‹ L'œuvre des congrès eucharistiques [microforme]Chapitre 31 sur 45 · On se rappelle que la première fut accordée pour Avignon · texte numérisé non relu

On se rappelle que la première fut accordée pour Avignon

M'e*** envoie ce texte à Mgr de Ségur, qui lui répond de le faire imprimer à mille exemplaires au moins et de le faire couvrir de signatures dans tous les diocèses, afin de pouvoir le présenter au Vicaire de Jésus-Christ comme une sorte de vœu national.

Et le prélat ajoute : « Je suis assuré qu’en s'y Prenant un peu de bonne heure, les Pères de l’Assomption Pourront faire entrer dans le grand réseau de l'Œuvre des Pèlerinages nos beaux Pèlerinaeges Eucharistiques. »

Remarquons au Passage que Mgr de Ségur tendait loujours à un large mouvement, un mouvement général, s’il se pouvait et si Dieu l’accordait.

Pour l'instant il s'agissait de recueillir de nombreuses signatures : mais, pour une telle propagande, Mie *** était trop seule. Elle n'obtint guère, — et au prix de combien de démarches et d’écritures ! — que cinq cents signatures d'hommes, des plus respectables, il est vrai, de Paris, d'Angers, de Marseille, surtout d'Avignon.

Quelques semaines plus tard, elle revoyait Mgr Dubuis, à son retour de Rome, — J'ai entretenu Léon XII, lui dit-il, de tous vos désirs eucharisliques. Le Saint-Père ne se lassait pas d'écouter et il ne tarissait pas lui-même sur ce sujet. Il croit

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQNES 187

aussi à notre salut par l’Eucharistie, Il accorde la Bénédiction apostolique à chacun des dépositaires de la supplique, nommément. Quand j'allais me retirer, le Pape daigna me dire : « Vous ne pouviez me faire un plus grand plaisir que de me parler de l’Eucharistie, Pour les Œuvres Eucharisliques j'accorderai toul. »

« À présent, ajouta Mgr de Galveston, vous pouvez marcher : la bénédiction de l'Eglise est avec vous. »

Seule ou à peu près, que pouvait-elle faire? M. de Cissey avait raison de lui écrire : « Ce qui vous manque, c'est d’être un homme et de mener la vie que je mène. Une œuvre sans apôtre marche difficilement. Pour aboutir, il lui faudrait un ensemble

de forces considérables. :

Aussi rêvait-elle toujours, ne fût-ce que pour . représenter les cinq cents signataires de la supplique, et aussi pour conduire d’une manière régulière le mouvement, d'un comité central : Mgr de Ségur en serait le président ; M. de Benque et les principaux confrères de l’Adoration Nocturne les membres agissants. Elle rêvait aussi — quel rêve ne faisaitelle pas, tout éveillée, pour la glorification de Notre- Seigneur dans son Eucharistie! — d’un cardinal

188 L'ŒUVRE D£S CONGRÈS EUCHARISTIQUES protecteur des Œuvres du Saint-Sacrement non seulement de France mais de l'Eglise entière. Elle s’en était ouverte à M. de Benque qui goûtait l'idée et lui écrivait : « Cette nomination faciliterait l'union et le développement de toutes nos æuvres : mais comment Y parvenir? » Mgr Dubuis, dans un second voyage à Rome, emporta l'idée et il la communiqua tout de suite au cardinal Pitra. Mais le temps sans doute n'était pas encore venu.

De son côté, Mgr Mermillod écrivait à la zéla- ‘rice : « Que faites-vous donc? Où en sont les Pèlerinages de l’Eucharistie Il ne faut pas laisser tomber cette œuvre. Pourquoi ne la confieriez-vous pas à une société religieuse d'hommes? » Et il indiquait les Prêtres du Saint-Sacrement, à leur défaut les Assomptionnistes, ou les Jésuites de Paray-le-Monial. L'infatigable zélatrice fit les premières démarches, Les Prêtres du Saint-Sacrement auraient cru sortir de leur vocation : « Nous sommes faits, disaient-ils, Pour le prie-dieu, » Les Pères de l’Assomption étaient absorbés Per tant d'œuvres déjà qu'ils n'osaient en prendre une nouvelle. Restaient les Pères jésuites. Miles on écrit à Mgr de Ségur,

« Chère Mademoiselle,

Vous ne m’annoncez jamais que de bonnes grandes nouvelles. Je ne puis malheureusement pas grand’chose par moi-même pour ces grandes Œuvres de réperation et de Pèlerinages Eucharistiques, retenu que je suis par des travaux auxquels je ne puis pas même suffire. La pensée de Paray-le-Monial comme centre permanent de tout ce bien, me semble être l'expression de la volonté du Bon Dieu : n’a-t-il pas Lui-même choisi Paray, et la Compagnie de Jésus, qui vient de s’y fixer providentiellement, pour réaliser les grandes pensées de réparation, et par conséquent de salut qui vous préoccupent à si juste titre? L’excellent P. Drevon, avec son armée bénie et immense de la Communion réparatrice, n’a-t-il pas déjà planté le drapeau eucharistique du Sacré-Cœur en ce lieu véritablement unique ? Je n'ai pas besoin de vous dire que plus vous ferez pour faire aboutir ces projets, plus vous entrerez selon moi, dans les desseins miséricordieux du Cœur de Jésrs, et que je vous autorise de tout cœur à vous servir de mon nom, partout où vous croirez qu'il pourra être utile à la glorification du Saint-Sacrement et du ‘Sacré-Cœur, Veuillez vous souvenir aux pieds du Sauveur {du pauvre homme qui a l’honneur d’être votre serviteur bien affectueusement dévoué. »

Les Pères jésuites pressentaient qu'un orage allait éclater sur les Congrégations et tout d’abord sur leur

Compagnie. Pour l'instant, répondait le provincial, il

n'ya rien à faire. — Il faut conclure que Dieu avait

d'autres desseins sur l'Œuvre.

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En attendant, on songe à Promouvoir un grand pèlerinage à Faverney, au diocèse de Besançon. Le miracle de Faverney est un fait historique indiscuté, indiscutable. Une nuit, pendant que les religieux qui devaient faire la veillée sainte devant le Saint- Sacrement, s'étaient endormis, le feu prit à l'autei. Le ciboire et l’ostensoir furent maintenus dans les airs pàr une force invisible trente-trois hevres durant. Vingi-trois mille personnes virent le prodige et l’attestèrent.

On se souvient qu'au petit Congrès d'Avignon l'espoir fut exprimé d’un prochain Pèlerinage Eucharistique à Angers. L'archevêque de Besançon, Mgr Paulinier, à l'instigation d’un prêtre de sa ville épiscopale, M. l'abbé Jeannin, directeur des Pèlerinages de la Franche-Comté, prit l’initiative et attira le mouvement vers Faverney.

Depuis longtemps déjà, Mlle ** était en relation avec M. l'abbé Jeannin. Dès 1874, un instant, on avait cru ce pèlerinage possible et même à la veille d’être réalisé.

Par une lettre-circulaire en date du 5 août 1878,

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Mgr Paulinier, qui avait consacré son Instruction quadragésimale à la discussion historique et doctrinale du miracle de Faver :ey et institué l'Adoration Perpétuelle dans son diocèse, annonce à son clergé le Pèlerinage Eucharistique pour le 3 septembre. Tout d'abord il se félicite de l'établissement des Quarante-Heures :

« Le divin Voyageur, parti de notre busilique de Saintdeun, où il a été l'objet, le 23 mars dernier, d’un triomphe qui a dépassé toutes nos espérances, s’en va, chaque soir, à travers nos vallons et nos montagnes, établir sa demeure sur le nouveau trône que lui prépare la piété de ses enfants : et, dans nos hameaux les plus modestes aussi bien que dans nos cités, il est accueilli partout avec un saint enthousiasme. La paroisse revét ses habits de fête, les travaux sont su: Jendus, les fidèles des Campagnes voisines accourent, un clergé nombreux se réunit pour faire un cortège d’honneur à son roi, l'église se pare de fleurs et de feuillages et s’illumine de mille feux, des chants pieux retentissent, les prières se succèdent la nuit et le jour. Tandis que nous avions eu le projetde confier aux communautés religieuses le soin de l’Adoration nocturne, il n’est presque pas un pasteur qui n’ait réclamé cettefaveur précieuse pour les hommes confiés à sa sollicitude. Sous l'influence de ces cérémonies, la foi se réveille et d'innombrables communions proclament

l'accroissement de dévotion qui se manifeste dans les âmes Four la Victime de l'autel, »

192 L'ŒUVRE DES conGnès EUCHARISTIQUES D …— Mais l'amour du pieux prélat pour Jésus-Eucharistie n'est pas encore satisfait, et il adresse à son peuple un nouvel appel.

Sans doute, chaque année, au jour anniversaire du miracle, à Faverney, dans la vieille église abbatrale, les foules se pressent, mais seulement de la région voisine,

« Nous voudrions provoquer un mouvement plus général, cette pensée que vous a déjà confiée sous notre inspiration le zélé directeur de notre Semaine religieuse ? a éveillé d’unanimes sympathies. Des adhésions et des encouragements nous sont arrivés d’un grand nombre de paroisses : prêtres - et fidèles se sont émus. Des diocèses étrangers,{Paris, Lyon, Cambrai, Avignon, Nimes, Angers, ont exprimé le désir de s’associer à cette manifestation eucharistique. Le comité du Pèlerinage national a promis son concours, et plusieurs de nos vénérés collègues ont daigné répondre à notre appel. Tout nous fait donc espérer une de ces solennités exceptionnelles proclamant à notre siècle sceptique que la France est toujours la nation chrétienne, “et que l'Eglise dont on se presse trop de sonner les funérailles est plus que jamais pleine de vie. »

Puis, l'archevêque fait aux prêtres une invitation spéciale. Pourquoi? D'abord parce que tout Pèleri-

1, M. l'abbé Jeannin.

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nage Eucharistique est essentiellement un pèlerinage sacerdotal ; mais aussi Parce que « des délégués des Œuvres eucharistiques se trouveront réunis à Faverney, et qu'ils pourront peut-être discuter dans quelques réunions particulières les moyens de pro- Pager dans les paroisses ces œuvres et de donner au culte du Très-Saint Sacrement un développement nouveau. »

C’est peu en soi que cette dernière phrase : elle indique pourtant que, petit à petit, nous nous acheminons vers les Congrès de l'Eucharistie.

Depuis plusieurs mois au courant de ces projets, Mie *** comptait se rendre à Faverney pour aider aux Préparalifs matériels de la fête et semer Jà ailleurs, des idées :

, Comme mais voici qu'au moment du départ, elle tombe malade, Il lui faudra, durant

trois semaines, garder le lit, La lettre-circulaire de Mgr Paulinier paraît. Elle en reçoit comme une secousse électrique. « Docteur, dit-elle à son médecin, puis-je YOYager? — Impossible ! » Elle ne se décourage point Pour si peu. Elle interroge l’aumnier du couvent où elle était descendue : « M. Fabbé, je voudrais partir pour Faverney ; le docteur me le défend. Que faire? » Élle se tenait à peine

debout, « Que faire ? reprend le vieux prêtre. Faire

un arte de foi et partir... Comment pourriez-vous hésiter? Votre vocation est ‘de travailler por : l'Eucharistie ; or, un grand pèlerinage, c'est comme la mise en marche des foules vers le Saint-Sacrement. Là vous êtes dans votre voie. Partez, Dieu fera le reste. » Elle partit. « Après tout, disait-elle, si je meurs dans ce voyage, je mourrais sur la route de l'Eucharistie. »

À peine dans le train, un mieux se fit sentir, et il sera progressif jusqu'à Besançon.

Dans la ville épis cc pale, elle visita un ecclé iastique dont nous ne sommes pas autorisé à dire le nom, et qui lui rappelait, pour la direction eucharistique, le vénéré P. Eymard. Elle le connaissait depuis cinq ans, mais seulement par ses lettres. Un jour de l'an 1875, le 16 août, il lui avait écrit :

« Je ne puis répondre d’une manière un peu précise à toutes les questions que vous me posez; mais, en revanche, je vous réciterai volontiers mon Credo :

» Je crois que l’adorable Eucharistie n’a pas encore reçu les honneurs universels qu’elle doit reçevoir avant la fin des siècles.

» Je crois que le mouvement qui porte les âmes vers l’Eucharistie a1 ‘ourd’hui, est un mouvement providentiel et précurseur de quelque grand triomphe pour l’Eucharistie. » Je crois que tout ce qui s’est fait jusqu’à ce jour, en

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l'honneur de l'Eucharistie : Ordres religieux, Confréries, Associations, n'est encore qu'une ébauche de ce que Dieu fera dans la suite.

» Je crois, en particulier, que les pèlerinages au Saint- Sacrement ont été et sont, dans les vues de la Providence, un moyen de réveiller la foi envers l'Euchiiristie,

» Oui, je crois tout cela fermement. Mais Par qui ou par quoi Dieu commencera-t.il ce règne permanent de l'Eucharistie sur Le monde ? je ne le sais pas !...

» Allez en avant, soufllez le feu de la charité Eucharis. tique. Tenez-vous sous la dépendance de votre Evêque et du Chef de l'Eglise, afin que votre action ait plus de vertu. Et tout ce que vous ferez, tout ce que vous souffrirez, sera une

préparation au règne et au triomphe perpétuel et universel de l’adorable Eucharistie.…., »

quand, comment,

Comprend-on que la zélatrice du Saintait savouré la joie d'assister à la messe de Elle prit ensuite le chemin de Vesoul où Mgr Paulinier qui lui fit grand accueil, et, enfin, ar-

riva sans trop de fatigue, à Faverney. La Providence avait veillé sur elle.

Sacrement ce prêtre?

se trouvait

Ce fut une belle vision que la journée eucharistique du 3 septembre, Dans la vaste Plaine, se

1, Cf. la Semaine Religieuse du diocèse de Besançon du 7 et du

ês-Saint-Sacrement, n° du 15 sep-

14 septembre 1878. Voir aussi le Tr tembre de la même année.

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dressait, haute et large, telle une île au milieu de l'océan, une estrade où l'on célébra le saint Sacrifice. La foule humaine, — vingt-cinq, trente mille pèlerins, — l’entourait et la pressait de son remous tranquille. On chanta le Kyrie. On chanta le Credo.…

Et chacun de ces flots que Dieu seul peut compter, Quand l’autre avait fini, se levait pour chanter.

Quelle harmonie et quel spectacle!

L'après-dîner, la procession reprit sa marche vers le reposoir. Sous le chaud soleil, on aurait dit des moissons ondulant à la brise. Quand furent dites les vêpres, l’âme de l'archevêque éclata en des tressaillements de joie surnaturelle. Jésus est là dans son sacrement, il est là vivant pour nous, intercédant pour nous. Ne nous lassons pas de faire monter vers lui des adorations, des louanges, des prières. Réparons aussi; réparons pour nos familles, pour nos paroisses, pour nos diocèses, pour la patrie. Et tout un peuple à genoux, chantant le Miserere et le Parce Domine, demandait grâce. Quelle émotion quand l’Hostie, dans son blanc manteau d'amour et de miséricorde, s’éleva, puis s’abaissa sur la multitude, bénissant et pardonnant! A la bénédiction de Notre-Seigneur s’ajouta celle de son vicaire.

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES 197 a —. —

De retour à l'église, Mgr Besson, évèque de Nîmes, à la joie des pèlerins, monta en chaire. Un Passage de celte allocution achèvera de raconter cette sainte journée :

» Vous avez souhaité qu'un évêque sorti de l'Eglise de Besançon terminat par quelques paroles le pèlerinage que Rous venons d'accomplir en souvenir du miracle de Faverney, qui est la gloire la plus authentique et l'espérance la plus chère de cette illustre Eglise. Quel souvenir et quelle &loire!

» Sept prélats sont venus, les uns du fond de leur cloître, les autres du haut do leur siège épiscopal!, pour adorer la sainte Hostie de Faverney en inclinant leur mitre d’houueur devant les autels du miracle ; vingt-cinq mille fidèles et plus de mille prêtres la chantent ; voici les fils de saint Benoît, de saint Dominique, de saint Bernard et de saint Ignace qui leur: disputent l'initiative des saintes louanges, L'éloquent métropolitain que Dieu a fait asseoir sur le siège de Besan. son, se mettant à la tête de tout ce pèlerinage, publie plus haut que tous les autres, avec sa vive foi, son zèle ardent etsa profonde pitié, les miséricordes du Seigneur,

» Nous avions appelé le pèlerinage de Faverney un pèlerinage national, Il n'y a pas de mot qui le caractérise mieux, C'est, en effet, une nation tout entière qui célèbre cette fête, c’est la nation comtoise, comme on disait encore au

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1. Les évêques de Saint-Dié, de Nîmes, de Verdun, de Bâle: les abbés de la Trappe de N.-D. des Dombes et des Bénédictins de Delle.

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xvu° siècle, quand elle était maîtresse de ses destinées €: qu'elle gardait, jusque sous un maitre étranger,ses franchises, son caractère et ses lois. La voilà à la fin du xrx° siècle telle encore que la foi catholique l'avait faite La voilà tout entière au pied de la sainte Hstie de Faverney. La voilà avec ses pasteurs, ses paroisses, ses bannières, Aucune ville n’y manque. Besancon, Dole, Salins, Gray, Vesoul, Saint-Claude, Jussey, Luxeuil, Pontarlier, nos anciennes capitales et nos places fortes, nos bourgs et nos campagnes, notre vieille noblesse et notre excellente bourgeoisie, nos laboureurs, uos vignerons, nos ouvriers, toutes les professions et tous les âges, toute la Comté estici. La Suisse et la Lorraine y ont envoyé leurs évêques. Lyon et Paris y sont représentés par l'élite de leurs comités catholiques, c'est assez pour que la France le sache, l’admire et le répète... »

Et l’élnquent prêcheur appelle à son tour les miséricordes de Dieu sur la France et sur l'Église :

« Miséricorde pour la France! Aux blasphèmes nous ne répondons que par des prières, aux insultes par des bienfaits, aux injustices par des larmes, et à fcrce de prier, de pardonner, de pleurer, d'oublier, nous finirons peut-être par vaincre l'ingratitude. Que la France demeure catholique et tout sera sauvé...

» Plus haut que la France, je vois l'Eglise. L'Eglise seule a des promesses d’immortalité, seule l'Eglise peut se promettre de durer toujours. O Eglise romaine ! que vous êtes bien digne d’être appelée le centre de l'unité, le fondement inébranlable de toute croyance, la colonne qui soutient le

LES PÈLERINAGES EUCHARISTIQUES 199 a —— monde, la chaire où toute vérité s'enseigne, la voie hors de laquelle il n'y a point de salut, la porte du ciel! Vous êtes tout cela, 6 sainte Eglise, et vous êtes cependant la barque fragile que les flots envahissent et menacent de submerger, Ils montent plus haut que jamais, ces flots insolents ; les ti. mides tremblent, les prudents se taisent, les politiques décla. rent que vous allez périr: les impies, prenant le bruit qu'ils font pour le signal de leue victoire prochaine, affirment que Vuus avez péri et que vous n'êtes plus qu'une ombre encombrée de cadavres à ensevelir. Non, sainte Eglise, vous ne périrez pas, Je vois au Souvernail Pierre qui prend les ordres du Seigneur. Hier c'était Pie IX, aujourd'hui c'est Léon XIII, toujours c'est le pape, le pape toujours infaillible. Pie IX s’est couché dans sa gloire, Léon XIII s'est levé dans sa force, et le rameur immortel mène la barque de l'Eglise toujours plus haut que les flots qui l'emportent, Pélerins de Faverney, vous Y reposez avec confiance, les jeux tournés vers le soleil qui se voile quelquefois, mais qui ne palit jamais. Ce soleil, c'est Jésus. Le feu marchera éternellement devant jui : ignis ante ipsum præcedet. La flam: ; qui lui a servi de trône dans ce sanctuaire n'esi qu'une faible image des rayons qui l'enveloppent de tous les poiats du temps et de l'espace dans la lumineuse demeure du ciel : {hronus ejus ignis atque flammarum. Là, nous le ver.ons sans voile, nous l'aimerons sans partage, nous le louerons sans mesure, Et nos cai.iiques, transportés un jour dans la langue des anges, le célébreront avec un accent qui ne fera que croître et s'embellir en :ore, Pour vérifier dans toute sa vérité et dans toute sa grandeur l'oracle du prophète : Je chanterai éternellement les Miséricordes du Seigneur. »

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Un détail à noter de cette journée sanctifiante. Une dame juive qui avait invité Me 3 contempler de ses fenêtres le grand spectacle de la nrocession, pleurait à chaudes larmes. — « Eh! pourquoi donc

pleurez-vous, Madame ? — Oh! que vous êtes heu-

reux, vous catholiques! On vous attaque, on vous insulte, on vous écrase, vous triomphez toujours ! »

Là aussi le démon fit des siennes. Un enfant d’une douzaine d'années, — poussé, d'après le récit qui s’en fit alors, et payé Par un inconnu, — avait scié aux angles quelques unes des poutres qui soutenaient l’estrade où devait se tenir le clergé. Une fois chargée, une partie de la tribune ploya. Trente à quarante personnes chancelèrent ou tombèrent. Une pauvre femme fut blessée ; elle mourut le lendemain. Il n’y eut point de panique, car la masse ne s'aperçut pas de l'accident.

Après cette manifestation éclatante, l’idée d’un Congrès Eucharistique apparaissait à tous comme une conclusion nécessaire. On avait adoré, on avait prié, on avait crié sa foi ; il était bon maintenant, il était opportun et salutaire, de traduire les inspirations et les grâce, du Pèlerinage en résolutions pratiques. C'est ce quon essaya le lendemain, dans l'église même de Faverney, sou: la direction immédiate de

l'archevêque et en présence de l'évêque de Nîmes.

Le Congrès s’ouvrit par la messe et le chant du Veni Crealor. Il y avait là deux cents prêtres parmi lesquels l'abbé Bridet, de Lyon, et de nombreux pèlerins, notamment : M. Champeaux, réprésentant les Œuvres Eucharistiques de Lille, M. Collet, représentant l’Adoration Nocturne de Paris, M. de Beffort, représentant l’Adoration Réparatrice des Pères Maristes de Paris, M. Cartier, représentant les Œuvres Eucharistiques d'Avignon, le P. Drevon, représentant la Communion Réparatrice de Parayle-Monial, M. de Damas, président du Comité des Pèlerinages de France, M. de Montalvo, représentant les Œuvres Eucharistiques d’Espagne, M. Van Lier, vice-consul de Hollande à Paris, représentant l’Adoration Diurne des hommes. N'était-ce pas déjà comme un embryon de Congrès eucharistique international ?

Après une brève allocution du P. Tesnière, directeur des travaux, sur le but même de cette réunion, Mgr Paulinier prit la parole. « Avignon et Douai, dit-il, ont célébré avec magnificence des fêtes eucharistiques, mais, semble-t-il, locales. Faverney inaugure un mouvement plus vaste, le mouvement eucharistique de France. Nous avons le droit de

L'ŒUVRE DES CONGRÈS EUCHARISTIQUES nn =

nous en réjouir, car c'est vers le Saint-Sacrement que tout doit converger dans l'Eglise; c’est par le Saint-Sacrement que Marie opère ses merveilles : la Mère n'a de puissance que par le sang du Fils. Aussi le culte de l’Eucharistie qui a été le culte de tous les siècles, doit-il devenir le culte souverain du nôtre. Aux jours mauvais que nous traversons, seul il est capable de nous sauver. Quel est en effet le mal dont nous nourons ? N'est-ce pas l’adoration de soi-même, n'est-ce pas l'égoïsme ? Le remède, c’est l'oubli de soi, le dévouement, le sacrifice. Or, où est-elle la source profonde du sacrifice, si ce n’est dans le Saint-Sacrement, si ce n'est dans la Communion? Là donc et là seulement est le salut social. Si la France et le monde doivent encore voir de beaux jours, ils les verront par l’Eucharistie. »

M. l'abbé Boilloz, vicaire général de Besançon, lut ensuite un rapport sur l'établissement de l’Adoration Perpétuelle dans l’archidiocèse. Elle vient de

naître et déjà elie est glorieuse. Dans presque toutes

les paroisses l’Adoration Nocturne la prépare ou la complète. Toute la nuit, les confessionaux sont assiégés par les hommes et, dès l'aube, on s'agenouille à la sainte Table.

Grâce à la communion Réparatrice, dit à son tour

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le P. Drevon, laquelle se répand dans les deux mondes, le Cœur de Jésus, partout abreuvé d’outrages, est consolé dans la Sainte Eucharistie, tous les jours, par cinquante mille communiants.

À Paris, raconte M. Daniel Collet, l’Adoration Nocturne a groupé trois mille hommes pris dans tous les rangs de la société, dans les rangs ouvriers surtout peut-être, et c’est ià une réponse, entre toutes victorieuse, aux insolents défis de la librepensée ou de l’impiété.

Donner à Dieu une heure de la nuit, assurément c'est bien; mais n'est-il pas plus méritoire encore, dans ce grand tourbillon des affaires et des servitudes de la vie mondaine à Paris, de lui donner une heure pendant le jour ? Cette Œuvre de l’Adoration Diurne a été fondée dans la chapelle des Prêtres du Saint-Sacrement, et M. Va: Lier en parle avec des accents d’une foi si entraînante que, malgré la sainteté du lieu, les applaudissements éclatent.

On accueille avec une émotion pieuse aussi le rapport d'un prêtre de la Rochelle, M. l'abbé Portier, sur l'Œuvre du Saint-Viatique, qui a pour but de visiter les malades Pauvres, de les secourir dans leurs besoins matériels et spirituels, de les disposer

à recevoir les derniers sacrements. de tout préparer chez eux et d'y accompagner Notre-Seigneur. C'est du même coup former une ligue contre les solidaires, les surveiller, les attaquer, et ainsi sauver des âmes. À cette date, une trentaine de di.:cèses ont compris l'Œuvre et l'ont adoptée.

Dans la chapelle des Pères Maristes, à Paris, une Œuvre d’Adoration Réparatrice, fondée en 1874, prospère. Chaque mois, ele donne à Notre-Seigneur dans l’Eucharistie mille vingt-trois heures d’adoration, près de treize mille en un an. M. de Beffort fut son rapporteur très écouté.

Enfin, un Espagnol, M. de Montalvo, révéla aux congressistes les merveilles qu'opéraient l’Adoration Diurne et l’Adoration Nocturne à Madrid, à Séville, à Grenade, dans les colonies lointaines, et, quand il rapporta que, dans sa patrie, terre classique de la foi au Saint-Sacrement, plus de deux millions de communions sont faites pour les intérêts de Notre- Seigneur et le triomphe de l'Eglise, ce fut dans l’assemblée une ovation ardente.

Mgr Besson prononça les dernières paroles du Congrès : « L'Italie, l'Espagne, le Portugal, l’Angleterre, la Belgique, veulent disputer à la France l’initiative des Œuvres Eucharistiques ou elles se

montrent fières de la suivre avec une émulation généreuse. Les directeurs de ces œuvres méritent toutes les louanges. Nous les convions dans trois ans dans notre ville de Nîmes où l'hérésie de Calvin a fait tant de ravages. Un mur de séparation s'est élevé entre les croyants de l’Eucharistie et les incroyants ; il faut l’abattre. A l'heure qu'il est, notre cathédrale n'offre plus qu'un monceau de ruines ; nous en avons fermé les portes. Dans trois ans nous espérons les rouvrir et, dès aujourd'hui, je

vous y convoque tous pour un nouveau Congrès du Très Saint-Sacrement. »

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