‹ L'œuvreChapitre 14 sur 68 · VARIE noue Pr · texte numérisé non relu

VARIE noue Pr

Ê ca:

fille l'écorchait vif, chaque fois qu'il la trabissait

pour le premier jupon crotté, suivi sur un trottoir. Aussi montrait-il toujours quelque nouvelle balafre, le nez en sang, une oreille fendue, un œil entamé, enflé et bleu.

On causa enfin, il n’y eut plus que Chaîne qui continuât à peindre, de son air entêté de bœuf au labour. Tout de suite, Jory s'était extasié sur l'ébauche de la Vendangeuse. Lui aussi adorait les grosses femmes. Il avait débuté, là-bas, en écrivant des sonnets ro-

mantiques, célébrant la gorge et les hanches ballon- |

nées d’une belle charcutière qui troublait ses nuits;

et, à Paris, où il avait rencontré la bande, il s'était fait

critique d’art, il donnait, pour vivre, des articles à vingt francs, dans un petit journal tapageur, le Tambour. Même un de ces articles, une étude sur un {ableau de Claude, exposé chez le père Malgras, venait

de soulever un scandale énorme, car il y sacrifiait

à son ami les peintres « aimés du public », et il le

posait comme chef d'une école nouvelle, l’école du

plein air. Au fond, très pratique, il se moquait

de tout ce qui n’était pas sa jouissance, il répétait simplement les théories entendues dans le groupe.

— Tu sais, Mahoudeau, cria-t-il, tu auras ton ar-

ticle, je vais lancer ta bonne femme... Ah! quelles cuisses! Si l’on pouvait se payer des cuissescommeça!

Puis, brusquement, il parla d’autre chose.

— A propos, mon avare de père m'a fait des excuses. Oui, il craint que je ne le déshonore, il m’envoie cent francs par mois... Je paie mes dettes.

— Des dettes, tu es trop raisonnable! murmura

Sandoz en souriant.

Jory montrait en effet une hérédité a avarice, te. on s’amusait, Il ne payait pas les femmes, il arrivait

HS

gr |

ju

à mener sa vie désordonnée, sans argent et sans dettes ; et cette science innée de jouir pour rien s'alliait en lui à une duplicité continuelle, à une habitude de mensonge qu'il avait contractée dans le milieu dévot de sa famille, où le souci de cacher ses vices le faisait mentir sur tout, à toute heure, même inutilement. Il eut une réponse superbe, le cri d’un sage qui aurait beaucoup vécu.

— Oh! vous autres, vous ne savez pas le prix de l'argent.

Cette fois, il fut hué. Quel bourgeois! Et les invectives s’aggravaient, lorsque de légers coups, frappés contre une vitre, firent cesser le vacarme.

— Ah! elle est embêtante à la fin! dit Mahoudeau avec un geste d'humeur. | |

— Hein! qui est-ce? l'herboriste? demanda Jory. Laisse-la entrer, ce sera drôle. |

D'ailleurs, la porte s'était ouverte sans attendre, et la voisine, madame Jabouille, Mathilde comme on la nommait familièrement, parut sur le seuil. Elle avait trente ans, la figure plate, ravagée de maigreur, avec des yeux de passion, aux paupières violâtres et meurtries. On racontait que les prêtres l’avaient mariée au petit Jabouille, un veuf dont l’herboristerie prospérait alors, grâce à la clientèle pieuse du quartier. La vérité était qu'on apercevait parfois de vagues ombres de soutanes, traversant le mystère de la boutique, embaumée par les aromates d'une odeur d’encens. Il y régnait une discrétion de cloître, une onction de sacristie, dans la vente des canules: et les dévotes qui entraient, chuchotaient comme au confessionnal, glissaient des injecteurs au fond de leur sac, puis s’en allaient, les yeux baissés. Par malheur, des bruits d’avortement avaient couru: une

calomnie du marchand de vin d’en face, disaient les

personnes bien pensantes. Depuis que le veuf s'était remarié, l'herboristerie dépérissait. Les bocaux semblaient pâlir, les herbes séchées du plafond tombaient en poussière, lui-même toussait à rendre l'âme, réduit à rien, la chair finie. Et, bien que Mathilde eût de la religion, la clientèle pieuse l’abandonnait peu à peu, trouvant qu'elle s’affichait trop avec des jeunes gens, maintenant que Jabouille était mangé.

Un instant, elle resta immobile, fouillant les coins d’un rapide coup d’æil. Une senteur forte s'était ré-

pandue, la senteur des simples dont sa robe se trou- …

vait imprégnée, et qu'elle apportait dans sa chevelure grasse, défrisée toujours : le sucre fade des mauves, l'âpreté du sureau, l’amertume de la rhubarbe, mais surtout la flamme de la menthe poivrée, qui était comme son haleine propre, l’haleine chaude qu'elle soufflait au nez des hommes.

D'un geste, elle feignit la surprise.

— Ah! mon Dieu! vous avez du monde!... Je ne

savais pas, je reviendrai.

— C'est ça, dit Mahoudeau, très contrarié. Je vais sortir d’ailleurs. Vous me donnerez une séance dimanche.

Claude, stupéfait, regarda Mathilde, puis la Vendangeuse. -

— Comment! cria-t-il, c rest madame qui te pose ces muscles-là? Bigre, tu l'engraisses!

Et les rires recommencèrent, pendant que le sculp-

teur bégayait des explications : oh! non, pas le. torse, ni les jambes; rien que la tête et les mains; et |

encore quelques indications, pas davantage.

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Es LOIR Vert PROTESTANT

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