CO POP OT AP EE ARE
\ % core, il fit revenir Zoé, ne sut plus où il allait, maiade d'incertitude et d'angoisse. Et le pis était que la figure centrale seule l’enrageait ainsi, car le reste de l’œuvre, les arbres, les deux petites femmes, le monsieur en veston, terminés, solides, le satisfaisaient pleinement. Février s’achevait, il ne lui restait que quelques jours pour l'envoi au Salon, c'était un désastre.
Un soir, devant Christine, il jura, il lâcha ce cri de colère : |
— Aussi, tonnerre de Dieu! est-ce qu'on plante la tête d’une femme sur le corps d’une autre !... Je devrais me couper la main.
Au fond de lui, maintenant, une pensée unique montait : obtenir d’elle qu’elle consentit à poser la figure entière. Cela, lentement, avait germé, d’abord un simple souhait vite écarté comme absurde, puis une discussion muette sans cesse reprise, enfin le désir net, aigu, sous le fouet de la nécessité. Cette gorge quil avait entrevue quelques minutes, le hantait d’un souvenir obsédant. Il la revoyait dans sa fraîcheur de jeunesse, rayonnante, indispensable. S'il ne l'avait pas, autant valait-il renoncer au tableau, car aucune autre ne le contenterait. Lorsque, pendant des heures, tombé sur une chaise, il se dévorait d’impuissance à ne plus savoir où donner un coup de pinceau, il prenait des résolutions héroïques : dès qu'elle entrerait, il lui dirait son tourment, en paroles si touchantes, qu’elle céderait peut-être. Mais elle arrivait, avec son rire de camarade, sa robe chaste qui ne livrait rien de son corps, et 1 perdait tout courage, il détournait les yeux, de peur qu’elle ne le surpriît à chercher, sous le corsage, la ligne souple du torse. On ne pouvait exiger d'une
amie un service pareil, jamais il n’en aurait l'audace.
Et, pourtant, unsoir,commeil s’apprêtait à la reconduire et qu’elle remettait son chapeau, les bras en l'air, ils restèrent deux secondes les yeux dans les yeux, lui frémissant devant les pointes des seins relevés qui crevaient l’étoffe, elle si brusquement sérieuse, si pâle, qu’il se sentit deviné. Le long des quais, ils parlèrent à peine: cette chose demeura entre eux, pendant que le soleil se couchait, dans un ciel couleur de vieux cuivre. A deux autres reprises, il lut, au fond de son regard, qu'elle savait sa continuelle pensée. En effet, depuis qu'il y songeait, elle s'était mise à y songer aussi, malgré elle, l'attention éveillée par des allusions involontaires. Elle en fut effleurée d’abord, elle dut s’y arrêter ensuite, mais elle ne croyait pa$ avoir à s’en défendre, car cela lui semblait hors de la vie, une de ces imaginations du sommeil dont on a honte. La peur même quil osât le demander, ne lui vint pas : elle le connaissait bien à présent, elle l'aurait fait taire d'un souffle, avant qu'il eût bégayé les premiers mots, malgré les éclats subits de ses colères. C'était fou, simplement.Jamais, jamais!
Des jours s’écoulèrent; et, entre eux, l'idée fixe
grandissait. Dès qu'ils se ben a ensemble, ils ne pouvaient plus ne pas y penser. Ils n'en ouvraient point la bouche, mais leurs silences en étaient pleins;
ils ne risquaient plus un geste, ils n’échangeaient
plus un sourire, sans retrouver au fond cette chose impossible à dire tout haut, et dont ils débordaient. Bientôt, rien autre ne resta dans leur vie de cama-
rades. S'il la regardait, elle croyait se sentir déshabiller par son regard; les mots innocents retentissaient
en significations gênantes; chaque poignée de main
allait au delà du poignet, faisait couler un léger fr'sson le long du corps. Et ce qu'ils avaient évité jusquelà, le trouble de leur haison, l'éveil de l’homme et de la femme dans leur bonne amitié, éclatait enfir. sous l'évocation constante de cette nudité de vierge. Peu à peu, ils se découvraient une fièvre secrète, ignorée d'eux-mêmes. Des chaleurs leur montaient aux joues, ils rougissaient pour s'être frôlé du doigt. C'était désormais comme une excitation de chaque minute, fouettant leur sang; tandis que, dans cet envahissement de tout leur être, le tourment de ce qu'ils taisaient ainsi, sans pouvoir se le cacher, s’exagérait au point qu'ils en étouffaient, la poitrine gonflée de grands soupirs.
Vers le milieu de mars, Christine, à une de ses visites, trouva Claude assis devant son tableau, écrasé de chagrin. Il ne l'avait pas même entendue, il restait immobile, les yeux vides et hagards sur l'œuvre inachevée. Dans trois jours expiraient les délais pour l'envoi au Salon.
— Eh bien? lui demanda-t-elle doucement, désespérée de son désespoir.
Il tressaillit, il se retourna.
— Eh bien! c’est fichu, je n’exposerai pas cette année... Ah! moi qui avais tant compté sur ce Salon ! |
Tous deux retombèrent dans leur accablement, où
s'agitaient de grandes choses confuses. Puis, elle reprit, pensant à voix haute :
— On aurait le temps encore.
— Le temps? eh non! Il faudrait un nr le Ou voulez-vous que je trouve un modèle, à cette heure? Tenez! depuis ce matin, je me débats, et j'ai cru un moment avoir une idée : oui, ce serait d'aller cher-
cher cette fille, cette Irma qui est venue comme vous étiez ici. Je sais bien qu’elle est petite et ronde, qu'il faudrait tout changer peut-être ; mais elle est jeune, elle doit être possible... Décidément, je vais en essayer.….. |
Il s'interrompit. Les yeux brûlants dont il la regardait, disaient clairement : « Ah! il y a vous, ah! ce serait le miracle attendu, le triomphe certain, si vous me faisiez ce suprême sacrifice! Je vous implore, je vous le demande, comme à une amie adorée, la plus belle, la plus chaste! »
Elle, toute droite, très blanche, entendait chaque mot ; et ces yeux d’ardente prière exerçaient sur elle une puissance. Sans hâte, elle ôta son chapeau et sa pelisse; puis, simplement, elle continua du même
geste calme, dégrafa le corsage, le retira ainsi que le
corset, abattit les jupons, déboutonna les épaulettes de la chemise, qui glissa sur les hanches. Elle n'avait pas prononcé une parole, elle semblait autre part, comme les soirs, où, enfermée dans sa chambre, perdue au fond de quelque rêve, elle se déshabillait machinalement, sans y prêter attention. Pour-
quoi donc laisser une rivale donner son corps, quand
elle avait déjà donné sa face? Elle voulait être là tout
entière, chez elle, dans sa tendresse, en comprenant
enfin quel malaise jaloux ce monstre bâtard lui causait depuis longtemps. Et, toujours muette, nue et vierge, elle se coucha sur le divan, prit la pos un bras sous la tête, les yeux fermés.
Saisi, immobile de joie, lui la regarda se dévêtir.
Il la retrouvait. La vision rapide, tant de fois évoquée, redevenait vivante. C'était cette enfance, grêle encore, mais si souple, d’une Jeunesse si fraîche; et il s'étonnait de nouveau : où cachait-elle cette gorge
ic" = Le ‘ À 04 COTE
OT , De Lt à." 2» :
DE en CS CE CS D D Sn de