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mère, veuve depuis dix ans, et qu'on nommait lady Wateley.
Enthousiasmée d'Henriette, qu'elle ne connaissait pourtant que depuis le séjour de cette jeune personne dans la capitale, lady Wateley ne négligeait rien de tout ce qui pouvait y faire paraître avec éclat l'objet de son attachement et de son orgueil ; mais cette aimable cousine, retenue depuis quinze jours dans sa chambre par une fluxion, non seulement n'avait pu être de la dernière partie du Renelagh, mais se voyait même privée du plaisir d'accompagner sa cousine à l'Opéra, où l'on devait aller le lendemain.
Aussitôt que Granwel fut instruit de ce projet de spectacle par les espions placés près de sa maîtresse, il ne manqua pas d'en vouloir tirer parti ; de plus amples informations lui apprennent qu'on se servira d'une voiture de remise, lady Wateley ayant besoin de ses chevaux pour envoyer prendre son médecin. Granwel vole aussitôt chez le maître du carrosse qui doit être loué à Henriette et obtient facilement qu'une roue se brisera à trois ou quatre rues de distance du point où doivent partir ces dames, et sans réfléchir qu'un tel accident peut coûter la vie à celle qu'il chérit, uniquement occupé de son stratagème, il en paye largement l'exécution et revient tout joyeux chez lui, d'où il repart à l'heure juste où il apprend qu'Henriette doit sortir, en ordonnant au cocher qui le conduit d'aller attendre, aux environs de Cecil Street, qu'un carrosse de telle ou telle manière sorte de chez lady Wateley, de suivre immédiatement cette voiture dès qu'il la verra et de ne se laisser couper par aucune autre.
Granwel se doutait bien qu'en sortant de chez lady Wateley les dames iraient prendre Williams à l'hôtel de Pologne. On n'y manqua pas ; mais on ne fut pas loin sans aventure ; la roue casse... les femmes crient... un laquais se brise un membre, et Granwel, à qui tout est égal pourvu qu'il réussisse, joint aussitôt la voiture fracassée, saute en bas de la sienne et présente la main à lady Stralson, pour
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lui proposer les secours que son équipage lui oflrc. — En vérité, milord, vous êtes bien bon, repond celle-ci : ces carrosses de louage sont affreux à Londres. On n'y va point sans courir les risquée de sa vie ; il devrait y avoir des ordres pour remédier à ces inconvénients. — Granwel : Vous trouverez bon que je ne m'en plaigne pas, madame, puisqu'il me paraît que ni vous, ni la jeune personne qui vous accompagne n'avez éprouvé d'accident, et que j'y gagne l'avantage précieux pour moi de vous être bon à quelque chose. — Lady Slralson : Vous êtes trop serviable, milord..., mais mon laquais me paraît mal, cet événement me fâche. Et le lord, faisant aussitôt appeler des porteurs, ordonne qu'on y dépose le valet blessé... Les dames le renvoient ; on monte dans l'équipage de Granwel, et Lon vole à l'hôtel de Pologne.
On ne se peint point l'état du lord dès qu'il se trouve auprès de celle qu'il aime, et que la circonstance qui l'en rapproche ressemble à un service rendu.
— Miss va sans doute faire une visite à quelque étrangère de l'hôtel de Pologne ? dit-il à Henriette, dès que la voiture fut en marche. — C'est bien plus qu'une visite à une étrangère, milord, dit lady Stralson avec candeur, c'est un amant... c'est un mari que l'on va voir. — Grai.wel : Quel eût été le chagrin de miss si cet accident eût retardé le plaisir qu'elle se promet, et combien je me félicite davantage du bonheur d'avoir pu la servir ! — Miss Slralson : Milord est trop bon de s'occuper de nous, nous sommes au désespoir de le déranger, et ma mère me permettra de lui dire que je crains que nous n'ayons fait une indiscrétion. — Granwel : Ah ! miss, que vous êtes injuste de regarder ainsi le plus grand plaisir de ma vie ; mais si j'ose moimême commettre une indiscrétion, ma voiture ne vous sera-t-elle pas nécessaire pour continuer les courses de votre après-midi, et, dans ce cas, serai-je assez heureux pour que vous voulussiez bien l'accepter ? — Miss Slralson : Ce serait une hardiesse trop grande de notre part, milord, nous nous destinions à l'Opéra, mais nous
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passerons la soirée chez l'ami que nous allons voir. — Grantvel : C'est me payer bien mal du service avoué par vous que de me refuser la permission de le continuer ; ne vous privez point, je vous conjure, du plaisir sur lequel vous comptez ; Mélico chante aujourd'hui pour la dernière fois, il serait affreux de perdre cette occasion de l'entendre; ne supposez d'ailleurs aucun dérangement pour moi dans l'offre que je vous fais, puisque je vais moi-même à ce spectacle ; il ne s'agit donc que de me permettre de vous y accompagner.
Il eût été malhonnête à lady Stralson de refuser à Granwel, aussi ne le flt-clle point, et l'on arriva à l'hôtel de Pologne : Williams attendait ces dames ; Gave ne devant commencer son rôle que le lendemain, quoiqu'il fût arrivé ce jour-là même à l'hôtel, ne se trouvait point encore avec lui, moyennant quoi notre jeune homme était seul quand ses amies arrivèrent. Il les reçut de son mieux, combla le lord d'honnêtetés et de remerciements ; mais, l'heure pressant, on se rendit à l'Opéra ; Williams donna la main à lady Stralson, et par cet arrangement dont s'était bien douté Granwel, il fut à portée d'entretenir la jeune miss, à laquelle il trouva un esprit infini, des connaissances étendues, un goût délicat, et tout ce qu'il aurait peut-être eu bien de la peine à rencontrer dans une fille du plus haut rang qui n'aurait jamais quitté la capitale.
Granwel, après le spectacle, ramena les deux dames dans Cecil Street, et lady Stralson, n'ayant eu lieu que de se louer de lui, l'invita d'entrer chez sa parente. Lady Wateley, qui ne connaissait Granwel que très imparfaitement, le reçut néanmoins à merveille ; elle l'engagea à souper, mais le lord, trop adroit pour se jeter ainsi à la tête, prétexta une aflaire importante et se retira mille fois plus embrasé que jamais.
Un caractère comme celui de Granwel n'aime pas communément à languir, les difficultés l'irritent ; mais celles qui ne peuvent se vaincre éteignent les passions dans une
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telle âme au lieu de les enflammer ; et comme il faut à ces sortes d'individus un aliment perpétuel, l'objet changerait sans doute si l'idée du triomphe s'anéantissait sans espoir.
Granwel vit bien que, tout en travaillant à brouiller Williams avec sa maîtresse, comme ce procédé pouvait être long, il devait s'occuper d'ailleurs à désunir cette charmante fille avec sa mère, bien certain qu'il ne viendrait jamais à bout de son plan tant qu'elles seraient ensemble. Une fois introduit dans la maison de lady Wateley, il lui paraissait impossible, en joignant encore à cela le secours de ses agents, qu'aucune démarche d'Henriette pût venir à lui échapper. Ce nouveau projet de désunion l'occupa donc uniquement.
Trois jours après l'aventure de l'Opéra, Granwel fut s'informer de la santé de ces dames, mais il fut bien étonné quand il vit lady Stralson arriver seule au parloir et excuser sa parente sur l'impossibilité où elle se trouvait de l'engager de monter. Un prétexte de santé s'allégua» et tout piqué qu'était Granwel il n'en montra pas moins de l'intérêt pour l'état de la maîtresse du logis ; mais il ne put tenir à s'informer d'Henriette ; lady Stralson lui répondit qu'un peu saisie de la chute elle n'était pas sortie de sa chambre depuis l'autre jour, et au bout d'un instant, le lord, en demandant permission de revenir, se retira fort mécontent de sa journée.
Cependant Gave avait déjà fait connaissance avec Williams, et le lendemain de la fâcheuse visite du lord chez lady Wateley, il vint rendre compte de ses opérations. — J'ai plus avancé vos affaires que vous ne le croyez, milord, dit-il à Granwel : j'ai vu Williams et des gens d'affaires parfaitement au fait de ce qui le concerne ; la succession qu'il attend, cette succession composant la fortune qu'il espère offrir à Henriette, est très susceptible d'être chicanée ; il y a dans Herreford un parent plus près que lui et qui ne se doute pas de ses droits ; il faut écrire à cet homme d'arriver sur-le-champ, le protéger quand