Cette fugne est à trois sujets
234 L'CEUYRË PRAMATIQUE PE BERLIOZ.
sive. Le père de famille interroge alors les voyageurs :
Sur vos traits fatigués la tristesse est empreinte ; ... Comment vous nomme-t-on?
El saint Joseph répond par l'admirable récitatif :
Elle a pour nom Marie ; Je m'appelle Joseph, et nous nommons Tenfant Jésus...
Celte mélodie — car c'en est une, et des plus merveilleuses — simplement accompagnée par quelques accords, est peut-être ce qu'il y a de plus beau dans toute V Enfance du Christ, La réponse de Joseph commence en la bémol; après le nom de Marie, qui se repose sur la tonique avec une divine suavité, le mot de Joseph glisse humblement d'un demi-ton, du la bémol au sol naturel ; celte note va devenir la nouvelle tonique, et le nom de Jésus apparaît,
L*£NFANCE DU CHRIST. 23ô
annoncé par une sublime modulation en sol majeur. A celle phrase inspirée succède une joie touchanle : le thème «: Près de nous Jésus grandira », dit par le père de famille, est répété par les enfants. Puis, pour « réjouir leurs hôtes »y trois des jeunes Ismaélites exécutent un trio en ré pour deux flûtes et une harpe. Ce trio célèbre a été fort bien loué par M. J. d'Ortigue, qui lui trouve « les grâces mélodiques et le caractère calme, serein et dépouillé de passion des anciens chants du foyer. »
La scène se termine par un chœur simple et doux :
Allez dormir, boa père, Bien reposez.
Mal ne songez.
Tout cela est beau, tout cela est pur; l'harmonie se déroule, heureuse^ transparente, sans nuage. Après quelques tenues solennelles des instruments à cordes, auxquels les bois don-
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nent une céleste réplique, le ténor récitant expose la conclusion de la sainte trilogie :
Ce fut ainsi que par un infidèle
Fut sauvé le Sauveur.
Pendant dix ans, Marie, et Joseph avec elle, Virent fleurir en lui la sublime douceur, La tendresse infinie A la sagesse unie.
Il annonce l'immolation de la Croix et le salut du monde, et le chœur s'élève aussitôt pour chanter la miséricorde de Dieu et s'humilier devant le mystère de la Rédemption.
« M. Berlioz, écrit J. d'Ortigue , a voulu faire taire toutes ces voix accessoires (l'orchestre), et que la prière: mon âme /montât seule, grave, lente, au trône de rÉternel.
Maintenant tout est accompli; le sacrifice du Calvaire est consommé. Dix-huit siècles ont passé sur ces divins mystères... Le chrétien se recueille en lui-même et chante sur le mode de Palestrina. »
Ce chœur sans accompagnement : mon âme, pour toi, que reste-t-il à faire, est d'une exécution très difficile ; on y remarque bien quelques défecluosités prosodiques, inévitables dans un morceau où les voix seules sont appelées à former Tharmouie et à la soutenir ; mais le sentiment, le caractère, le style, tout y est sublime. Ce chœur rayonne de foi et d'amour : c'est l'incarnation musicale de la piété, de la componction chrétienne, du désir ineffable du ciel*.
1. On commence aujourd'hui à se pénétrer du caractère religieux de VEnfance du Christ et à comprendre que cette musique peut être jouée dans une église. Le 13 décembre 1883, le chœur final mon âme ! a été chanté dans la cathédrale de Bordeaux, et, lo 25 du même mois, (fête de Noël), pour la messe de minuit, deux autres fragments importants ont été exécutés à Paris, dans l'église Sainte-Clotilde.