E. Thoinan, pseudonyme d'Ërnest-Yictor Roquet, né à
Nantes, le 23 janvier 1827, et que les bibliographies ont
l'habitude de traiter d* « écrivain musical distingué. »
t82 L'OEUVRE DRAMATIQUE DE BERLIOZ.
repose au cimetière Montmartre i» . L'auteur suppose que les âmes des compositeurs illustres se livrent à un concert nocturne dans le Bosquet des musiciens; au Père-Lachaise.
» ... C'étaient Grétry, Boïeldieu, Gossec, Calel, Hérold, Nicolo, Lesueur, Bertou, Paër, Chopin, Bellini, Habencck, Reicha, Ad. Adam, Halévy,Panseron,Onslow, Kreutzer, J. Strunz, Gaveaux, Ignace Pleyel, Castil-BIaze, Nourrit, Garât, etc., etc.. ^ Cherubini occupait le fauteuil ^ la présidence. .. On entendait une musique douce et pénétrante, sortant des arbres, du ciel, de l'air, de partout enfin. C'était un .mélange des plus pures mélodies de l'école ■ française : Champs paternels, de Joseph; Une c fièvre brûlante y de Richard; Pauvre dame Marguerite, de la Dame blanche; la Veillée r de. David y de Lesueur; Souvenirs du jeune ^gefdwPré^au^-Clercs; Quand de la nuit, de i'^îiia.êf ,*.etc„ vctc-
»... Cherubini, s'étant levé, prononça les paroles suivantes :
» Feu messieurs,
<L Un fait de la plus haute gravité s'est passé » près de nous, dans le monde des vivants.
»Un opéra vient d'être représenté avec un » bruit de réclames et de louanges si auda- )> cieuses, que nous avons dû y prêter attention. 9 Cette composition, intitulée les Troyens, a » succombé ces jours derniers. Ainsi qu'il est » d'usage, nous sommes réunis pour examiner > s'il y a lieu de recevoir dans cette enceinte » cet opéra mort-né et si nous pouvons lui » donner la sépulture. Après le rapport de y> notre ami Méhul, la discussion sera ouverte » et suivie du vote par boules blanches et » noires. »
» Lesueur regarde le ciel en soupirant, et Bouilly tire de sa poche un énorme mouchoir
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à carreaux. Gastil-Blaze, prévoyant une pluie de larmes, lui propose une éponge »...
Y Méhul déclare qu'il a eu a Tineslimable bonheur de quitter la terre à une époque où le jeune et peu intéressant Hector ne jouait encore que du flageolet et de la guitare ))... Et il ajoute :
« Devons-nous accorder la sépulture à » l'opéra les Troyensy paroles et musique de » M. Hector Berlioz, membre de l'Institut, » chevalier de la Légion d'honneur, biblio- » thécaire du Conservatoire, critique du Jourd nal des Débats^ entrepreneur de festivals, et » faisant généralement tout ce qui concerne » son état? {Hilarité,)
y> ...Nous avons tous conclu à la nullité de » l'œuvre ; pas une voix ne s'est élevée contre » ce jugement, prononcé avec un ensemble » bien rare quand il s'agit de musique. Cette ]) unanimité peu habituelle est, selon nous.
» sans réplique ; nous pouvons donc afQrmer » ici que l'élucubration musicale appelée les » Troyens est manquée d'un bout à Fautre.
» Pâle, débile, et se traînant avec peine jusqu'à » la fin du cinquième acte, cet opéra difforme » et malsain a eu, malgré des soins empressés, » une agonie longue et pénible. Il n'était pas » né viable... il est mort!!!... Le public se )> contente, aux représentations des TroyenSy )) de hausser les épaules, de sourire, de s'en- » nuyer et enfin de se sauver avant la chute » du rideau... Vous parlerai-je ici delà cri- » tique musicale et des articles élogieux de » quelques journaux?... Quelques-uns de ces 9 messieurs ont même dépassé les limites per- T> mises, et, pour peindre l'effet qu'ils ont pro- » duit, je me vois forcé de me servir d'une » image vulgaire, mais significative. Ces thu- » riféraires ont craché en l'air, et la chose est » tombée sur le nez fantastique de l'auteur de
» la symphonie du même nom. (Hilarité pro- ) longée.)
» ...Je conclus, pour ma part, au refus de sépulture, et je vote pour la crémation des Troyens ». {Vifs applaudissements.)
D ...Le dépouillement du scrutin ne donne que des boules noires. Lesueur s'est abstenu. (On exécute le finale de la Juive.) »
Nous terminerons ce résumé bibliographique par la note pleine d'ironie que Berlioz lui-même a cru devoir ajouter à sa partition des Troyens. Cette note se trouve à la dernière page de la partition chant et piano, sous le titre charitable : Avis.
« L'auteur croit devoir prévenir les chanteurs et les chefs d'orchestre qu'il n'a rien admis d'inexact dans sa manière d'écrire. Les premiers sont en conséquence priés de ne rien changer à leurs rôles, de ne pas introduire des hiatus dans les vers, de n'ajouter ni broderies
ni appogiatures, dans les récitatifs ni ailleurs,
et de ne pas supprimer celles qui s'y trouvent. Les seconds sont avertis de frapper certains accords d'accompagnement dans les récitatifs toujours sur les temps de la mesure où Tauteur les a placés, et non avant ni après.
» En un mot, cet ouvrage doit être exécuté tel qu'il est.
]) Les accompagnateurs de la partition de piano sont aussi priés de ne pas doubler par des octaves les passages écrits en notes simples, et de n'user de la pédale qu'aux, endroits oà son emploi est indiqué i>.