‹ L'œuvre dramatique de H. BerliozChapitre 8 sur 30 · LA PARTITION · texte numérisé non relu

LA PARTITION

Première et deuxième partie.

Faust est seul dans la campagne, au lever du jour; l'âme tourmentée d'une éternelle soif de bonheur, il contemple le réveil de la nature. Les fraîches clartés de Taube baignent la plaine, le disque d'or du soleil monte à l'horizon. Mille voix confuses murmurent par le bois et la prairie ; un immense, un sublime concert s'élève vers les cieux. Et le jour rayonne, doux et splendide ; l'admiration de

Faust s'exalte jusqu'à Tenthousiasme... Les phrases chantées se détachent sur les harmonies de Torchestre; elles passent, inégales d'abord, entrecoupées, puis bientôt plus longues, plus soutenues, plus vibrantes, et s'épanouissent enfin dans une phrase dernière, largement cadencée, qui leur sert de couronnement et de conclusion.

Dans cette scène, la plus merveilleuse peutêtre de l'ouvrage tout entier, le style mélodique et les procédés d'orchestration mériteraient d'être minutieusement analysés. Jamais Berlioz n'a été plus puissant ni plus sobre ; jamais surtout il n'a écrit une page où la perfection de la forme soit aussi constamment unie à l'élévation des pensées. Berlioz a pris pour thème principal une phrase à six-huit, en ré majeur, d'un mouvement modéré, d'une douceur extrême {andantino placido). Ce thème, exposé par les altos dans le silence de l'orchestre, a

paru purement descriptif à la plupart des commentateurs. Pour les uns, c'est la « voix de la nature » en quelque sorte, d'abord à peine distincte, puis grandissante, de plus en plus riche et harmonieuse, dans l'exubérance prinlanière des campagnes. Pour d'autres, il figure le lever du soleil, le passage graduel de l'aurore pâle et rose à la pleine clarté du jour. Ces explications, assez voisines d'ailleurs, nous semblent insuffisantes ; mais il est facile de les compléter : quelques pages plus loin, lorsque la tristesse de Faust interrompt le chœur des paysanSy ce même motif réapparaît deux fois, chanté par les violons. Il est donc lié intimement au personnage de Faust, et se rapproche des motifs caractéristiques de Wagner. Il exprime le sentiment mélancolique et admiratif tout ensemble que Faust éprouve devant la nature : ce sentiment s'échauffe, se passionne, la nuance triste s'efface graduellement, tandis

Hit L*ÛEUVRE DRAMATIQUE DE BERLIOZ.

que la note enthousiaste s'accuse, enrichie de toutes les sonorités de l'orchestre. Ce développement mélodique., d'une vaste étendue, et qui prend peu à peu un caractère triomphal, est l'écho des sentiments de Faust et de leur eialtation progressive; il doit donc suivre d'une façon rigoureuse la marche ascendante du réveil de la nature : c'est le trait d'union musical entre le phénomène extérieur et l'âme même de Faust*.

On ne sait vraiment ce qu'il convient de louer davantage ici, de la haute expressiou morale ou de la fraîche couleur descriptive de cette musique. Tout s'associe, tout s'harmonise pour concourir à l'efiFet. Ainsi Beethoven avait procédé au début de la Symphonie pastorale^ unissant aussi étroitement que possible ces

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