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CHAPITRE II

LA B.IKJJUE D'ANGLETERRE k LES BlJ'Ol'ES D'ECOSSE LE CHANGE & LA CIRCULATION

Histoire de l'administration de la Banque d'Angleterre de 1797 à 1819. — Le noir vendredi, causes de cette crise et observations à son sujet. — Défense de l'acte de 1844. — Polémique sur la liberté des banques. — Discussion des modifications proposées à l'organisation de la Banque de France. — Les banques d'Ecosse et l'agriculture. — Le change et la circulatioiî.

Ces ouvrages, comme on le verra, et indépendamment des emprunts que Wolowski a faits, dans la Question des banques^ à l'historique du grand établissement de crédit en Angleterre, se lient étroitement à l'ouvrage que nous venons d'analyser.

Le premier n'est pas proprement un livre. Le volume se divise en cinq parties : un historique de l'administration de la banque d'Angleterre de 1797 à 1819; celui de la crise financière qui sévit en Angleterre en 1866 ; la publication de la polémique que soutint Wolowski à la suite et au sujet de l'édition de ses appréciations sur la constitution et l'administration de la Banque de France ; un mémoire sur la circulation fiduciaire dans notre pays ; et enfin une étude sur les banques d'Ecosse.

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Dans la première partie, c'est-à-dire dans l'historique de la période de cours forcé qui ouvrit pour l'Angleterre ce siècle de prospérité commerciale, Wolowski s'est propose de combattre l'idée, assez généralement reçue, que le gouvernement britannique avait fait face aux frais de sa lutte contre Napoléon, avant de recourir aux emprunts directs, par un large emprunt indirect, réalisé auprès de la Banque, à l'aide de la suspension de la conversiblité de ses billets.

Wolowski montre que les avances au Trésor ont été considérables avant l'nc/ de restriction^ c'est-à-dire la suspension des paiements en espèces, dont elles ont été la cause ; niais que, si l'on met à part les années i8o() et 1810, où elles se sont relevées et les dernières années de la lutte, où le gouvernement britannique dut faire, comme nous, flèche de tout bois, en recourant aux expédients financiers, ces années exceptées, disons-nous, les avances allèrent en diminuant.

Il était nécessaire, dit Tauteur, d'établir fortement le crédit public, pour pouvoir recourir à l'emprunt direct, dont les ressources seules étaient à peu près illimitées. Suivre une politique contraire, c'aurait été commettre une faute lourde, dont on devait être détourné précisément par l'exemple du désastre financier que venait de produire en France l'abus de l'émission des assignats et Pitt n'aurait pas niérité sa réputation d'homme d'état, s'il eut été incapable, soit de comprendre les conditions de succès des emprunts en Angleterre, soit de profiter de l'exemple que la France venait de fournir au monde.

Et il conclut, sur ce point, en ces termes :

« L'Angleterre a payé les frais de la guerre avec le produit du travail et non avec le papier-monnaie. L'accroissement des billets de banques a portéf pendant plus de dix ans, presque uniquement sur les petits coupons, qu'une nécessité temporaire avait fait créer et qui disparurent après la reprise des paiements en espèces. Certes, les sommes ajoutées ainsi à la circulation des banknotes étaient peu de chose, en présence des exigences croissantes de la lutte et Ton n'a point songé à les emplo3^er pour y faire face. Des emprunts successifs consolidaient les émissions provisoires des bons de Téchiquier ; ils transformaient en inscriptions de rentes les bénéfices de la manufacture, du commerce et de l'industrie. Voilà le , éritable secret des finances de la guerre, en Angleterre, ô.u commencement de ce siècle. »

C'est un véritable phénomène, en somme, que, pendant une période de plus de lo ans, depuis Vact de restriction^ la circulation soit restée modérée et que les billets soient peu tombés au-dessous du pair.

Mais on devait s'attendre à la fin de cet état de choses, vraiment surprenant et contraire à la conséquence naturelle, presque fatale, du droit illimité d'émission et surtout du cours forcé.

Wolowski s'attache à montrer cette relation de conséquence entre les abus du billet de banque, d'une part, et, de l'autre, l'élévation des prix à l'intérieur et celle du change avec le dehors.

Ce sont des idées qu'il a mieux développées dans l'ouvrage dont nous rendrons compte après celui-ci.

Elles se rattachent à l'enseignement d'Adam Smith, qui ne croyait pas aux miracles du crédit. Mais elles ne se firent jour qu'au commencement du siècle, dans des écrits aussi familiers à Wolowski que la Richesse des nations et elles furent longtemps l'objet d'une vive controverse.

Notre auteur cite ceux de Baring, de Boyd, de Thornton, de lorg King, pour arriver au plus fameux de ces écrivains financiers, à Ricardo.

Quoique personne ne doute et ne conteste qu'un accroissement rapide et par conséquent disproportionné avec les besoins, dans les existences métalliques, ait pour effet de produire l'élévation des prix, on hésitait à reconnaître qu'il en fût ainsi du développement donné à l'émission, depuis que, par suite du cours forcé, le rôle de médium des échanges était transporté aux billets de banque, chassant le numéraire.

Boyd fit preuve, à cet égard, d'une remarquable lucidité. Pénétré de l'existence de cette loi économique, observant l'élévation des prix et du change, et ignorant le chiffre de l'émission, qui, alors, n'était pas publié, il affirma hautement qu'elle s'était augmentée. Et quand il se livrait à cette induction si frappante, l'augmentation ne dépassait pas 75 millions de francs.

Thornton ensuite développa la pensée émise par Adam Smith, que le crédit ne crée aucun capital ; qu'il ne peut être que l'expression de la confiance conçue par les détenteurs et les déterminant à livrer leurs marchandises contre de simples promesses.

Mais, malgré les convenances de sa démonstration de la stérilité du crédit, Wolovvski met une restriction aux exagérations des écrivains qui ont combattu ceux qui s'étaient livrés à toutes les illusions à son égard. Le papier de crédit, selon Thornton, traduit la confiance conçue ; la multiplication des titres fiduciaires sert à augmenter, à fortifier et à répandre cette confiance, dans le monde commercial ; mais il ajoute qu'elle existe indépendamment d'eux et qu'elle continuerait, à la suppression de pareilles garanties. N'est-ce pas un peu contradictoire ? Le< titres ingénieux qu'a inventes la science d e symbolisation des finan*

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ciers n ont-ils pas, dans une grande mesure, engendré la confiance elle-même ?

Et quand on dit que le crédit ne crée aucun capital, ne méconnait-on pas les services que rendent les yonz^-^/ocA;banks^ en mettant en circulation de véritables capitaux morts et les banques mêmes d'émission, sagement réglées, en accroissant dans une mesure modérée les instruments d'échange qui existent ?

Car il ne faut pas prendre dans un sens trop absolu ces propositions : que leur ensemble est déterminé étroitement par les besoins -, que la monnaie fiduciaire chasse celle métallique. Wolowski, plus tard, l'admit bien lui-même, nous l'avons déjà vu.

Parmi les prédécesseurs de Ricardo, auquel il accorde, avec raison, la plus large place entre les écrivains financiers qui ont signalé les dangers des émissions fiduciaires exagérées et de la suspension de la conversibilité des billets, Wolowski mentionne encore Huskisson, le fameux ministre de l'avenir, qui faisait alors ses débuts dans la carrière financière et dont on connaît cette page, pleine de raison, de droiture et de fermeté :

« Les manœuvres des gouvernements les plus décriés, qui affaiblissaient le numéraire, ont été justement réprouvées et condamnées, comme aussi déshonorantes que ruineuses. Mais le dommage une fois causé, on pouvait au moins connaître l'étendue du mal ; les prix du marché intérieur et extérieur une fois mis en équilibre avec le changement subi par les espèces, l'incertitude, et par conséquent, les spéculations hasardeuses, s'arrêtent ; les créanciers, ceux qui perçoivent des annuités au qui touchent un revenu fixe en vertu d'un contrat quelconque, sont en état de calculer le montant de la perte subie et les arrangements futurs sont conclus sur la base de la nouvelle mesure des objets échangeables ; le désastre se liquide ; l'on

opère à nouveau dans des conditions connues. Mais le mal actuel est autrement redoutable ; car il est indéfini, variable, incertain, de plus en plus menaçant ; il déjoue tous les calculs, trouble toutes les entreprises, décourage les plans d'avenir et pèse durement sur les classes laborieuses. L'Etat ne gagne rien à payer ses dettes en monnaie avilie ; car il touche des revenus amoindris et il souffre du mai dont la société se trouve atteinte. »

C'est à Ricardo, disons-nous, que Wolowski réserve la place d'honneur parmi ces financiers et attribue la gloire d'avoir fait le premier pas vers la reprise des paiements en espèces.

Ricardo était un écrivain inconnu, mais dont les publications aussitôt attirèrent grandement l'attention, suscitèrent une ardente polémique et furent, en somme, universellement appréciées.

Nous avons dit qu'en 1809, le ministère cessa d'exercer sur la Banque le contrôle sévère et prudent, qui, jusque-là, en avait maintenu les émissions dans un niveau à peu près normal. C'est à cette époque que Ricardo prit la plume, pour faire paraître, d'abord, une série de lettres, qui obtinrent un immense succès.

Puis, il publia son traité : Le haut prix du lingot est une preuve de la dépréciation des billets de tangue. Il y établit, d'abord, les caractères de la monnaie métallique. Il montra comment l'or et l'argent se distribuent entre les diverses nations, proportionnellement à l'importance de leur commerce et de leur véritable richesse.

De cet exposé lucide d'une loi économique, qui n'était point alors universellement acceptée, Ricardo pouvait passer, sur un terrain sûr et facile, à l'attaque des deux erreurs capitales, du système mercantile, d'abord, et de celle de l'indation, qui se rattache à la première.

Le système mercantile, croyant que l'abondance de l'or

suffit pour accroître la richesse publique, attribuant aux métaux précieux une sorte de force merveilleuse, multipliait les moyens factices pour les attirer et les entraver en vue d'en empêcher l'exportation. Mais l'inutilité de ces procédés, l'illusion du système de la balance du commerce, sont démontrées surabondamment par la situation de ces deux états qui ont eu le monopole du commerce européen dans le Moyen-âge et dans les temps modernes : la Turquie et l'Espagne. L'or vient, sans qu'on l'appelle, attiré par le profit. Il s'en va, de môme, quand il trouve au dehors une plus large rémunération. Les rigueurs inutiles qu'on déploie, pour le retenir, ne font que précipiter sa sortie. Son abondance ne manque point de se produire chez les peuples dont l'industrie et le commerce prospèrent. Elle est la conséquence du travail productif, non son principe, et, en somme, la distribution des métaux précieux dans le monde constitue l'effet et non la cause de l'augmentation de la production, des échanges, de la richesse véritable.

Tant que le système monétaire d'un pays est purement métallique, il prend dans le stock universel un contingent proportionné au mouvement de ses affaires. La fondation d'une banque revêtue du pouvoir d'émettre des billets fait baisser la valeur de ses agents de circulation et les marchandises éprouvent une hausse proportionnée. L'équilibre entre la nation où se produit ce phénomène et les autres doit se rétablir par l'exportation d'une partie du numéraire, dès lors qu'il est sollicité au-dehors par un profit plus grand, c'est-à-dire par un plus large pouvoir d'acquisition dans la vente ou un intérêt plus élevé dans le prêt.

Mais encore, tant que les billets de banque sont conversibles en argent, il est impossible que le cours de change varie au-delà de la somme nécessaire pour couvrir les frais

d'importation ou d'exportation des métaux précieux. La conversibilité suspendue, au contraire, toute baisse du change et toute hausse du prix du Imgot qui dépasse les frais de transport du métal, fournissent la preuve évidente d'un excès d'émission de papier, qui ne peut trouver aucun débouché dans le marché universel. De ces observations, aussi profondes que pratiques, Ricardo arrivait à déduire, d'une part, les règles de prudence à observer dans l'émission et, de l'autre, la condamnation absolue de Vacl de restriction.

L'agitation qui suivit ses attaques, aussi vigoureuses que modérées, aboutit dans un très-bref délai. La première lettre de Ricardo est du 6 septembre 1809 et, dès le i^"" février suivant, la Chambre des communes fut saisie d'une proposition relative aux questions de circulation et de change; puis, bientôt constituée, sous la présidence de M. Horner, l'auteur de la proposition, la fameuse commission connue sous le nom de Bullion cammittee.

On sait qu'après une enquête sur les conditions du change et de la circulation, tant des métaux que des billets de banque, cette commission publia le rapport connu sous le nom de Bullion report.

Ce document est analysé par Wolowski avec soin.

L'enquête avait démontré que, si, dans l'origine, la faiblesse du change extérieur avait pu tenir aux gênes apportées au commerce britannique par les mesures de guerre de la PYance et de ses alliés, on devait présentement en chercher la cause dans la suspension du paiement des billets de banque en espèces et l'excédent de circulation qui s'en était suivi.

Telle fut, du moins, l'appréciation de la majorité des déposants. Le comité n'eut garde de s'en écarter et il établit avec beaucoup de force les mesures de politique commerciale que devait imposer au gouvernement l'état de la circu-

lation, qui jetait du trouble dans les moindres affaires et celui du change étrangerqui était défavorable à l'Angleterre, vis-à-vis de tous les pays. Reproduisant les démonstrations de Ricardo, le rapport comparait l'émission surabondante à l'altération des espèces, quant à la dépréciation des agents des échanges. Par suite de l'avilissement de la monnaie métallique, elle devient équivalente à une quantité d'or ou d'argent en lingot, moindre qu'auparavant; de même, les billets de banque émis avec exagération deviennent équivalents à une quantité moindre d'or ou de marchandises et cet excès d'émission se produit naturellement, si ces billets ne sont pas conversibles en espèces. Les autres pays échappant à cette cause de dépréciation du médium des échanges, l'équilibre se trouve rompu entre leur monnaie et celle du pays, où tout en est venu à se payer au moyen du papier. La valeur intrinsèque d'une portion donnée de monnaie, d'un côté, se trouvant amoindrie, tandis que l'autre reste la même, le change tourne nécessairement aux dépens du pays frappé de la suspension des paiements en espèces. Le rapport pouvait dire <•< qu'aucune matière n'est plus clairement définie que celle des changes avec l'étranger. » Il condamnait ensuite la doctrine dite des good bills, suivie par la Banque et consistant à émettre sans limitation, sans considération du cours des changes, ni du prix de Tor, tous les billets demandés en escompte de traites sérieuses ; pensant ainsi se tenir nécessairement dans la mesure que comportait la situation. Rien n'est moins certain que la proportion exacte entre l'émission sur les bonnes traites et les besoins réels de la circulation. Si cette proportion ne se rencontre pas, elle peut se rétablir facilement, dans les conditions normales, parce qu'on rapporte à la banque les billets émis en excédent. Mais ce remède aux émissions exagérées ne se rencontre plus, si elle est dispensée du remboursement.

Il ne suMit pas, disait le rapport, s'attachant aux principes mêmes de rémission du billet de banque, que les instruments ainsi émis sous forme d'escompte servent à des entreprises judicieuses et productives, sans s'inquiéter du surcroît qui vient encombrer la circulation d'une valeur créée pour l'escompte commercial, arment le producteur ou le négociant d'un pouvoir correspondant d'acquisition ; mais, dès qu'il les emploie, ils s'ajoutent à la masse qui circule, et celle-ci est exposée, dès-lors, à la dépréciation, comme toute monnaie, toute marchandise, surabondante. L'opinion des commissaires se résumait en ces termes : « La suspension des paiements en numéraire a eu pour eflét de confier à la Banque d', Angleterre, pour être exercée à l'aide de son seul discernement, la charge importante de fournir au pa3-s une quantité d'agents de la circulation proportionnée aux besoins. C'est une mission que ses directeurs ne sauraient remplir. La connaissance la plus approfondie du commerce actuel, combinée avec la science la plus exacte des principes régissant la monnaie et la circulation, ne suffirait pas pour rendre un conseil d'administration capable d'établir et de maintenir toujours la juste proportion. Lorsque la monnaie consiste uniquement en métaux précieux ou en papier conversible à volonté, le cours naturel du commerce, en établissant le taux du change entre les divers pays du monde, règle dans chacun d'eux la proportion entre les besoins et le médium de la circulation, d'après les existences dans le monde entier. Aucune prudence, aucune science humaine ne peuvent remplir le rôle qui incombe au jeu naturel des conditions économiques. »

Le rapport ne vint en discussion qu'en i8ri et le résul tat fut bien loin de celui qu'il aurait dû obtenir, devant un parlement plus éclairé ou, pour mieux dire, plus décidé à dominer les causes du malaise commercial. La Chambre

des communes vota, cette année, contre toute évidence, la déclaration que le banknote n'avait point cessé d'être l'équivalent de la mesure métallique déterminée par la loi et, Tannée suivante, ajoutant à la rigueur de la suspension des paiements en espèces, elle établit le cours forcé.

Wolowski résume les faits qui marquèrent la fin de cette période, qu'il s'est donné pour tâche de représenter. Il achève cet historique à Tacte de reprise des paiements en 1819 ; il mentionne celui de 1844, que nous avons analysé dans le chapitre précédent, et, déduisant l'enseignement de ces faits dans une doctrine générale, qui trouve notamment son application à la circulation fiduciaire de notre pays, il termine ainsi la substantielle étude qu'il a consacrée à celle de l'Angleterre, dans sa période la plus instructive :

« En étudiant les véritables résultats de Vact de restriction^ dans les dtux périodes si di fié rentes, de 1797 à 1808 et de 1809 à 181 5, on apprécie la sagesse du Bidlion report. Les vaines hypothèses, les illusions trompeuses, les préjugés dangereux se dissipent. On voit que le papier monnaie ne peut jamais accroître la force d'un état et qu'il n'a point servi aux entreprises belliqueuses de William Pitt. Il n'échappe au danger de nuire qu'à condition de se restreindre. Par conséquent, on y chercherait vainement des ressources sérieuses. Si la suspensisn des paiements fait perdre de vue la nécessité de consulter le taux du change, pour régler les conditions de l'escompte, les émissions ne tardent point à dépasser les besoins et le sort des opérations les mieux calculées se trouve livré aux chances aléatoires. Loin de faire subir un sacrifice, le terrain solide de l'or, en maintenant de la manière la moins variable Tétalon de la valeur, profite largement au pays ; car il devient la base sur laquelle repose la foi des contrats et la justice des relations. Fluide et mobile, l'or pé-

nètrc partout où Tcquilibrc naturel tend à se rompre. 11 entretient sur le pied le plus équitable, en mesurant le profit aux services rendus, l'équation des valeurs dans le monde entier, à condition qu'aucune entrave abusive ne vienne gêner, en ce qui le concerne, la liberté des mouvements. Quant à la circulation fiduciaire, sans méconnaître l'utilité restreinte qu'elle présente, il ne faut en user qu'avec réserve et précaution, en n'oubliant jamais l'importance croissante des relations internationales et les conditions que celles-ci imposent. L'histoire des effets politiques et économiques de l'acte de 1797 et les profondes doctrines du Bullion report sont de nature à propager d'utiles leçons. Puisqu'on cite souvent l'Angleterre et qu'on va y puiser l'exemple des prétendus bienfaits de la monnaie de papier, du cours forcé et de l'extension illimitée du crédit, il est bon de dissiper les nuages qui enveloppent encore ces questions. »

La seconde partie du volume que nous analysons est \ un épisode de l'histoire de la Banque d'Angleterre et du commerce de Londres, que les Anglais ont poétisé, s'il ^' se peut dire, sous ce nom : Le noir vendredi. \

Aussi est-ce avec les couleurs descriptives d'un poète que t Wolowski s'est attaché à peindre les tristes péripéties de | cette journée et ses fâcheuses conséquences pour beau- \ coup de fortunes particulières. C'est une sorte d'élégie > commerciale : '

« Le I r mai i8<)(), la grande métropole du commerce de l'univers semblait frappée de stupeur. Une angoisse horrible s'était emparée des cœurs les plus fermes et trou-

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blait les esprits les plus résolus. Des flots de population s'écoulaient par le Strand^ pour envahir la Cité. Au-delà de Temple-Ba?^^ la foule devenait de plus en plus compacte. L'on voyait comme une armée d'hommes aux regards sombres, qui s'avançait sans cesse vers St. -Paul, s'emparait de Poultry^ pour se répandre au-delà de Mansionhoiise^ dans Lombart-street^ Corn-hill^ King- Williamstreet^ Lothbury^ Bertholomeiv-Lane et les ruelles adjacentes. Au milieu de ces rangs pressés, pas un cri. La consternation contractait tous les visages. Le désespoir se traduisait par un morne silence : tous se précipitaient, vers quelques maisons, dont les portes assiégées laissaient passer le flux et le reflux de ces vagues vivantes. On voyait de tous côtés, dans des mains crispées, des portefeuilles, des carnets, des checks, des papiers de formes diverses, surchargés de chiffres, symboles effrayants d'une cruelle catastrophe. On aurait dit que le vaisseau qui porte l'Angleterre et sa fortune s'était entr'ouvert, avec un effroyable craquement et que la masse des naufragés se précipitait sur les débris, en cherchant des moyens de sauvetage.

» Jamais le souvenir de cette convulsion ne s'effacera de la mémoire de Londres. La date du noir vendredi {the black friday) y restera gravée. Ce jour a semé la détresse et l'épouvante, ce jour a semblé faire retentir le signal de la ruine universelle ; personne n'était plus siàr de personne, ni de lui-même. »

Mais ensuite Wolowski discute avec beaucoup de clarté et de profondeur le rôle de la Banque d'Angleterre dans l'organisation du crédit en ce pays.

« L'Angleterre, dit-il, et les autres états, n'ont que trop porté la peine des systèmes désastreux qui confondent la fabrication facile des billets de banque avec la création des capitaux. C'est sur cette pente que la Banque d'Angleterre

serait replacée par des exigences irréfléchies. Mais cellesci n'ont heureusement pas chance de prévaloir.

» Le département de la Banque fait les avances et les escomptes. Il les alimente au moyen des ressources propres à la compagnie, des dépôts publics, ainsi que des dépôts privés. Ceci augmente la confiance que la Banque d'Angleterre inspire, et, chose remarquable, une expérience constante peut faire considérer comme acquis au débat que plus la crise sévit et plus les dépôts augmentent. Ils sont comme une poule aux œufs d'or, qu'une émission inconsidérée de billets ne tarderait point à faire disparaître. C'est l'accroissement des dépôts qui a permis à la Banque d'Angleterre de faire face à la dernière crise, en déployant une puissance d'action incomparable. Ils ont fourni les ressources matérielles, en même temps que la suspension purement nominale de la disposition limitative de l'acte de 1844 a fait tomber les appréhensions fiévreuses.

» Le département de la banque emploie son actif, qui se compose du capital, des dépôts publics et privés et des post-bills^ aux placements consolidés et en billets de l'échiquier, aux avances sur fonds publics et aux escomptes. Le surplus constitue la réserve disponible, qui se compose de numéraire et de billets, représentés au département de l'émission par une quotité correspondante de métaux précieux et emplo^'és sous la forme de papier, par la Banque, pour la commodité du service. La réserve doit faire face aux nouvelles avances accordées à l'industrie et aux demandes de retrait des fonds déposés. Elle constitue tout le comptant. En temps normal, une règle fidèlement suivie par le gouvernement de la Banque lui fait maintenir cette réserve active au niveau du tiers des dépôts reçus ; car le jeu régulier des échéances successives suffit pour ah'menter les avances et les escomptes consentis à nouveau. La Banque, délivrée de tout souci, au sujet des remboursements

toujours assurés des billets, porte une sollicitude inquiète sur le mouvement des dépôts : ceux-ci constituent sa puissance d'action. Les appeler et les mettre à couvert de toute inquiétude, tel doit être le but de la direction intelligente des affaires. Les placements en valeurs publiques, les fonds sur lesquels les avances sont consenties et la prudence qui préside au choix des lettres de change admises à l'escompte forment la base solide de la garantie acquise aux déposants. » Il faut, en outre, qu'une somme suffisante d'argent comptant permette à chaque instant de répondre aux demandes de retrait. Quand cette somme faiblit, quand la réserve du département de la Banque baisse, le public se trouve aussitôt averti que les avances et les escomptes ne pourront plus se faire aux mêmes conditions. Le rapport naturel de l'offre et de la demande du capital disponible change. Il est tout simple que le taux de l'escompte et des avances s'en ressente. La Banque hausse le prix qu'elle demande pour le service qu'elle rend, de manière à ne pas être prise au dépourvu. Aussi, le Commerce suit-il avec une attention soutenue le mouvement de la réserve du département de la Banque, ce thermomètre infaillible de la facilité plus ou moins grande avec laquelle pourront être accueillies les demandes de crédit. Quand la réserve diminue d'une manière rapide et sérieuse, l'inquiétude naît aussitôt; si elle continue à décliner, l'alarme s'empare des esprits. Tel est lé fait qui s'est invariablement produit dans toutes les crises, avec une intensité plus ou moins énergique.

» On voit le niveau du capital disponible s'affaisser ; il a beau présenter des ressources imposantes, on prévoit le moment où celles-ci pourront être absorbées, et on se précipite à la Banque, pour s'approvisionner de numéraire, métallique ou fiduciaire, n'importe lequel ; car le mécanisme régulier du département de l'émission maintient fer-

mement ie billet dans une parité absolue avec l'or. La Banque est exposée à voir restreindre ses ressources actives; elle risque de manquer de comptant ou en veut obtenir à tout prix. Le taux de l'escompte importe peu alors ; il ne pèse que sur une opération essentiellement temporaire ; la perte qu'il fait subir est peu de chose, en présence de celle qu'entraînerait une liquidation précipitée ; celle-ci frapperait le capital lui-même ; la première ne porte que sur l'intérêt ; c'est donc remplacer une progression géométrique du sacrifice par une simple progression arithmétique.

» La réserve du département de la Banque devient le point de mire de tous les calculs. Tout affaiblissement de cette réserve contribue à exagérer le mal par la peur.

» La publicité des états communiqués au-dehors trouble alors les esprits qu'elle devrait calmer. L'élévation rapide du taux de l'escompte ne suffit plus. L'accroissement des dépôts privés passe inaperçu. Le gouverneur et le sousgouverneur de la Banque ont beau déclarer que la réserve leur paraît suffisante, pour faire face aux éventualités, parce qu'ils voient la confiance des déposants leur restituer une partie de ce qu'enlèvent les avances et que toute crainte au sujet des retraits s'ctface de cette manière, en même temps que la part conservée dans la prévision des remboursements exigibles se trouve dégagée. Il faut alors, pour dominer le trouble des esprits, quelque chose de plus saisissant, bien que de moins efficace -, on demande que la limite imposée à l'émission de billets non couverts par le métal devienne plus Hexible ; que la faculté d'obtenir du comptant s'élargisse, sans que la Banque risque de peser sur le marché par l'aliénation forcée des fonds publics qu'elle possède. Il importe que la crainte de voir épuiser la reserve s'efface, au moyen d'une permission de suspendre l'acte de 1S44, dans cette partie de ses disposi-

tions, sauf à ne faire qu'un usage très-restreint ou même à ne pas faire usage du tout, de cette concession. »

Il serait difficile de décrire, d'une façon aussi exacte et aussi élégante à la fois, le fonctionnement, l'utilité, les inconvénients, de la division de la Banque en départements.

Wolowski n'excelle pas moins dans la discussion, et après avoir donné de grands développements sur les causes de la crise de ] 866, il soutient avec beaucoup de force Vact de 1844, contre lequel de vives attaques se sont soulevées à la suite de cette panique et de l'échelonnement de faillites qu'elle avait déterminé.

On avait crié très-bruyamment que Vact était responsable de ces malheurs; qu'une banque publique, libre comme elle l'est en F'rance, aurait pu venir au secours du Commerce et lui fournir de la monnaie, en billets, dans le temps passager où le crédit lui faisait défaut; tandis que la Banque d'Angleterre, avec sa limitation rigoureuse, en était réduite à assister aux naufrages sans pouvoir tendre la main à personne, dans ces moments de crises, suscitées par la notion de l'étroitesse de son crédit, c'est-à-dire par le sentiment qu'a le public de son impuissance.

WoloM^ski saisit corps à corps cette objection :

c On essaie vainement de faire peser sur Vact de 1844 une responsabilité qui ne retombe en aucune manière sur les dispositions qu'il consacre. Non-seulement, il y aurait injustice à le prendre ainsi pour le bouc émissaire des lourdes fautes commises, mais encore ce serait une grave imprudence que d'agir ainsi : on risquerait de ne point reconnaître les véritables causes de la catastrophe. Appliquons-nous, au contraire, à les rechercher : écartons les sophismes et les fausses apparences ; essayons de dissiper les préjugés invétérés et d'éloigner les prétendus remèdes puisés dans la fiction et dans l'arbitraire. Il n'est que trop d'esprits enclins à suivre ou à flatteries erreurs vulgaires ;

pour notre compte, nous préférons les combattre, sauf à n'en pas avoir raison du premier coup. Il est si commode de supposer qu'on pourrait triompher de tous les embarras, en imprimant quelques chiffres sur du papier à vignettes ! Saris doute, si la Banque d'Angleterre avait plus de billets, elle pourrait en prêter davantage; mais que seraient ces billets, que vaudraient-ils, quelle influence pourraient-ils exercer sur l'ensemble des transactions ? Tel est le problème à résoudre. Lorsqu'une crise éclate, quelques intérêts privés peuvent être satisfaits par des facilités factices ; mais que devient alors Tintérêt général, comment défcndra-t-on ce grand personnage anonyme, ce grand tout le monde^ qui risque tant d'être sans cesse sacrifié aux exigences avides de quelques-uns ? Il est, sans doute, désagréable de se heurter contre un système, qui empêche les engagements imprudemment contractés et de beaucoup supérieurs aux ressources dont on dispose. Il faut, cepen- . dant, s'y résigner, quand le charme trompeur des expédients ruineux est dissipé; quand le pays, plus éclairé, ne croit plus à l'efficacité des mesures artificielles. Rien de plus séduisant que les moyens qui semblent aider à liquider les situations compromises ; mais, en ajournant le remède efficace, on aggrave le mal; on crée une illusion périlleuse, en faisant compter sur l'assistance illimitée du crédit. L'action de celui-ci n'est pas restreinte par la loi de 1844; tout au contraire ; mais elle est bornée par les faits, par la diminution du capital, qu'il est impossible de transmettre, quand on possède peu ou qu'on ne possède plus. Les demandes s'accroissent, en temps de crise et les moyens d'action diminuent ; prétendre, alors, obtenir des avances à bas prix, c'est chercher la pierre philosophale ; elle n'est pas plus facile à troux er pour la monnaie tiduciaire que pour l'or lui-même.

M Pourquoi la panique sétait-elle aggra\ ée au point d».

rendre efficace an remède purement illusoire en fait, la suspension de l'acte ? C'est que la crise se rattachait, en partie, non à l'insuffisance réelle des billets, mais à la crainte de ne pas en obtenir. L'inflexible limite de la réserve commerciale de la Banque était le cauchemar qui troublait les esprits et qu'il fallait dissiper. Que le système d'émission soit élastique ou qu'il soit rigide, les demandes se développent d'une manière rapide, alors que le marché est ébranlé ; toute la différence consiste en ce que, dans un cas, l'espérance de puiser à des sources illimitées multiplie les engagements et restreint les mo3^ens sérieux d'y satisfaire, tandis que, dans l'autre, les prévisions qu'on accuse d'être trop rigoureuses soutiennent le crédit réel, entretiennent la confiance, qui en est la source féconde, maintiennent la sincérité des transactions, et, sans aspirer à relever ce qui tombe, comme une plante dessé- •chée, elles raffermissent ce qui est seulement ébranlé. » Wolowski dit plus loin :

« D'où vient la puissance développée par la Banque j d'Angleterre, pendant la dernière crise ? De la force que I lui donne l'acte de 1844 : il ne se borne pas à permettre la I conversion facultative du billet en or, il l'assure. On sou- I tiendra vainement qu'on ne saurait émettre plus de billets que la circulation n'en comporte, en comparant celle-ci à une éponge, qui, une fois saturée d'eau, n'en absorbe plus. La question est ailleurs, elle est dans la proportion maintenue entre le métal et le billet. Du moment où la pro-. portion grandit, du côté du papier, la situation s'altère, car l'ensemble des instruments de change ne varie gueres ; le métal précieux est déplacé par le billet, voilà tout. Alors que la sécurité générale est entière, que tout prospère, que la confiance enfle toutes les voiles, le commerce et le l'industrie acceptent les billets de banque comme de l'or ; mais pour peu que le plus léger embarras se produise, on vient

échanger la monnaie de papier contre les espèces. Si le pays s'est trop dépouillé de celles-ci, la crise éclate. Personne ne saurait contester que les banques gagnent à étendre une circulation qui ne leur coijte presque rien, qui constitue, en réalité, un emprunt à titre gratuit prélevé sur le public ; elles sont naturellement disposées à se montrer plus faciles pour les prêts et pour les escomptes, tant qu'elles réussissent à placer des billets. Les emprunteurs et les commerçants usent et abusent de cette facilité, pour entreprendre au-delà de leurs ressources. Ils acceptent sans peine la monnaie de papier qu'on leur offre ; des deux côtés, un entraînement bien simple conduit à outrer les émissions et h provoquer Vover-trade^ les spéculations excessives. A qui reviennent, en définitive, les billets ? A ceux qui travaillent ; à ceux qui sont étrangers aux opérations aventureuses ; à ceux qui vendent au détail ; à ceux, en un mot. qui sont le moins en état de supporter une perte et qui n'ont tiré aucun avantage de la substitution d'une monnaie fictive à une monnaie solide. L'intérêt de tous ceux qui reçoivent les billets en paiement n'est pas qu'il y en ait beaucoup, mais qu'ils soient d'une valeur stable, assurée. C'est cet intérêt général, que l'acte de 184-I: prend sous sa sauvegarde.

» Beaucoup de banques ont fait faillite en Ecosse, en Angleterre, en Aniérique ; la Banque d'Angleterre n'a rien fait perdre à personne, depuis vingt ans. Elle est venue, au contraire, plusieurs fois, au secours des banques provinciales et des banques d'Ecosse. »

La pensée principale qui domine l'appréciation de Wolowski sur l'acte de 1844 et sur l'intérêt principal du commerce en général, vis-à-vis des banques, c'est qu'il vaut beaucoup mieux dispenser de payer comptant en monnaie métallique ou fiduciaire que de multiplier cette même monnaie. Cette pensée est établie notamment dans le paragraphe qui suit :

« Deux voies sont ouvertes, pour atteindre le résultat que recherchent avec une ardeur quelque peu exagérée ceux qui veulent restreindre dans d'étroites limites la valeur de la circulation métallique. On peut avoir recours à la circulation fiduciaire, aux billets de banque. Mais ceux-ci ne fournissent, en fin de compte, qu'une médiocre ressource. Quand on ajouterait cent ou deux cent millions au demimilliard d'espèces qu'elle permet d'utiliser autrement en Angleterre et en France, ce ne serait pas encore là un résultat fort considérable. Le succès est autrement large avec les institutions de crédit dignes de ce nom, avec des banques nombreuses, qui ouvrent des comptes-courants, sans émettre un seul billet faisant office de monnaie et qui correspondent entre elles, au moyen d'une maison de compensation.

» Nous avons eu l'occasion de l'établir, il y a bientôt vingt ans : « Le crédit ne consiste point à multiplier le si- » gne d'échange, mais à donner le moyen de s'en passer, » en favorisant les virements de compte et en rapprochant » à de bonnes conditions les capitaux, c'est-à-dire les ins- » truments de travail, de l'usage auquel ils sont destinés. »

» L'ingénieux et délicat échafaudage du crédit repose sur la monnaie métallique, qui en précise la valeur, qui en soutient les mouvements. Pour s'élever, il a besoin que cette base soit ferme, que rien ne risque d'en ébranler la massive solidité. Bien imprudents ceux qui, sous prétexte de favoriser le crédit, lui enlèvent un support indispensable et sacrifient à la facile création des billets, abandonnée à la concurrerrce, la condition la plus essentielle d'un crédit vigoureux, la stabilité, la fixité, la sincérité du mécanisme monétaire !

» L'acte de 1844 a] pour but unique de fortifier ce mécanisme, de le rendre inébran'able ; aussi, malgré quelques lacunes, que nous avons été les premiers à signaler,

le regardons-nous comme une œuvre admirable, comme étant le titre le plus glorieux de sir Robert Peel. »

Wolowski a défendu l'acte de 1844, avec une grande énergie et dans des termes absolus, à raison même des attaques très-vives dont cette loi avait été l'objet, des deux côtés du détroit ; notamment au nom de la liberté des banques, à laquelle notre auteur est si opposé !

Il admet, néanmoins, on le voit, qu'il puisse y avoir lieu d'y apporter des modifications, qui reviennent à ceci :

« Un seul point reste à débattre ; la loi ne devrait-elle pas prévoir le cas et poser les conditions d'une suspension de Vacl ?

» En outre, une fois la suspension prononcée, la limite du minimum d'intérêt qu'elle fixe doit-elle demeurer invariable, tant que l'effet de cette mesure exceptionnelle n'est pas épuisé ?

» Tout se borne à l'étude de ces dispositions secondaires. Quant au principe de l'acte, il demeure debout, au grand avantage de la sécurité commerciale, de la sincérité des transactions et de la liberté des échanges.

» Le temps n'est pas loin, et la dernière expérience servira à le rapprocher, où l'on ne s'étonnera plus que d'une chose, c'est qu'on ait si longtemps méconnu la nécessité d'assujetir à une limitation précise l'émission du billet faisant l'office de monnaie et qu'on ait hésité à reconnaître dans l'émission un attribut de TKtat. »

Il est certain que la limitation à i5 millions sterling, soit à 35o millions de francs environ, pour la circulation de la Banque d'Angleterre, est trop étroite. Le numéraire est plus rare en ce pays que chez nous ; les spéculations s'y font avec des contrées plus éloignées et les espèces exportées rentrent plus lentement. Ces conditions fâcheuses ne sont pas entièrement rachetées par le très-grand perfectionnement des procédés de banque et l'activité des paie-

ments fictifs ; par exemple, à l'aide de la compensation, que le dearing-hoiise de Londres applique si largement. Ces procédés reposent en très-grande partie sur le crédit ; et, comme l'a si bien montré Wolowski, ils constituent comme un échafaudage, qui s'écroule quand disparaît la confiance, constituant sa fragile base.

Alors, il faut payer, au moins avec quelque remise de monnaie fiduciaire courante. Que la Banque n'en puisse avoir que 35o millions de francs, n'est-ce pas trop peu, puisque, dans cette seule journée appelée le noir vendredi^ ses paiements montèrent à loo millions?

L'exigiiité de cette limitation, le sentiment de son insuffisance et de sa rigidité, ne sont-ils pas, en réalité, pour quelque chose dans les crises commerciales, plus fréquentes dans la Grande-Bretagne que dans notre pays, où le régime de la Banque est si différent ?

Le gouvernement, s'il ne s'en impute pas la responsabilité, peut-il se désintéresser de ces crises et de leurs fâcheuses conséquences ; et, les attribuant entièrement à la témérité des spéculations, les saluer comme une cause de chute des plus faibles maisons de commerce, une leçon pour celles qui résistent à l'orage ?

Evidemment, non. Et ce n'est pas là sa politique.

Uact de 1844 a été suspendu en 1847 et iSSy ; la suspension en a été arrêtée encore en 1866. Mais cette mesure exige une procédure administrative ; et, quelque célérité qu'on 3' apporte, comme on n'y a recours que dans un cas d'extrême nécessité, les ruines ont le temps encore de se multiplier et les maisons de commerce tombent, en quelques heures, les unes sur les autres. C'estle tableau même que nous a tracé Wolowski, du noir vendredi, dans la nuit duquel fut prise la mesure très-rapide, mais tardive, de la suspension.

Il eût donc fallu, comme ij Tadmet, introduire dans

Vact, avec une procédure plus simple, plus expéditive encore, la faculté pour la Banque d'excéder la limite légale, et ce n'eût pas été annuler cette loi.

Nous ne traitons pas cette question à un point de vue de pure science ou de simple étude de droit étranger. Notre pays et son commerce ont un grand intérêt à ce que, par cette modification, l'organisation de la Banque d'Angleterre se rapproche davantage de celle de notre grand établissement de crédit.

On a vu que les banques défendent leur encaisse par la mesure du relèvement de l'escompte et que, de proche en proche, la banque publique de chaque pays est appelée à imiter cette mesure, prise dans les psivs voisins, si elle n'y veut pas voir passer les fonds de ses propres réserves. Or aucune banque n'exerce, à cet égard, une plus grande influence sur les délibérations du conseil d'administration de la nôtre que la Banque d'Angleterre. Quand donc notre commerce souffre de l'élévation du taux de l'escompte, dont, immanquablement, le signal est venu de Londres, il subit l'effet de la rigueur extrême d'une loi qui ne devrait pas atteindre nos nationaux.

Au reste, depuis sa date, les années ont passé. Les billets de banque sont connus depuis plus de deux siècles ; ce dernier demi-siècle, en perfectionnant beaucoup l'éducation des banquiers et surtout du public, a singulièrement accru leur sûreté.

Après avoir donné au monde la leçon ressortant de la frappe et de la multiplication des assignats, la France a puissamment contribué à accréditer la monnaie fiduciaire par le grand rôle qu'a Joué sa banque, dans les événements politiques et financiers de 1870-71, ainsi que par le succès de son immense émission.

Tout ce qu'a écrit Wolowski sur le papier-monnaie d'état et sur le cours forcé, reste aujourd'hui certain et les

faits nouveaux ont confirmé ses jugements, affermi sa doctrine. De même, ce qu'on a appelé la question de la liberté des banques n'est plus maintenant une question, et il a grandement contribué à asseoir cette notion, universellement acceptée, que la création de la monnaie fiduciaire est un attribut de la puissance nationale, ainsi que la frappe de la monnaie métallique. Mais il s'est bien trompé, dans les lignes que nous venons de citer, où il assimile à la nécessité de ce privilège de l'Etat la limitation de la circulation, comme une condition indispensable au succès des émissions et où il dit que les deux propositions seront, avec le temps, reconnues pour des vérités élémentaires d'économie politique. Ce n'est pas là prophétiser.

Les événements ont marché en sens contraire et Wolowski lui-même s'est déjugé, comme nous l'avons dit, entraîné par leur influence et par la puissante expansion d'une confiance, pour ainsi dire, universelle, dans toutes les banques publiques qui remboursent couramment leurs billets.

Encore une fois, dira-t-on que la Banque de France est sérieusement limitée, dans l'émission de ses billets, avec le chiffre de 3 200 millions ? Et c'est dans ces conditions que Wolowski a consenti à leur donner, chez nous, le cours légal, comme ils l'ont en Angleterre sous des réserves rigoureuses !

Dans la troisième partie de son volume, Wolowski a livré à la publicité, une série de lettres, d'articles de journaux, suscités par ses leçons et son livre sur la Liberté des banques^ ainsi que par les deux études que nous venons

d'analyser ; en y joignant les réponses faites à des objections par lui et par d'autres économistes, partisans, comme lui, du système du privilège.

Wolowski estime, selon ce que porte l'avertissement mis dans ce volume : la Banque d'A?iglcterre et les banques d'Ecosse^ qu'il y présente ainsi « l'exposé plus animé des principes saisis dans leur application vivante. »

Cela est fort contestable. En tous cas, le lecteur éprouve une certaine déception à trouver le volume rempli, dans une grande mesure, de documents écrits dans un style de polémique, relativement dénués de suite et ne répondant point au titre ; car ils se réfèrent à la défense qu'avait présentée Wolowski, dans son enseignement, à l'enquête sur les conditions de la circulation monétaire et fiduciaire, dans les discussions à la Société d'économie politique de Paris, dans ses ouvrages et incidemment dans ses études sur la Banque d'Angleterre, du privilège de l'émission en général et particulièrement de la Banque de France et, dès lors, devant plutôt se rattacher au volume que nous avons précédemment analysé, consacré à cette théorie du privilège d'émission.

Comme nous venons de le dire, elle n'est plus contestée en France ; nous avons montré que le résultat pratique de l'enquête a été de résoudre définitivement, dans le domaine administratif, la « Question des banques, » et le silence s'est fait bientôt.à son sujet, dans celui de la science et de la discussion. Wolowski ayant été suivi récemment dans la tombe par M. Michel Chevalier, celui qu'on peut appeler son adversaire acharné, dans leur style de polémique, ce silence ne sera plus troublé qu'à l'approche du renouvellement du privilège, en France, qui dure jusqu'en 1897.

Nous ne parlerons donc pas davantage de cette troisième partie.

Le même motif nous permettra de passer rapidement sur la quatrième partie intitulée la Banque de France et la circulation fiduciaire^ étude de discussion écrite en février i865, c'est-à-dire à la veille de l'ouverture de l'enquête . En outre, c'est aussi là un hors-d'œuvre dans le volume, qui devrait être consacré à la Banque d'Angleterre ; bien que l'auteur revienne, à propos de notre grand établissement de crédit, sur les conditions de limitation de l'émission en Angleterre.

Les questions débattues dans cet opuscule sont, outre celle de la liberté des banques, la mobilisation du capital de la Banque de France placé en rentes, engagé en avances, et les avantages du taux variable d'escompte. Ces points, comme le fait remarquer Wolowski, étaient alors l'objet du plus grand intérêt, des débats les plus vifs et nous avons fait ressortir, en les exposant, toute la part qu'eut notre auteur dans leur solution.

Le volume se termine par une étude consacrée aux banques d'Ecosse, à leur organisation et aux services, en particulier, qu'elles rendent à l'Agriculture.

Cet opuscule débute par un article intitulé, précisément, VAgricultu7-e et le Crédit^ et où Wolowski reprend, avec autant d'abondance, sinon d'illusions, ce qu'il avait dit tant de fois à ce sujet depuis près de 3o ans.

La pensée prirrcipale qu'il développe, d'ailleurs, est

exacte. Les banques d'émission, dit-il, ne peuvent fournir assez d'argent pour les besoins des campagnes, surtout de la culture progressive, (Wolowski prétend même que toute la circulation fiduciaire étant absorbée par le Commerce et l'Industrie, il n'en va rien à l'Agriculture) ; que les banques ne peuvent émettre des titres négociables reposant sur un gage aussi difficile à liquider que la terre; qu'ainsi l'Agriculture n'a rien à espérer de la banque d'émission, mais seulement de celles qui constituent les capitaux. Après avoir parlé des billets émis sur le gage des traites :

cf Les engagements de la propriété foncière et de la culture, a-t-il écrit, contractés forcément pour des échéances prolongées, se prêtent beaucoup moins bien à ce monnayage. Il leur faut des capitaux mis en réserve et non de la monnaie de papier. D'ailleurs, l'étendue même des besoins qu'il s'agit de satisfaire de ce côté suffit pour montrer combien sont vaines et chimériques les tentatives destinées à pourvoir avec une émission de signes fiduciaires aux avances sollicitées par les immeubles et par la culture. La dette hypothécaire représente, à elle seule, en France, au bas mot, 6 à 7 milliards de francs. (Tel est le chiffre sérieux : les 12 ou 14 milliards dont on s'obstine à parler, n'existent que sur le papier. La culture progressive exigerait aussi plusieurs milliards de prêt. Combien est maigre, en comparaison, la ressource totale de 5oo millions de francs qu'offre, dans un pays comme la France, déduction faite des réserves métalliques, la faculté si enviée et si mal comprise de l'émission des billets de banque ! C'est ailleurs qu'il faut chercher la force capable de soulever un pareil fardeau. Ne nous en plaignons pas. Car cette force existe ; elle s'accroît chaque jour, avec la somme des épargnes acquises, des capitaux accumulés.

» Toute la question consiste à mettre en rapport, aux meilleures conditions, les réserves qui aspirent à un emploi

solide et commode à la fois et les besoins de la propriété et de la culture. Il faut, pour cela, concilier Tallure pesante du sol avec les facilités de la négociation. Le Crédit foncier a pleinement résolu ce problème, dans la limite du possible. Il faut aussi adapter aux nécessités spéciales de la culture l'agglomération des capitaux. Le Crédit agricole essaie de répondre à ce grand intérêt.

» Nous ne sommes encore qu'à des essais. Mais le succès partiellement obtenu grandira, si l'esprit d'initiative individuelle, énergiquement réveillé dans toutes les régions du territoire, sait prêter une vigoureuse assistance à la fondation de nombreuses colonies du crédit rural.

)) Il faut, pour cela, multiplier les banques, c'est-à-dire les réservoirs destinés à recueillir les capitaux isolés et à les faire arriver entre les mains de ceux qui en peuvent faire le meilleur usage. »

Nous avons montré, par parenthèse, ce que le Crédit foncier de Finance a fait de « Tesprit d'initiative individuelle, » et la liquidation du Crédit agricole^ qui n'a jamais été qu'une affaire.

Mais Wolowski n'en est pas moins dans le vrai, en concluant, d'une façon vague et générale :

« Tel est le véritable et fructueux office des établissements de crédit. Quant à battre monnaie avec du papier, cela ne les regarde pas. Ils auraient tout à perdre et n'auraient rien à gagner à vouloir manier cet instrument fragile et périlleux, dont la puissance, mesurée aux proportions réelles qu'elle présente, se réduit à peu de chose. »

Wolowski s'attache ensuite à combattre les préjugés accrédités au sujet des banques d'Ecosse; qu'on croit, en souvenirde Law,la source d'une émission disproportionnée, pleine de sécurité, surtout d'utilité pour l'Agriculture, à laquelle elles auraient pour but principal de subvenir.

Les banques d'Ecosse ont été limitées comme celle d'An-

gleterre, au point de vue de l'émision, à la suite de l'acte de 1844, c'est-à-dire en 1845. Le chiffre est, pour cellesci, de 3 millions sterling environ, moins de 80 millions de francs ; il dépasse les réserves d'environ 5o. Et elles subviennent non moins à l'Industrie et au Commerce qu'à l'Agriculture. Mais elles n'ont pas pour seule ressource le billet au porteur. Elles ont toutes les opérations de banque et principalement les dépôts, qui s'élèvent à i5oo millions ; chiflVc énorme, auquel notre grand pays, si largement doté de numéraire, n'atteint pas encore.

L'institution des banques de dépôt, à la vérité, a été connue et pratiquée bien des siècles autour de notre sol, avant de s'y acclimater. Elle est née, en eflet, du malaise dans lequel le Commerce se trouvait jeté par la multiplicité des divisions territoriales au Moyen-âge, entraînant l'application du droit seigneurial de pratiquer autant de systèmes monétaires variés et d'y alterner continuellement soit les espèces, soit le rapport nominal des espèces.

Les banques de dépôts s'établirent donc. Elles ramenèrent les expressions de valeurs énoncées dans les contrats des divers pays à une monnaie uniforme, appelée monnaie de compte, basée exclusivement sur le poids du métal fin et ainsi soustraite à toutes les variations.

Telle est l'origine des banques florissant en Italie dès le XIV* siècle et dont les procédés furent successivement imités dans celle de Hambourg, puis à Bruxelles, en Suède,

Mais l'Ecosse, bien que constituant une région excentrique et peu commerçante, fut favorisée par un développement extraordinaire de cette institution.

Wolowski fournit des renseignements statistiques, peu connus avant lui en France, sur les douze banques mères existant à l'époque, au moment où il écrivait et couvrant le pays, par leurs succursales, d'une sorte de réseau, pour les services du crédit -, il raconte les crises auxquelles

elles furent en butte à raison des abus de la liberté d'émission, dont elles jouissaient avant 1843 et dont Adam Smith avait bien signalé le danger : r

« Les commerçants et les entrepreneurs, disait-il au livre II, chapitre second de son livre, la Richesse des nations, s'imaginèrent que les banques pouvaient étendre leur crédit à qiTelque somme que ce fût, sans autre limite que le besoin qu'on en avait et sans autre dépense que celle de quelques rames de papier. Ils se plaignirent des vues étroites et de la pusillanimité des directeurs de ces banques, qui ne savaient pas, disaient-ils, étendre leur crédit à proportion de Textension du commerce du pays ; voulant dire, sans doute, par l'extension du commerce, celle de leurs projets au-delà de ce qu'ils étaient en état d'entreprendre avec leurs propres fonds et avec ce que leur crédit leur permettait d'emprunter des particuliers, par la voie ordinaire de l'obligation. Il paraît qu'ils s'étaient figuré que l'honneur de la banque l'obligeait à remplir ce déficit et à leur fournir tout le capital dont ils avaient besoin pour leurs entreprises. »

Wolowski développe le mécanisme de cette opération des dépôts, par l'effet de laquelle les banques d'Ecosse se procurent la plus grande partie de leurs ressources, et celle des prêts, dits comptes de caisse, à l'aide de laquelle elles mettent ces ressources à la disposition du public, moyennant un intérêt un peu plus élevé que celui qu'elles en bonifient aux déposants.

« Le mécanisme de ces opérations est fort simple. Le succès légitime qu'elles ont obtenu ne tient à aucune recette merveilleuse. Il découle tout entier des qualités morales de la population, d'un esprit à la fois éclaire et prévoyant, qui fait mettre en œuvre les facilités offertes et qui les alimente par l'épargne et par la régularité ponctuelle mise à remplir les engagements contractés.

» Ce qui domine ici, ce n'est point un artifice de finance ; c'est riiomme dont la puissance d'action se développe à mesure que l'intelligence grandit et que les bonnes habitudes se développent. Les banques d'Ecosse sont simplement un cadre ouvert à l'activité laborieuse et aux efibrts spontanés des habitants.

» Les réserves individuelles alimentent ces grands réservoirs de capitaux-, misa la disposition de toutes les entreprises, au taux d'intérêt qui convient pour encourager l'épargne appelée à toucher une part notable des recettes effectuées. »

Puis, entrant plus avant dans l'exposé du mécanisme de ces deux opérations :

« Les banques reçoivent des dépôts sous une double forme : le deposil reccipt^ qui consiste dans un dépôt fait, moyennant un intérêt déterminé, sous la condition qu'on ne puisse s'en servir qu'en opérant en personne le retrait de la somme inscrite, sans en disposer à ordre ou au moyen d'un chèque; le operating deposit account^ constitje, au contraire, un véritable compte-courant ; les banques s'obligent à tenir compte d'un intérêt qui dilTère, depuis i863. suivant qu'il s'applique aux balances journalières ou bien au minimum de la balance mensuelle.

» Les banques d'Ecosse accordent, d'un autre côté, le cash a'edit account^ dont le crédité peut disposer, sous la garantie valable de deux ou plusieurs cautions, acceptées au moment de l'ouverture du crédit ; jusqu'à concurrence d'une somme déterminée de loo, — 200, — 3oo et quelquefois jusqu'à 1000 livres sterling.

» Les dépôts ne sont pas faits à période fixe. Dans un pays où les variations du mouvement commercial seraient plus fréquentes et plus considérables, ce système de dépôts dont le retrait a lieu à volonté présenterait des dangers que l'esprit plus calme des Ecossais et l'allure plus ré-

gulière de leurs entreprises permettent d'éviter en grande partie.

)) Les opérations des dépôts et des cash accounts forment le trait distinctif des banques d'Ecosse, comme elles ont été la source principale de leur prospérité et des services rendus. Dans les jugements portés sur ces excellents établissements, il s'est produit une confusion qu'il importe de di siper. On ne saurait trop insister sur ce point. Tous les écrivains qui en ont parlé avec grand éloge ont rendu hommage à ces banques, sans distinguer l'action exercée par les billets de l'action exercée par les dépôts. Leur admiration est parfaitement justifiée ; mais elle a besoin d'être expliquée.

» Les billets rendent des services inconstestables, pour la facilité du transport et la rapidité du compte ; ils permettent d'épargner la perte subie par l'usure de la monnaie métallique, le frai. En ce qui concerne l'économie qui résulte de leur emploi, elle est faible, car elle se borne à l'intérêt qu'aurait réclamé le service du capital métallique remplacé par les billets émis au-delà de la réserve, or ou argent. C'est peu de chose, relativement à l'ensemble du capital et à la masse des dépôts. »

Wolovi^ski donne des détails sur ce point, de nouveau et s'attache à démontrer que cet excédent ne dépasse pas 5o millions de francs ; que l'opération de monnayage ne constitue pas 8 % des bénéfices des banques d'Ecosse, pour bien établir que, si elles accroissent le capital circulant effectif, ce qu'on peut appeler le fond de roulement général des entreprises, ce n'est pas à l'aide de la monnaie fictive, en papier, mais de la monnaie métallique, attirée à leurs dépôts.

Il discute, néanmoins, les conditions d'organisation de l'émission ; l'utilité, par exemple, et le danger des petites coupures. Puis, il étudie, dans le rapport des banques

dont il traite, les questions qui étaient, au moment de la publication de cet opuscule, en débat pour la Banque de France, notamment celle de l'immobilisation du capital en rentes sur l'Etat et celles de la fixité du taux de l'escompte, de la limitation de l'émission.

La partie de beaucoup la plus remarquable de cet opuscule, c'est le résumé. Il sort de détails précis et techniques, de discussions sur l'organisation de notre grand établissement de crédit qui ont perdu de leur intérêt, par l'eflet du temps écoulé et de l'importation en France, grâce à l'intermédiaire de l'Angleterre, des opérations de dépôts et comptes de prêts qu'a décrites l'auteur, et par l'effet des suites de l'enquête, nous l'avons vu. Ce résumé s'élève plus haut.

Nous avons dit que, dès 1837, le Conseil d'Etat autorisa la création en France de sociétés de dépôts et comptescourants, les seules banques auxquelles il fut permis de se constituer sous la forme anonyme, et quand Wolowski écrivait, déjà, grâce à la loi de mai i863, sur les sociétés à responsabilité limitée, ces associations avaient multiplié les opérations de banque et se mettaient à imiter les utiles entreprises de nos voisins. Elles furent, cependant, longtemps à faire des obligations à terme fixe, et nous remarquons que Wolowski les recommandait :

(( Les banques locales, disait-il, qui seraient établies en vertu de l'initiative personnelle et avec un capital de garantie, pourraient émettre des obligations, dont Téchéancc à 6 mois, à i an, à 2 et à 3 ans, cadrerait avec le terme des engagements contractés et avec les besoins de l'agriculture. »

Comme on le voit, notre économiste a joué son rôle dans la création de ce titre de crédit ; de même que nous aurons à montrer la part qu'il a eue dans l'institution d'autres instruments de crédit et de circulation. Notre pays est un

mauvais sol pour ces innovations ; nous en devons d'autant plus de reconnaissance aux théoriciens qui, avec l'intention de l'intérêt général et la persistante volonté du bien public, concourent à leur succès.

Wolowski, surtout dans ses laborieux elTorts pour la fondation du Crédit foncier, avait mesuré la résistance de cet obstacle. Il y fait allusion, dans ces lignes que nous empruntons encore à son résumé des Banques d'Ecosse et qui renferment l'enseignement philosophique de cet opuscule.

« Aussi, tout en désirant l'introduction des cash accounts en France, nous ne voulons nous faire aucune illusion sur la facilité avec laquelle ce s3'-stème pourrait s'acclimater chez nous. S'il réussit, tant mieux. Ce sera une preuve éclatante du progrès accompli dans l'intelligence prévoyante de nos populations rurales

» La solidité éprouvée des banques d'Ecosse attire et multiplie les dépôts, dotés de l'utilité d'un profit modeste. Les cash occounts font naître l'habitude dQs relations suivies, qui conduisent à- faire fructifier la plus minime épargne, en la faisant participer aux avantages de la caisse commune. Celle-ci empêche les faibles ressources de s'égarer dans de mauvais emplois ou de disparaître, sous Tempirc de tentations diverses. Le capital augmente, en même temps que les idées morales se fortifient

» L'expérience accomplie par les banques d'Ecosse présente un sujet d'étude, profitable sous tous les rapports, mais surtout pour guérir les esprits fascinés par l'impuissante chimère de la monnaie de papier et d'une liberté des banques mal comprise, si on la confine dans la faculté très-secondaire d'émettre des billets payables au porteur et à vue. Cette faculté ne donne à manier qu'un levier trop court, tandis que l'organisation des dépôts et la création des obligations, par l'intermédiaire des banques

solidement constituées, fournissent le point d'appui à l'aide duquel le crédit exercera, dans nos campagnes, la plus féconde influence.

» Mais, pour réussir, il ne suffit pas d'installer un mécanisme plus ou moins perfectionne. Il faut que les habitudes d'ordre, de prévoyance, d'intelligente activité donnent l'impulsion au ressort. Sans cela, tout avorte....

» La pensée de pouvoir contribuer à ramener sur le terrain pratique des efforts généreux, trop souvent égarés par de fausses lueurs, nous a soutenu dans nos recherches. » L'Ecosse ne s'est point fiée à un mécanisme morne. Elle a évoqué la force vivante. A quoi serviraient les facilités ouvertes au crédit, si les populations ne savent point les mettre en œuvre ?

» Ce qui manque chez nous, c'est cet esprit à la fois entreprenant et pratique, qui distingue les Ecossais ; c'est cette intelligence des résultats que^ procure la concentration des épargnes et l'emploi des instruments offerts au travail. Si nous parvenons à les conquérir, les institutions se multiplieront d'elles-mêmes, car elles rencontreront ce qui constitue l'élément vital de leur existence.

» Ce n'est point avec des billets de banque, dont clic use fort peu ; ce n'est point grâce à une concurrence des institutions de crédit, qui n'y existe pas ; ce n'est point par la grande multiplicité des banques ; i^on reconnaît qu'il y en a peu, lorsqu'on sait les distinguer de simples succursales); ce n'est pas non plus en faisant servir aux avances les capitaux de fondation qui sont employés en rentes; ni en réduisant Tintérct au moyen d'artifices de finance, icar l'intérêt est pa^'é sur le pied normal, déterminé par l'abondance avec laquelle les capitaux sont offerts et par l'intensité de la demande) ; aucune de ces éblouissantes chimères n'a permis à l'Ecosse d'user d'une large organisation du crédit.

* Pour y arriver, il lui a simplement fallu comprendre ce que vaut le rapprochement opéré entre le capital, successivement réuni, et le travail, constamment développé. tJne fois qu'on le comprendra également en France, tout sera fait, sans grande complication de ressorts, sans fracas, sans coup de théâtre, par l'énergique application de l'initiative individuelle et la rapide agglomération des ressources privées. Que les résultats du travail de la veille, préservés d'une destruction immédiate, soient mis à la portée des efforts du jour, aussi bien que des plans de l'avenir, et TAgriculture puisera dans le large réservoir des banques des ressources infinies, sans recourir à la périlleuse création d'une sorte de monnaie de papier ! »

La matière de l'ouvrage intitulé le Change et la Circulation n'est pas aussi vaste que son titre le peut faire, un moment, supposer et que Wolowski eût pu la traiter avec une autorité indiscutable.

Il se rattache étroitement aux démonstrations que nous venons d'analyser, à la polémique de notre économiste pour le succès de ses théories sur l'organisation de l'émission, son régime de privilège et sa mesure.

Il a, néanmoins, consacré quelques pages aux généralités de son sujet et à l'étude du change.

Il commence par rendre compte des origines du contrat de change. Cet historique aurait pu remonter à Athènes et à Rome. On connaît les passages du plaidoyer d'Isocrate et ceux de Cicéron, démontrant l'existence ancienne de la lettre de change ; tandis que, selon certains auteurs.

cependant, elle ne daterait que du xv" siècle, des exils qui suivirent la querelle des Guelfes et des Gibelins.

Wolowski, précisément, ne remonte pas plus haut que l'Italie ; il cite la détinition du contrat de change, d'après Straccha et Scaccia, qui l'ont analysé si bien.

Puis, il présente la doctrine des écrivains français des XVII* et xvtii^ siècles : Dutot, Melon, Condillac. Il expose les idées de Law.

Les premiers sont encore infectés de l'hérésie économique d'où dérivait le système mercantile : «- Le préjugé d'une fausse conception de la richesse, dit Wolowski, persiste jusqu'à nos jours. On ne veut pas arriver, même dans le commerce international, où, de l'aveu de tous, l'argent fonctionne comme une marchandise, à le traiter comme une marchandise, qu'on paie plus cher quand elle manque, meilleur marché quand elle abonde. Etc. »

Abordant les œuvres de Montesquieu, V Esprit des lois surtout, Wolowski s'applaudit d'y trouver une notion exacte de la valeur de la monnaie et une définition trèsnette du change. Mais cette satisfaction n'a-t-elle pas entraîné trop loin notre auteur, quand il semble faire de Montesquieu un prédécesseur méritant de Quesnay et de sa pléiade ? Wolowski, ayant fait une étude spéciale de l'économie politique de Montesquieu, devait savoir pourtant combien elle laisse à désirer, combien elle est affectée par les préjugés de territoire et de caste. Pourquoi est-il si souvent cité dans les discussions sur le libre échange ; C'est que les libéraux et les protectionnistes trouvent l'approbation des deux systèmes, partout, dans ses œuvres.

C'est-à-dire que Montesquieu, ayant parlé, en historien et en penseur, du commerce, de son utilité, de son influence, n'a pas su s'élever, en économiste, à la notion précise de la liberté commerciale. Mais, bien mieux ! Les discoureurs des congrès ouvriers pourraient même trouver

des idées chez Montesquieu, qui s'élève contre le trouble apporté dans le monde par l'invention d'une machine, au point de condamner le moulin à eau.

Dans un autre chapitre, Wolowski analyse les doctrines de Forbonnais, de David Hume, sur la monnaie et le change. Il signale chez le premier la notion exacte de la valeur du papier de banque, qui la doit « à ce qu'il est cautionné et qui la perd à la plus légère alarme sur la sûreté de la conversion. »

Les essais de Hume sur l'argent et la balance du commerce contiennent mieux encore .l'exposé des vrais principes, démontrent mieux l'inanité du système mercantile, dont Forbonnais ne s'isole pas assez. Il porte plus loin encore que l'auteur français le dédain de la monnaie fiduciaire. Il en parle avec un humour tout britannique : « Il est fâcheux, dit-il, par exemple, que Lycurgue n'ait pas eu l'idée de papiers de crédit, lorsqu'il chercha à bannir l'or et l'argent de Lacédémone. Cet expédient eût été plus utile à son système que ces masses de fer qu'il leur substitua, etc. »

Ce chapitre se termine par une analyse sommaire des théories de Y Ecole métallique anglaise, analyse empruntée par Wolowski à son livre sur V Histoire financière de l'An-' gleterre.

Les plus remarquables des partisans de ces doctrines sont Ricardo, lord King, Parnell, Torrens, Huskisson, inspirés par les événements financiers de la fin du xviu'' siècle et du commencement de celui-ci, le cours forcé décrété en 1797 en Angleterre et bientôt après en Irlande, où il entraîna encore plus de désastres.

Wolowski montre comment la malencontreuse prolongation de cette mesure eut le double effet de déprécier les billets et de chasser le numéraire. La Grande-Bretagne s'était par-là jetée dans un cercle vicieux. Elle prorogeait

le régime du cours forcé, pour atten-lre un revirement dans la balance du commerce, par suite de la rentrée de l'or et le cours forcé en déterminait une plus large exportation.

« Concluons-en, dit Wolowski, que, lorsque la balance du commerce est contre un pays et en appelle la monnaie métallique au dehors, il ne faut penser, pour la remplacer, multiplier les billets de banque, dont l'effet est d'accroître le mal. »

En s'appropriant la théorie des auteurs du Bullion-veport^ (lord King et Henri Parncll , notre économiste recommande de distinguer avec soin l'émission faite en représentation de lettres de change commerciales, dont la multiplication annonce l'activité et la prospérité générales, des livraisons de billets de banque, pour faire des avances au Commerce ; ce dont on doit s'abstenir.

Le montant de l'émission, d'ailleurs, quelle qu'en soit la cause, se joint nécessairement au chiffre du stock d'or et d'argent et le total n'excède jamais longtemps le contingent monétaire assigné au pays par la loi naturelle, savoir le rapport des divers marchés. Cette limite dépassée, l'exportation commence. Le numéraire s'écoule comme marchandise.

Ce niveau a été fixé par l'observation. Aujourd'hui, dans les rapports entre la grande Bretagne et les Etats- Unis, où son or émigré principalement, c'est quand le change est à 8 p. looo, que ce mouvement se produit.

Le billet, enfin, pour émigrer aussi, à due concurrence, vient demander la conversion au guichet. Cela porte les banques d'émission, dont l'encaisse diminue, à renchérir ou refuser l'escompte; souvent, à se jeter dans le cours forcé, qui accroît la crise.

La doctrine des écrivains de l'école métalliq:ie anglaise, quant à l'influence des billets de banque sur le numéraire, est indiquée déjà par Montesquieu et Turgot ; mais ces

derniers venus lui ont donné une forme, une puissance, des développements tout nouveaux.

Wolowski revient ici sur les événements financiers qui se produisirent, au commencement du siècle, en Grande- Bretagne, et portèrent la Chambre des communes à instituer, en i8io, le comité nionétaire, dont nous avons relaté les mesures d'instruction et qui proclama cette règle où l'on trouve l'application de la doctrine de l'école métalliste : L'émission exagérée peut grever artificiellement et indéfiniment le change, qui, naturellement, se limiterait, dans ses dépressions, aux frais du transport et de l'assurance des espèces ; d'où il concluait qu'on devait, pour le présent, réduire l'émission et, pour l'avenir, en régler le chiffre sur le cours du change.

L'expérience des faits se joignait à l'enseignement des cambistes autorisés.

Ces propositions, ainsi établies, ont été pourtant trèscontestées. C'est qu'on voit quels arguments elles fournissent contre la théorie de la liberté des banques. S'il faut maintenir l'émission en rapport avec le cours du change, cette correspondance ne peut s'obtenir qu'avec l'unité d'action ; tandis que plusieurs banques pourraient prospérer avec le système contraire, celui des bonnes lettres igood-bills)^ où Ton subordonne seulement le crédit des banknofes à leur émission en escompte de lettres de changé à bonnes signatures. Le banquier expérimenté sait distinguer les traites que nous appelons commerciales de celles employées comme moyen de crédit. La question est de savoir si Ton suivra le système des good bills^ qui tolère la liberté d'émission, ou celui du Bnllion-report^ qui arrive nécessairement à l'exclure.

Wolowski n j crut pas avoir assez dit, dans les ouvrages que nous avons analysés, pour assurer le succès de cette dernière théorie. Il attachait à sa démonstration un

intérêt extraordinaire, disons-nous, à cause de la corrélation de la théorie des ffood bilis avec celle nommée la Liberté des banques^ qui était son principal souci parmi toutes ces publications.

Il dit, dans un passage :

« Le pair du change entre deux pays est la somme de monnaie de l'un qui est, en valeur intrinsèque, précisément égale à une somme donnée de la monnaie de l'autre, c'està-dire qui contient un poids égal d'or ou d'argent de la même pureté.

» Quand l'or sert d'étalon de valeur dans un pays et l'argent dans un autre, le calcul se complique : il faut tenir compte de la valeur relative de l'or et de l'argent pendant une môme période.

» Toujours est-il que le taux du change est l'écart qui se produit par rapport au taux réel et fixe. Celui-ci peut se trouver altéré, s'il survient quelque changement dans la monnaie de l'un des pays, par suite de l'usure des espèces, de l'avilissement du titre ou de l'excès du papier non conversible.

» Il faut donc étudier attentivement les diverses influences qui agissent sur le taux nominal, et c'est après en avoir tenu compte, qu'on peut tirer de l'étude des changes des données fécondes.

» Le principe auquel on doit aboutir, une fois qu'on a su éliminer les éléments variables, se résume ainsi : Le métal est le véritable régulateur de la valeur du médium de circulation local et du taux des changes avec l'Etranger -, la faculté de convertir le papier en espèces et le libre commerce du numéraire imposent une limite à l'élévation, comme à la baisse du change ; cette limite se rencontre dans les frais du transport et de l'assurance des métaux précieux.

» Il faut donc porter une attention soutenue sur l'étude des changes avec l'Etranger et sur le prix de l'or. >»

La politique, le commerce extérieur, ont certes leur influence sur le change. Mais, souvent, la dépression du cours résulte de l'infériorité de l'agent delà circulation. Il est évident que les altérations des pièces et la multiplicité des émissions produisent un efl^et identique en ce sens, puisqu'elles donnent également naissance à une monnaie surabondante et faible ; qu'en outre, cette dépression, à la différence de celle née de la balance du commerce, peut dépasser la limite naturelle, descendre à l'infini ; de sorte que la valeur des agents de la circulation ne puisse plus avoir de cours officiel, mais se fixe uniquement d'après la confiance et l'appréciation des individus.

En même temps que la Grande-Bretagne, la France fournissait une démonstration de cette nature, avec ses assignats ; qui, après avoir fait cacher ou partir le numéraire, perdaient, de chute en chute, jusqu'à 99 °/o.

L'école métallique avait donc raison de prescrire à ceux qui gouvernaient la création des billets de banque de porter une attention soutenue sur les cours du change.

Encore une fois, on comprend qu'une telle recommandation peut bien être suivie dans un système d'émission par un établissement privilégié et même avec un système de rigoureuse limitation de la circulation ; mais qu'elle ne peut plus être observée dans le régime de la liberté de toutes les banques.

Dès-lors, Wolowski pouvait les comparer à des machinistes qui mèneraient le commerce et la spéculation grand train, grâce à la puissance de leur engin, mais qui, faute de s'entendre pour consulter le manomètre, les conduiraient aux abîmes.

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