

eucharistique, Mais dans un pays comme le nôtre,

où la foi a conservé de si profondes racines, on peut, on doit faire bien plus encore.

» Nous, les croisés du Très Saint Sacrement, qui allons emporter de cette journée mémorable une ardeur nouvelle ajoutée à celle qui nous anime déjà, redoublons d'efforts Pour le faire aimer et glorifier davantage. Devenons véritablement ses serviteurs et ses humbles apôtres et, à mesure que le monde, dévoré par le matérialisme, abreuvera notre Dieu caché de plus de haine et d'opprobre, offrons-lui plus de dévouement et de consolation,

» [l'y a dix ans, l'Œuvre de l'Adoration nocturne de Paris comptait encore Parmi ses membres un homme, j'oserais Presque dire un saint, dont la mémoire doit être à jamais vénérée. I1 serait trop long de vous dire ici, même à grands traits, tout ce que sa vie si parfaite et si simple enseigne aux adorateurs du Très Saint-Sacrement. Nous ne voulons en détacher qu'une Page, afin de terminer ce rapport

Par ce qui laisse dans les âmes une impression plus

Profonde que tous les discours, l'argument de l'exemple !

» Antoine Ricoux remplissait, à l’Adoration noc-

turne de Paris, les fonctions d'hôlelier, et, à ce titre, il se chargeait de transporter tous les jours, d’une église à l’autre, les objets de couchage qui devaient servir au pieux campement de la nuit. Son âge et les longues distances rendaient celte occupation très

fatigante et bien souvent, dans les chaudes et lourdes journées, il sentait la soif monter de sa poitrine brûlante à ses lèvres desséchées. Il s’arrêtait alors devant un cabaret; puis, prenant une pièce de monnaie dans sa poche droite, il la mettait dans sa poche gauche et poursuivait son chemin jusqu'à ce qu'il eût rencontré un pauvre. Dès qu'il l'apercevait, il laissait un moment sa charrette, il s’avançait vers lui, la tête découverte par respect, et lui donnait la pièce de monnaie en disant ; « Tenez, Seigneur, voilà pour vous désaltérer ! »

» Messieurs, faisons-nous assez pour désaltérer le Bon Maître ? Aujourd’hui plus que jamais il tend, à travers le monde, ses mains ensanglantées pour solliciter de la pitié des âmes qui lui doivent tout, une partie de ces divins trésors qu'il leur a donnés ; iltend les maias pour son Vicaire que l'on crucifie, pour ses évêques et ses prêtres que l’on emprisonne où qu'on exile, pour ses pauvres que l'on oublie, et pour lui-même le grand pauvre du tabernacle que

a ———— — les méchants insultent et devant qui ses disciples passent indifférents. Ah! donnons-lui pour tous les besoins de son Cœur ; mais donnons-lui surtout notre fidélité aux pures croyances de l'Église, notre affection manifestée par des actes, notre garde quand il sort du temple, notre adoration du jouret de la nuit autour de son trône eucharistique! C'est ce que nous pouvons offrir de plus consolant et de plus doux à l'éternel sitio de son amour! ! »

Sous le charme de cette pieuse éloquence, nous nous sommes un peu attardé; mais, outre qu'en Gustave Champeaux nous avons voulu saluer un des bons ouvriers eucharistiques de la première heure, il nous a plu aussi de nous arrêter un ‘nstant 4 cette Assemblée Générale de Douai, qui fut comme je prélude des Congrès Eucharistiques de France.

Mgr Perché, archevêque de la Nouvelle-Orléans, félicita l'auditoire et la nation française de sa fidélité au Dieu les ancêtres, puis tous les évêques étendirent sur les croisés du Saint-Sacrement à genoux leurs mains chargées de bénédictions.

‘après-midi tout autre est le spectacle, La ville

1. ftepport sur les Œuvres Eucharistiques de la Province de Cam! Lille, imprimerie de Lefebvre-Ducrocq, 1875,

n’est plus reconnaissable, Sur un parcours de plus de trois mille mètres, huit cent mâts portent dans les airs des banderolles, des écussons, des drapeaux tricolores. D'un mât à l’autre, des guirlandes de tarlatane, où cent mille fleurs s’épanouissent, s’enlacent, se courbent, se relèvent; s’envolent. Partout des inscriptions chantent, implorent ou adorent le Christ de l’'Eucharistie. Aux fenêtres, entre les guirlandes, se balancent des corbeilles vertes et fleuries. Partout de riches bannières, partout des arcs de triomphe, même dans les rues où ne passera point le Saint-Sacrement. RueSaint-Jean, une vigne grimpant le long des fenêtres enlace de ses souples rameaux six grandes bannières, qui retracent dans leurs emblèmes la vie de Notre-Seigneur, et sortent d'un massif de roses. Au centre de la façade, de longs rideaux blancs constellés d’or couvrent la porte et encadrent les armes du Saint-Père que surmonte, dans un tympan de feuillage d’or, le nom de Jésus formé de roses rouges. A l’étage supérieur, sur une draperie blanche qui recouvre les fenêtres, c'est un étincellement d'étoiles ; les trumeaux sont garnis de de vases précieux, d'o’ :chappent des guirlandes qui vont former des x. 0requins aulour de lustres fleuris de roses. Une large draperie blanche bordée

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vert et or descend du toit et ombrage ce prestigieux ensemble que complètent, au sommet, des oriflammes agitées par la brise. L'Hôtel de Ville, le Palais de Justice, l'Hôtel du Dauphin se sont associés à la joie Commune, si bien que, les couleurs nationales mélées au drapeau du Pape, on peut dire que la France et la Religion fraternisent, Place Saint-Amé, où se dressait avant la Révolution l’église du Miracle, une chapelle de feuillage, surmontée d’une flèche toute en verdure, émerge au-dessus des Platanes qui l’entourent, Vlace d’Armes, un reposoir d'architecture ogivale s’harmonise avec le style du beffroi qui le domine. Sur l'Esplanade, l’armée a construit un portique grec dont les colonnes, les entablements et le fronton sont formés par des lances, des sabres, des baïonnettes, avec cette inscription: Au Dieu des armées, C'est dans ce décor de rêve et dans le rayonnement d’un soleil très doux qu'à deux heures, au son des cloches, le cortège, massé sur l'Esplanade, s'ébranle, La foule qui regarde, est immense, Emue et recueillie, les gendarmes à cheval n'ont aucune peine à la contenir, Quelle procession : plus de dix mille dignitaires et pèlerins !

Deux parties dans ce poème : la première représente la France des Pèlerinages, Elle se subdivise en trois :

pèlerinages des saints protecteurs de Douai, pèleririnages des saints protecteurs de la Patrie, pèlerinages de la Très Sainte Vierge, et les bannières que portent les pèlerins concourent à la représentation symbolique de l’idée : bannières de saint Amé, de saint Jacques, de saint Pierre; — bannières de saint Martin, de saint Vincent de Paul ; — bannières de Notre-Dame de Boulogne, de Notre- Dame de Saint-Omer, de Notre-Dame de Tournai, de Notre-Dame des Victoires, de Notre-Dame de Lourdes, de Notre-Dame de la Treille, de combien d’autres !

La seconde partie glorifie le Saint-Sacrement. Trois bannières rappellent le Miracle de Douai. Vingt rappellent la tradition chrétienne de la foi au mystère eucharistique. L'une, en velours rouge brodé d’or, représente Notre-Seigneur tenanten main l’Hostie et disant : « Ceci est mon corps. » Dix-neuf autres, en drap d'argent rehaussé d'or, symbolisent les dixneuf siècles eucharistiques. Chacune, irradiée d’une Hostie éclatante, a pour épigraphe une parole empruntée à l’un des docteurs du siècle dont elle exprime la croyance : saint Paul, saint Irénée, Tertuillien, saint Cyrille, saint Chrysostome, saint Remi, saint Grégoire, saint Jean Damascène, saint Paschase

Radbert, Fulbert, saint Anselme, saint Bernard, saint Thomas d'Aquin, Urbain IV, Thomas à Kempis, le Concile de Trente, Bossuet, Bridaine, le cardina! Giraud. L’insitution de la Fête-Dieu est évoquée par vingt-quatre oriflammes sur lesquelles circule en broderies le texte du Lauda Sion. Enfin douze autres oriflammes font flotter au vent douze versets du chapitre VIe où Notre-Seigneur, en saint Jean, évangélise le dogme de sa chair et de son sang pour la vie du monde.

Quant au cortège, énumérez toutes les villes du diocèse de Cambrai et du diocèse d'Arras et les députations de Paris, d'Amiens, de Belgique, et les corporations et les confréries et les écoles et les séminaires,

d'innombrables prêtres en surplis, les chanoines en costume, lés évêques crossés d’or et mitrés d’or : Bataille A’Amiens, Monnier de Lydda, Lequette d'Arras, Paoli de Bucharest, Martin de Nachitoches, Perché de ia Nouvelle-Orléans, puis, précédé de sa croix, en robe rouge, le cardinal Régnier, archevêque de Cambrai, à peine courbé sous le poids de ses quatre-vingt-deux ans, et, derrière Son Eminence, les autorités du département et de la ville, la musique des pompiers et un peloton d'artillerie fermant la marche. Le moyen âge a-t-il jamais déployé, sous le

beau soleil de Dieu, en des ondulations plus com- Pactles, spectacle plus grandiose t

Quelques semaines auparavant, le deuxième dimanche de carême, c'était le premier Pèlerinage Eucharistique de Paris à Saint-Jean-Saint-François où sont conservées les traditions du fameux miracle des Billettes : l'Hostie percée par un juif à coups de Couteau, jetée dans-une chaudière d’eau bouillante, soudain rouge comme du Sang, el qui en sort intacte.

L'année suivante, à la même date, ce Pèlerinage fut renouvelé sous la présidence de Mgr Richard, devenu coadjuteur de Paris. Les hommes, en grand nombre, y prirent part.

Gette même année 1876, 26 novembre, quatre cents

membres de l’Adoration Nocturne de Paris s’en iront ©n Pèlerinage à la chapelle du Vœu National au Sacré- Cœur et promettront de recommencer tous les ans,

Cette même année encore, le 6 juillet, aux Ulmes

1. Cf. les journaux du temps, en particulier Le Monde du t7et du 18 mal 1875, sous la signature de M, O. Havard, que nous n'avons fait, pour ainsi dire, que résumer,

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES 153 eme caro mn de Saint-Florent près Saumur, où Notre-Seigneur, Pour confondre les négations des protestants très nombreux dans cette contrée, était apparu en sa forme humaine dans l'Hostie, les Pères du Saint- Sacrement organiseront un Pèlerinage angevin qui réussira à merveille.

Mgr Richard, évêque de Belley, recommandant à Mgr Dubreuil, archevêque d'Avignon Mie *** et son + projet de Pèlerinage Eucharistique à la chapelle des À Pénitents-Gris, lui écrivait : « Si votre Grandeur à

approuve le projet et que le bon Dieu le bénisse, Avignon deviendra peut-être le point de dépar! de ces nouveaux hommages rendus à la divine Eucharistie. :

Il plut à Dieu, on commence à le voir, de réaliser

ces belles espérances.

sir ot

La semence, — Le P. Mombur. — Le P. Darlin. — Le P, Calage. — La consécration du monde au Sacré Cœur etle P. de Foresta. — L'ordre social chrétien et Mgr Pie. — Un Comité des Pèlerinages Eucharistiques et Mgr de Ségur.

Correspondance de M. de Cissey. — L'Assemblée générale des catholiques de Paris et les Œuvres Eucharistiques. — L’'Adoration Réparatrice,

Préparation de la Procession Jubilaire des Pénitents-Gris à Avignon. — Lettre de Mgr Richard. — Récit de la fête.

Petit Congrès Eucharistique.

À la fin de l’année 1874, nous retrouvons Mie *** à Avignon pour un second séjour. La zélatrice jetait çà et là, suivant sa coutume, dans le champ des âmes, sa parole, comme une semence! « Semons, semons, lui avait écrit Mle Blanchet ; le grain se prépare à germer quand il est enfoui sous la froide neige‘. » — « Je ne sais pas trop ce que je fais, disaitelle elle-même, ni où Dieu me mène. Qu'importe ?

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