acte : Dans ma douleur immense submergée
1. Cette éloquente page de D'Ortigue, montre bien ce caractère particulier des Troyens que r&me du critique avait profondément ressenti : l'union de la poésie et de la musique, de la parole et du son, de la pensée et de la sensation physique; caractère que nous avons cherché à indiquer dans les chapitres : Berlio% et Wagner et les Troyens, leur histoire. Même dans ces morceaux de forme ancienne, comme le septuor, le drame de Berliov a cessé d'être un opéra. La poésie et la musique se sont réconciliées.
LES TBOYEWS. 259
Tout cela est admirable d'accents pathétiques, de déclamation lyrique, et, lorsque Didon évoque le souvenir du duo d'amour, de cette nuit (Tivresse et d'extase infinie , l'auteur atteint le comble de Texpression dramatique.
Ce grand style tragique se soutient jusqu'à la fin. y^ Je ne prétends pas que les Troyens soient une œuvre sans défaut. Il y en a de réels, de considérables même. Trop souvent les récitatifs et les airs s'y confondent; les airs y prennent l'allure du récitatif et réciproquement: dans les uns comme dans les autres, l'accompagnement est parfois trop chargé... ^ »
1. Ces remarques nous paraissent très importantes : trop souvent les récitalifs et les airs s'y confondent ; il y a là une constatation évidente de la fusion commencée entre les deux formes de chant; la sincérité de Taccent, et la libre marche de Taction, le développement normal des sentiments, tendent à supprimer de plus en plus les limites arbitraires, à effacer les distinctions conventionnelles. Cette tendance, jugée blâmable même par les admirateurs de Berlioz, en 1863, sera aujourd'hui un des titres de gloire du musicien français.
> Que M. Beidioz le sache bien : il ne se reposera jamais ici-bas; il est du nombre de ces hommes d'élile destinés à lutter glorieusement toute leur vie. Sa constance, son talent, son sentiment du vrai, du noble et du beau, sa conviction inébranlable, voilà ce qui, il y a trente ans, malgré certaines dissidences de doctrines et d'opinions, m'a attaché à la fortune de M. Berlioz et ce qui a fait que moi, pur classique, j'ai suivi le compositeur dans toutes les phases de sa carrière; heureux, arrivé à l'âge où une expérience déjà longue me ramène de plus en plus à l'élude et au culte des vieux maîtres, de donner au grand artiste victorieux une nouvelle preuve d'une amitié qui m'honore et que j'ai peut-être le droit de qualiûer de clairvoyante autant qu'elle est désintéressée et dévouée.