Lettre du 8 avril
Mile + reçut la lettre de Mgr de Ségur. Dans les ténèbres de ce nouveau deuil, la lettre fit une clarté terrible. 11 lui sembla, à elle aussi, que tout était perdu.
Mais Dieu, — dira-t-elle plus tard, — sait faire lui-même ce qu'il veut faire et prendre pour ses œuvres qui il veut prendre. Le P. Chevrier ne lui avait-il pas dit : « C'est Dieu qui fait les œuvres. Il prend une âme, il la rejette, il la reprend... » Dieu voulut prendre en main « la grande entreprise » des Congrès Eucharistiques, prouver, par l'impuissance des hommes, que c'était bien son œuvre, qu'il se la réservait, qu’il la ferait éclore à son heure et la diri-
gerait à sa guise.
Le 8 avril, en effet, la zélatrice du Très Saint- Sacrement, com. .e écrasée sous des dé’ :bres et toute meurtrie par cette nouvelle visite de la mort, recevait la lettre suivante :
« Mademoiselle,
» Je crois qu'il n'y a rien à faire du côté de la Belgique. Aussi nous nous en passerons.
» Nous tiendrons notre Congrès Eucharistique ini. ruational, cette année, au mois de juin, à Lille. C’est entendu avec nos confrères de cette ville, gens de zèle, de dévouement et d'expérience pratique.
que.
ruandu pue-
EN MARCHE VERS LES CONGRÈS EUCHARISTIQUES 377 en em » Le programme sera celui qui avait été arrêté avec le
R.P. Verbeker, à qui je viens d écrire pour lui annoncercette nouvelle,
» Si nous ne pouvons faire aussi grand que nous l'aurions désiré, nous ferons toujours du bien, et nous ne laisserons point passer le temps du salut.
» Nous ferons par nous-mêmes ; ce sera plus simple et plus facile. Un bureau d'organisation fonctionnera à Paris et un autre à Lille. Ils s'entendront tous deux pour toutes les Inesures à prendre, Maintenant priez et faites prier pour la réussite, »
G. DE BENQUE. »
Quelques jours plus tard, ‘une autre lettre, — un
chant de triomphe — signée cette fois Gasron DE Séaur :
« Alleluia ! Alleluia ! Alleluia!
» Notre grande affaire parait prendre une excellente tournure, ma bien chère fille, grâce au bon M. de Benqu: Comité de Lille.
» Je compte rentrer à Paris rardi soir, matin, vous voulez assister à ma messe à huit heures moins un quart, je serai ra:i de causer avec vous quelques ins. tants pour l’amour et en l’amour de Notre-Seigneur.
» En attendant je vous bénis de tout recommande instamment à la et de vos prières. »
et au
et si mercredi
mon cœur et me protection de vos communions
ne
t Lctire du 22 avril.
Ce même jour, 22 avril, Mgr de Ségur écrivait à M. de Benque :
« Très cher ami,
» Je vous renvoie courrier par courrier le projet de circalaire que vous avez bien voulu me communiquer et auquel je n'ai fait que de petits changements bien secondaires.
» Dieu soit loué de ce que nous voyons aboutir d'une manière quelconque cette si belle œuvre!
» 11 me semble qu’il faudrait, de bonne heure, travailler au programme qui fera l'objet pratique des délibérations et surtout des résolutions de cette sainte Assemblée. Simplifions le plus possible. J'appellerai surtout l'attention du Comité préparatoire sur les Œuvres, ou les institutions, ou les livres, les imprimés, ete., relatifs à l’Adoration perpétuelle diurne et nocturne, à la communion fréquente qui est l'âme de la piété dans l'Eglise, et à la grande Œuvre de la Communion Réparatrice. Surtout, je le répète, simplifions : ne nous laissons pas envahi- par mille bonnes idées. Je vous embrasse de tout mon cœur comme mon cher frère et mon vieil ami.
» Post-Scriptum. — C'est M°1° ++ qui va sauter de joie et et de bonheur. Elle croyait tout perdu. Je reçois un mot d'elle ce matin. File est à Paris... »
Que s'était-il donc passé ?
A la fin du mois de imars, M. de Benque, sortant de chez Mgr de Ségur où il était allé reprendre le projet de mérroire, rencontra le comte de Nicolaï
pait à
de cir-
auquel
res.
d’une
vailler rations e. Simtion du ons, ou perpénte qui avre de simpli- 8 idées. er frère
joie et un mot
sortant ndre le Nicolaï
EN MANCHE VERS LES cCoxG
RÈS EUCHARISTIQUES 279 me dans la rue du Bac et il lui dit la déconven,
dau.
loureuse : « Mais nos amis de Lille! interjesa M. de Nicolat ; vous n'y pensez donc pas !.. 1ls sont
très experts en fait de Congrès... Écrivez-leur : ils vont vous tirer d'affaire. »
Le 4 avril, M. de Benque éc :t ; dl. Vrau. Il le met au courant et il lui demande sun concours et celui de
de ses amis. Le lendemain, M. Champeaux répond au nom de M. Vrau et au sien : « Puisque vous persistez dans vatre projet de Congrès Eucharistique international, nous ne Pouvons pas ne pas nous mettre à votre disposition. Donc,
si vous voulez faire le Congrès à Lille,
nous vous aiderons de notre mieux ; nous sommes tout à vous et à votre } :au prcjet. »
Dans !a der re semaine d'avril, Mgr de Ségur g 8
recevait l: fettre suivante :
« Cher Monseigneur,
» Notre affaire du Congrès Eucharis veille, Je
tique marche à mer.
suis allé à Lille m'entendre avec nos confrères
pour tout organiser. Mgr Duquesnay (archevêque nommé de Cambrai) est dans la joie et les vicaires capitulaires dans le bonheur. Voici la circulaire Pour annonce : Congrès. Veuillez en prendre connaissance et y faire ’ les modif ations que vous jugerez utiles. Nous vous de
le ates man-
dons de vouloir bien la signer comme président du Comite. Le Congrès ayant été proposé en votre nom aux Œuvres Eucho-istiques que nous avons interpellées et la pensée venant de vous, il est de toute justice et de toute convenance que l'invitation soit faite par vous. Nous pourrions ajouter au-dessous de votre signature comme secrétaires MM. le baron des Rotours et Champeaux. Le Comité Parisien-Lillois serait ainsi représenté dans son double élément. Je vous demanderai, cher Monseigneur, de me renvoyer la pièce et vos observations, s’il y a lieu, le plus tôt possible, car le temps presse.
» G. DE BENQUE. »
Cette lettre est du 21 avril et l'ouverture du Congrès était fixée au 28 juin. Le temps pressait en effet.
Il entrait donc dans les desseins de la Providence que la France, qui avait conçu le projet des Congrès Eucharistiques, fût la première à le réaliser — et chez elle. Propagandiste, depuis plus de cent ans, de l'impiété révolutionnaire dans le monde, elle devait être, en effet, semble-t-il, et tout d’abord, l’apôtre d’une réparation internationale.
Sans retard, à Lilleet à Paris, on se mit à l'œuvre. Puisque la bénédiction écrite du Saint-Siège que l’on attend toujours, n'arrive pas, il faut aller la chercher, et M. Vrau part pour Rome.
Là, conjointement avec le vicomte de Damas, il
signe, au nom du Comité d'organisation, une Sup-
plique au Saint-Père dont voici le passage essentiel :
« Dans la pensée des organisateurs de ce Congrès,
c’est au moment où les nations catholiques sont le L
plus troublées, qu'il convient de recourir avec le plus
d'instances à Celui qui daigne demeurer au milieu
de nous et en qui seul on peut trouver le salut. Ils
PU pensent, de plus, qu'au moment où l'on tend à
chasser Dieu des sociétés et des institutions, rien
n'est plus opportun que de multiplier les témoignages
de foi et d'amour qui rappellent aux populations
chrétiennes la divine royauté de Celui qui est le
Maître des sociétés comme des individus. » Et les
suppliants ajoutent : « Votre Sainteté a déjà daigné
approuver l'idée de ce Congrès qui doit avoir lieu
chaque année dans quelque pays catholique, et qui,
pour cette année, avait été projeté en Belgique.
Des circonstances particulières n'ayant pas permis
la réalisation immédiate du projet en ce pays, le 4
Comité d'organisation a cru devoir transférer le
Siège du Congrès en France, dans la religieuse cité
de Lille. » Un projet de programme et un appel
aux catholiques du monde entier accompagnaient la
Supplique.
Le 10 mai, Léon XIII reçoit en audience privée
mn
M. Vrau, M. de Damas et le P. Picard, Supérieur général de l’Assomption. M. Vrau a lui-même raconté celte audience :
« Le Saint-Père arriva près de moi. Je tenais à la main la Supplique pour le Congrès Eucharistique. Je me prosternai à ses pieds et je sentis ses mains se reposer sur ma tête. Je demeurai là, sans me relever, un bon moment, tandis que le P. Picard, témoin de mon embarras et de mon émotion, se mit à expliquer l'objet de notre demande, J'entendis le Saint- Père lui répondre en italien qu'un pareil projet ne pouvait qu'être grandement encouragé et béni. Alors, je le vis qui, étendant ses bras, me donna lentement sa bénédiction solennelle ! Je me relevai alors, et je trouvai enfin la hardiesse de lui demander, en lui tendant la Supplique, s’il ne voudrait pas, pour encourager les promoteurs et organisateurs du Congrès, y mettre un mot de sa main, en précieux témoignage de son approbation ? Sa Sainteté daigna accueillir avec bienveillance ma requête, qu’il me prit par l'intermédiaire de Mgr Macchi. Nous aurons donc à bref délai le mot d'encouragement que nous désirions!{, »