‹ L'œuvre du pain des pauvres [microforme]Chapitre 2 sur 4 · A AL AU · texte numérisé non relu

A AL AU

Dieu, dit l’Ecriture, est un feu consumant, et la charité prend à cette fournaise inextinguible des ardeurs dévorantes, que rien n’apaise, Dans son immense besoin de se répandre et de faire des heureux, la charité semble dire comme autrefois l’impatiente Rachel : Donnez-moi des enfants, ou bien je mourrai ! 1“ Oui, crie. la sainte charité, donnez-moi des enfants à bénir, des malheureux à soulager, des afigés à consoler, des malades à soigner, des misérables à réhabiliter. Mais n’ajoute pas, Ô céleste charité : ‘ou bien je mourrai ‘ car en ce monde, le lieu de l'épreuve et de l’expiation aux enfants d'Adam, nous te donnerons toujours des pauvres, des orphelins, des délaissés, des désolés, et toujours tu pourras accomplir ta douce mission de miséricorde et d'amour !

Ce qu'il faut aussi admirer, dans ces merveilleuses créations de la charité, c’est l’ingénieuse délicatesse qui préside à leur fonctionnement, le saint respect dont elles honorent les malheureux, des attentions de mère pour le pauvre. Oh ! que nous sommes loin, ici, des froides générosités de la philanthropie, ou même de la bienfaisance légale, qui jettent dédaigneusement leur obole à l’indigent, comme on jette un os à ronger au chien qui aboiïe sur le chemin, et elles passent outre, indifférentes et oublieuses, pour aller à leurs affaires et à leurs plaisirs. Ah ! la charité, elle, n’a point ce mépris et ce dédain : car en cet être humain, qui souffre et qui pleure, sous ces haiïllons sordides, par delà ces dehors repoussants, elle voit rayonner l’auguste figure de Jésus-Christ, qui a daigné dire :” n Tout ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à Moi que vous le ferez ! 1 Et devant cette mendicité en guenilles, vivante incarnation de l'Homme-Dieu qui fut aussi l’homme de douleurs, la charité s'incline, elle est tentée de se prosterner et d’adorer ce tabernacle dénudé de la misère divine,

Aussi ce n’est pas assez pour la charité chrétienne de donner l’aumône du corps : l’infortuné est un enfant de Dieu, il lui faut plus que le pain matériel, il lui faut le pain de vie ; c’est une âme, qu’il faut arracher aux étreintes de la misère, parce que la misère traîne le vice sur ses talons ; c'est une créature libre, qu'il faut régénérer, instruire et sauver, Et alors, avec l’aliment de la vie temporelle, la charité donne à pleines mains à l’âme du misérabie la vérité, la sainteté, Dieu et le ciel. Non, non, la charité ne peut oublier ses divines origines : fille du ciel, elle ne descend sur la terre, que pour remonter au ciel, chargeant sur ses ailes tous ceùx dont elle à soulagé la misère et essuyé les pleurs!

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Elle est longue, mes frères, que dis-je ! elle est interminable, la liste de ces institutions bienfaisantes, écloses sous le souffle généreux de la charité ; chaque jour c’est, au sein de nos sociétés, une floraison nouvelle, qui peut surprendre ceux-là seuls, qui ne connaissent point quelle réserve infinie de sève vivante circule dans ce grand arbre, que la main Divine a pianté dans le monde chrétien.

La plus récente, et qui certes ne sera pas la dernière, est cette gacieuse dévotion du Pain de Saint Antoine, que l'Eglise inaugure solennellement aujourd’hui dans cette basilique.

Saint Antoine de Padoue, une des plus aimables figures que nous

résente l'immense galerie de la sainteté, le grand ‘haumaturge du XITIT siècle, celui que ses contemporains appelèrent le marteau des hérétiques et l'arche da Testament, cet homme de génie, qui ne crut point déroger au noble sang qui coulait en ses veines, le

sang de Godefroy de Bouillon, son afeul, quand il revêtit la bure franciscaine et descendit au pauvre peuple ; lui qui aima passionnément les humbles, les petits, les déshérités, les parias de la société, lui que le peuple aima en retour et qu’il n’appela plus que le bon Saint Antoine—c’est lui, que la charité chrétienne a choisi pour être le trésorier de ses largesses et l’économe des malheureux.

Mes frères, elle est bien touchante l’origine de cette Œuvre, vieille à peine de quatre ans, et qui a pris une extension universelle, catholique comme la religion qui l’a inspirée, elle est aujourd'hui un des foyers de la piété et de la charité dans les deux Mondes. L'histoire de ses débuts pénètre le cœur d’une douce émotion, et les larmes viennent aux yeux.

C’est en France, le pays très chrétien, le pays chevaleresque où la charité coule à pleins bords, plus abondante que l’eau de ses grands fleuves, c’est la qus cette œuvre a eu son berceau, à coté de tant d’autres créations plus grandioses de la charité. La dévotion du Pain de Saint Antoine est née dans cette Provence ensoleillée, à qui l'Eglise d'Ottawa doit son premier Pasteur ; elle est née dans cette grande ville de Toulon, qui vit l'aurore du plus grand génie militaire des temps modernes.

Comme tant d’autres, cette suave inspiration de la charité jaillit du cœur d’une pieuse femme, une vierge chrétienne, Nommons-la, car rien n’est si grand devant Dieu et devant l'Eglise, que ces âmes pures et héroïques, humbles femmes que le monde ne connaît pas, dont il flétrit la piété dévouée des no: les plus méprisants, et qui sont cependant bien souvent les anges sauveurs de la société

humaine.

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Louise Bouffier, humble lingère de Toulon, a été la créatrice de cette œuvre, bien modeste à ses débuts et maintenant principe universellement fécond de prière et de charité, C’est ainsi qu’une pauvre ouvrière de Lyon avait conçu dans son cœur cette grande œuvre qui s'appelle la Propagation de la Foi !

Dans une lettre, charmante de naïveté mais débordante de cette foi qui soulève les montagnes, la pieuse lingère racontait naguère les circonstances qui l'ame nèrent à fonder dans son arrière- boutique le petit oratoire à saint Antoine de Padoue, avec le tronc pour le pain blanc des pauvres.

Elle avait perdu la clef de son magasin. Déjà un ouvrier était là, armé d’une barre de fer, pour enfoncer la porte rebelle, C'était une bien lourde dépense pour le modique budget de la lingère, Elle se jette à genoux, promet à saint Antoine du pain blanc pour les pauvres. Élle prie alors l’ouvrier d'essayer encore ses clefs, Merville ! dès la première, la porte s'ouvre, comine si une voix invisible avait prononcé le mot magique : Sésame, ouvre toi ! On parla beaucoup de cette faveur dans le cercle des amies de Louise Bouffier, Celles-ci l’imitèrent, et des faveurs extraordinaires répondaient à leurs confiance. Après s'être cotisées entre elles, elles achetèrent une statue du saint qui fut placée au fond de la boutique de Louise Bcuffier. Tel fut le commencement. Les esprits forts hausseront les épaules à ce récit : mais n'oublions pas que c’est la politique de Dieu de choisir ce qui est faible pour confondre ce qui est fort.

Le tronc de saint Antoine était double ; l’un recevait les billets, lettres anonymes contenant la demande et la promesse d’une offrande pour le pain des pauvres ; l’autre recevait l’offrande quand le saint avait exaucé la prière. On vit bientôt que le doigt de Dieu était là: touché de cette foi vive, qui tendait une main suppliante vers le ciel, et l’autre ouverte à l’aumône pour ses pauvres bien-aimés, le grand Thaumaturge de Padoue multiplia les prodiges et les faveurs les plus insignes. Et de par toute la France, bientôt de presque toute l’Europe, les missives affuèrent à l'arrière boutique de la lingère de Toulon, suivies bientôt de mandats-postes pour le pain des pauvres, hommage attendri de la reconnaissance au bon Saint-Antoine,

C’étaient des officiers, des soldats et des marins, qui recommandaient au pieux Thaumaturge un voyage lointain, une expédition dangereuse. C'était une mère qui demandait la guérison d’un enfant bien-aimé ou le succès d’un examen,—une famille qui sollicitait la conversion d’un père incrédule ou ivrogne ;—-un jeune homme sans place qui voulait du travail. En un mot, c'était le

rendez-vous de toutes les prières et de toutes les ambitions légitimes, qui, pour intéresser à leur cause saint Antoine, l'ami des pauvres, promettaient l’aumône du pain blanc. Le chiffre de cette aumône répondait à l'intensité de la prière, ou à l'importance de la demande, ou aussi à la fortune du suppliant.

Eh bien! saint Antoine accueillait toutes les prières, et bénissait toutes les offrandes, aussi bien celle du modeste ouvrier que celle du riche commerçant : le nombre des faveurs obtenues est prodigieux, et le cœur est délicieusement ému à la vue de cette source nouvelle de bénédiction ouverte aux âmes de bonne volonté, Mes frères, je ne m'étonne point de cette puissance de salut : jamais la prière n’a plus de crédit auprès de Dieu et de ses saints, que quand elle est accompagnée de l’aumône, La charité, c’est l’encens qui doit embaumer la prière, quand elle monte au trône

du Très-Haut, Donnez, riches ! l'aumône est sœur de la prière ! V. H.

Dès le premier mois, avec ce ravissement d'âme, que donne la charité, la pieuse lingère distribuait aux pauvres près de 3,000 livres de beau pain blanc. Cur elle tenait à montrer que saint Antoine, l’économe des pauvres, traite généreusement ses protégés, orphelins et vieillards : pour cela, il ne fallait rien moins que du pain blanc ; et ce pain, disait-elle, pétri par la charité, les enfants l’'appelaient le gâteau de saint Antoine.” L'œuvre avait été si féconde que, dès la première année, avec ces dons de la reconnaissance, on avait pu distribuer aux pauvres 27,600 livres de beau

pain blanc !

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