‹ L'œuvre dramatique de H. BerliozChapitre 12 sur 30 · Et ist 80 schwuhl, 80 dumpfig hie · texte numérisé non relu

Et ist 80 schwuhl, 80 dumpfig hie

Und ist doch eben so warm nicht draas ! . .

Ks wird mir so, ich weiss nicht wie, Ich wollt*, die Mutter kâm* nach Haus !

Mieh fahrt ein Schauer uber*m Leib...

* Bin doch ein thôricht furchtsam Weib !

Gœthe, Faust j deuxième partie, scène III.

Regrets, aspirations irréalisables, résignation touchante, toutes ces alternatives de la pensée de Marguerite sont indiquées par la musique.

Une dernière exclamation : Folie ! termine mélancoliquement ce poétique monologue •

Marguerite s'est assise auprès du rouet silencieux, dans Fembrasure de la fenêtre, encore éclairée des mourantes lueurs du crépuscule. Elle chante en défaisant ses cheveux, et il lui revient en mémoire une vieille chanson, une ballade d'autrefois, écho lointain d'amour et de fidélité. <c II était un roi de Thulé, qui reçut une coupe d'or des mains de sa belle... » Marguerite n'a entrevu l'aniour qu'en rêve, et elle songe, attendrie, à l'histoire de ce roi qui sut aimer et demeurer fidèle, mais fidèle jusqu'à la tombe. Son imagination évoque à ses yeux la haute silhouette du château royal, là-bas, dans cette île de Nord, au fond des brumes, sur les rochers que blanchit

l'écume des vagues. Elle songe, et croit voir le vieux roi à ce dernier banquet où il convie ses chevaliers et ses barons: il se lève chancelant, vide encore une fois sa coupe d'or, la jette dans la mer qui gronde au pied des tours, et meurt.

Berlioz a écrit sur la poésie de Goethe une admirable page musicale, bien supérieure aux divers morceaux que ce même sujet a inspirés à un grand nombre de compositeurs allemands et français. L'accompagnement que Berlioz donne à sa chanson du roi de Thulé est le bercement doux et caressant qui convient à une légende. Quant à la mélodie, c'est une merveille de délicatesse. Ingénieusement découpée comme le profil de quelque église ogivale, elle fait naître dans l'esprit de l'auditeur mille visions du moyen âge : le souffle de Tamour chevaleresque circule à travers celte chanson, aussi frais, aussi pur que dans les poésies de

Thibaut de Champagne ou de Godefroy de Strasbourg.

Nous laisserons presque entièrement de côté la technique de ce chef-d'œuvre, dont chaque mesure cependant appellerait l'analyse. L'accompagnement est exécuté par six altos, sur de longues tenues de violoncelles. Entre chaque strophe, un alto solo soupire un refrain sans paroles^ gémissant et passionné, et, entre le deuxième et le troisième vers de chaque strophe, il répète, comme un écho, les première notes de la mélodie vocale. La ballade commence en fa majeur^ mais elle tend bientôt à s'échapper du ton primitif. Berlioz procède alors à un magique enchaînement de modulations à peine effleurées, fugitives en quelque sorte, qui prêtent au chant un charme étrange, vaporeux, et une originalité complète. L'harmonie glisse doucement de tonalité en tonalité; elle erre, rêveuse, puis s'arrête et se

balance un moment sur une belle modulation en la bémol majeur^ que caractérise encore l'entrée des flûtes et des clarinettes. Attirée de nouveau par la tonalité première, elle y revient peu à peu, et finit par une longue cadence, un perdendosi d'une inexprimable tristesse.

La scène change : devant la maison de Marguerite, Méphistophélès évoque les follets et autres esprits malfaisants. Des lueurs fantastiques flamboient à travers l'ombre, des battements d'aile passent dans les airs, les essaims de follets arrivent à l'appel de leur maître. Cette évocation est dépeinte par l'orchestre d'une manière aussi ingénieuse et aussi pittoresque que le vol de la reine Mab et de son cortège, dans Roméo et Juliette. Le frémissement des contrebasses, les rapides traînées des violons, le ruissellement aigu de la petite flûte se répondent d'un coin à l'autre de l'orchestre : les sons bondissent, s'élancent, les

Esprits accourent en foule à la voix de. Mé" phistophélès :

Follets capricieux, vos lueurs malfaisantes Vont charmer une enfant et l'amener à nousf Au nom du diable, en danse 1 Et vous, marquez bien la cadence, Ménétriers d'enfer, ou je vous éteins tous! '

Le thème du menuet des follets^ attaqué par la grande et la petite flûte et par les hautbois, est soutenu par les clarinettes en si bémol, la clarinette basse, les bassons, les cors et les trompettes en ré, disposition analogue, comme on voit, à celle employée par Berlioz au début de la Marche hongroise. Cette première phrase, en ré, est saisissante : toute la scène apparaît... L'oscillation du rythme soulève les groupes, et les notes piquées semblent autant d'étincelles légères crépitant dans la nuit noire. La phrase suivante, qui est répétée deux fois, est dessinée par les cordes; les flûtes

sautent sur la modulation en si majeur. Lorsque ce deuxième motif revient, régulièrement développé en la mineur, les cordes le commencent encore, et les bois leur répliquent. On devine une chorégraphie mystérieuse, diaboliquement bizarre... Entre les phrases, sur un trémolo des altos, le tutti affirme une sonorité menaçante : joie terrible qui éclate dans le tourbillonnement frénétique des danseurs, et que suit chaque fois une mesure de silence... Le premier thème reprend, sombre d'abord, puis pailleté par la note claire du triangle. Un troisième thème s'élève des instruments à cordes ; puis des fragments de la phrase

primitive se font de nouveau entendre, passant d'un ton à un autre, et toujours de plus en

plus voilés, murmurés sotto voce; étrangement colorés par des modulations subites, ils descendent dans l'orchestre... Une attente inquiète enveloppe rharmonie. Soudain, l'accord

parfait de ré majeur vibre à toute force, et, prestissimo e pianissimo jleihèmQ de la «c sérénade de Mépbistophélès » s'élance comme une fusée. Jeté par los cordes, il court avec une rapidite vertigineuse; un peu disloqué par le rythme èLdeux-quatr^/û n*en estpas moins caractéristique : les fûUets exécutent une sarabande insensée, un galop impossible à suivre, illuminé d'étincelles jaillissantes , ponctué d'éclats de rire moqueurs.

« Maintenant, b s'écrie MéphistoiJiélès ,

Chantons à cette belle une chanson morale Pour la perdre plus sûrement.

Et, tourné vers les fenêtres de Marguerite , il entonne la célèbre sérénade :

Devant la maison De celui qui t*adore. .

Nous avons parlé de cette sérénade dans un

précédent chapitre *. Rappelons seulement que Taccompagnement est fait par les cordes^ pizzicato. Jamais la Damnation de Fatist n'a été exécutée sans qu'à la première mesure de l'accompagnement un frisson irrésistible tra- ^rersât la salle tout entière. Ce n'est certes pas le passage le plus beau de la partition de Berlioz, mais c'en est le plus vif d'allure, le plus original, celui que le public trouve le plus inspiré. Le caractère de la mélodie correspond admirablement à celui des paroles ; une moquerietriomphante,impitoyable,effrayante, remplit cette chanson de Méphislophélès... A la ritournelle qui suit les mots : Mais non fille en sortir! une descente rapide des bois court au-devant de la reprise. Chaque couplet se termine par un éclat de rire, qu'appuie le chœur des follets; le chœur intervient de la

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manière la plus heureuse pendant la deuxième strophe. Après quoi, Méphistophélès le chasse d'un mot : les follets s'éteignent, les visions infernales disparaissent, le silence se fait.

Nous voici dans la chambre de Marguerite :

le hautbois esquisse le thème du roi de Thvlé. La jeune fille aperçoit Faust et pousse un cri.. . alors commence un admirable duo d'amour.

La phrase de Faust, en mi majeur :

Ange adoré dont la céleste image, Avant de te connaitre illuminait mon cœur !

est accompagnée par les cordes. Elle monte jusqu'à Y ut dièzej ce qui force beaucoup de ténors à prendre une variante la^ sol dièze, la y qui altère légèrement l'harmonie.

« Marguerite! s'écrie Faust... — Tu sais mon nom 1 » répond la jeune fille surprise. Et le hautbois, à l'octave supérieure, double la réplique de Faust, réplique dont la mélodie

est aussi belle que les paroles en sont absurdes. Le développement de ce duo estmerveilleux, et, s'il y a plusieurs scènes d'amour d'une beauté non moindre, nous n'en connaissons pas qui s oient aussi brûlantes d'expression passionnée. La conclusion côtoie même un réalisme excessif, et cependant l'on n'ose rien blâmer ici ; tout vous étonne, tout vous transporte. Que dire de la modulation en si majeur. Ma tendresse inspirée était d'avance à toiy ou de celle en ut : Quelle langueur s'empare de mon être ! Les traits emportés des violoncelles, le tremolendo des altos et des violons, les soupirs des bois de l'orchestre, tout cela est rempli d'étreintes ardentes et de profondes ivresses*.

Méphistophélès entre, annoncé par de vigoureux accords des instruments à vent. Il vient

1. 11 existe des ressemblances marquées entre la péroraison de ce duo et celle de la scène d'amour de Roméo et Juliette,

avertir las deux amants qu'il eU Fheure de se séparer :

Déjà tous les voisins, éveillés par nos chants, Accourent, désignant la maison ayx passants.

Ce trio est très animé, un peu confus néanmoins. Au moment de quitter Marguerite, Faust chante une longue phrase triste, d'une étendue exagérée et légèrement entachée d'affectation :

Adieu donc, belle nuit, à peine commencée !

Le chœur de la foule répond sur un thème railleur, mordant, prestement accompagné :

Holà ! mère Oppenheim ! vois ce que fait ta fille !

L*âvis n*est pas hors de saison ;

Un galant est dans la maison.

Et tu verras dans peu s*accroitre ta famille !

Suit une phrase de Faust dont le caractère et le mouvement ne cadrent que médiocrement avec les paroles:

Je connais donc enfin tout le prix de la vie.

LA DAMNATION DE FAUST. Itô

La partie la plus sincère, sinon la plus intéressante de ce trio est celle de Méphistophélès : ainsi l'on s'explique très bien les Ah! ah! de Méphistophélès suivant ceux des voisins amassés au dehors, mais beaucoup moins bien la descente vocale de Faust et de Marguerite, en octave, sur le même dessin mélodique.

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