‹ L'œuvreChapitre 20 sur 68 · LS ÈS L'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LS ÈS L'ŒUVRE

épanouie, qu'on ne soupconnail point sous la robe? Il ne parla pas non plus, il se mit à peindre, dans le silence recueilli qui s'était fait. Durant trois longues heures, il se rua au travail, d’un effort si viril, qu'il ‘acheva d’un coup une ébauche superbe du corps entier. Jamais la chair de la femme ne l'avait grisé de la sorte, son cœur battait comme devant une nudité religieuse. Il ne s’approchait point, il restait surpris de la transfiguration du visage, dont

les mâchoires un peu massives et sensuelles s'étaient noyées sous l’apaisement tendre du front et des

LA

5 dl

joues. Pendant les trois heures, elle ne remua pas, elle ne souffla pas, faisant le don de sa pudeur, sans un frisson, sans une gêne. Tous deux sentaient que, s'ils disaient une seule phrase, une grande honte leur viendrait. Seulement, de temps à autre, elle ouvrait ses yeux clairs, les fixait sur un point vague , de l’espace, restait ainsi un instant sans qu'il pûtrien y. lire de ses pensées, puis les refermait, retombait dans son néant de beau marbre, avec PE sourire MmMys-

térieux et figé de la pose.

Claude, d'un geste, dit qu'il avait fini; et, redevenu. gauche, il bouscula une chaise pour rire le dos plus vite; tandis que, très rouge, Christine quittait le divan: En hâte, elle se rhabilla, dans un grelottement

brusque, prise d’un tel émoi, qu’elle s’agrafait de

travers, tirant ses manches, remontant son col, pour ne plus laisser un seul coin de sa peau nue. Et elle était enfouie au fond de sa pelisse, que lui, le nez

. toujours contre le mur, ne se décidait pas à risquer

un regard. Pourtant, il revint vers elle, ils se con-

templèrent, hésitants, étranglés d’une émotion, qui

+ Ur € , : j f

les empêcha encore de parler. Était-ce donc de la

- tristesse, une tristesse infinie, inconsciente et inno-

mée? car leurs paupières se gonflèrent de larmes, comme s ils venaient de gâter leur existence, de toucher le fond de la misère humaine. Alors, attendri et navré, ne trouvant rien, pas même un remerciement, il la baisa au front.

simthe à

Le 15 mai, Claude, qui était rentré la veille de chez Sandoz à trois heures du matin, dormait encore, vers neuf heures, lorsque madame Hosepa lui monta un £ . gros bouquet de lilas blancs, qu’un commissionnaire 2 venait d'apporter. Il comprit, Christine lui fêtait à - l'avance le succès de son tableau; car c'était un grand à jour pour lui, l'ouverture du Salon des Refusés, créé 1 de cette cel. et où allait être exposée son œuvre, ; repoussée par le jury du Salon officiel.

Cette pensée tendre, ces lilas frais et odorants, qui

+ éveillaient, le touchèrent beaucoup, comme s'ils

étaient le présage d’une bonne journée, En chemise,

nu-pieds, il les mit dans son pot-à-eau, sur la table. . Puis, les yeux enflés de sommeil, effaré, il s’habilla, . en grondant d’avoir dormi si tard. La veille, il avait . promis à Dubuche et à Sandoz de les prendre, dès . huit heures, chez ce dernier, pour se rendre tous les . trois ensemble au Palais-de-l'Industrie, où l’on trou- verait le reste de la bande. Et il était dé en retard

d’une heure!

Mais, Jisemens, il ne pouvait plus mettre la main

rai En

r on

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Em.

sur rien, dans son atelier, en déroute depuis le.

départ de la grande toile. Pendant cinq minutes, Te chercha ses souliers, à genoux parmi de vieux châssis. Des parcelles d’or s’envolaient; car, ne sachant

où se procurer l'argent d'un cadre, il avait fait ajuster

quatre planches par un menuisier du voisinage; et il

les avait dorées lui-même, avec son amie, qui s'était -

révélée comme une doreuse très maladroite. Enfin,

Le

vêtu, chaussé, son chapeau de feutre constellé |

d’étincelles jaunes, il s’en allait, lorsqu'une pensée

superstitieuse le ramena vers les fleurs, qui restaient … seules au milieu de la table. S'il ne baisait pointces |

lilas, il aurait un affront. Il les baisa, embaumé DO leur odeur forte de printemps.

Sous la voûte, il donna sa clef à la concierge, comme d'habitude.

— Madame Joseph, je n’y serai pas de la jobrnéé:

En moins de vingt minutes, Claude fut rue d'Enfer, à chez Sandoz. Mais celui-ci, qu'il craignait de ne plus rencontrer, se trouvait également en retard, à la de d’ une DSSPEMERS de sa mère. Ce 1 “était rien, sin a 4

d'inquiétude. Rassuré à présent, il jui conta que : Du-

buche avait écrit de ne pas l’attendre, en leur don- & : nant rendez-vous là-bas. Tous les deux partirent; 53 et, comme il était près d'onze heures, ils se déci- ï dèrent à déjeuner, au fond d’une petite crèmerie s

De de la rue Saint-Honoré, penis envabis

une ETS de tristesse attendrie à s’attarder parmi ;

de vieux souvenirs d'enfance. EE

Une heure sonna, ose traversèrent les

semblait aviver le bleu. Sous le soleil, couleur de blé mûr, les rangées de marronniers avaient des

feuilles neuves, d'un vert tendre, fraîchement verni;

et les bassins avec leurs gerbes jaillissantes, les

peloüses correctement tenues, la profondeur des

allées «et la largeur des espaces, donnaient au vaste

horizon un air de grand luxe. Quelques équipages,

rares à cette heure, montaient; pendant qu’un flot

de foule, perdu et mouvant comme une fourmilière,

s’engouffrait sous l'arcade énorme du Palais-de-l'Industrie.

Quand ils furent cn brés: Claude eut un léger frisson, dans le vestibule géant, d’une fraîcheur de

cave, et dont le pavé humide sonnait sous les pieds,

ainsi qu'un dallage d'église. Il regarda, à droite et à

gauche, les deux escaliers monumentaux, et il de- manda avec mépris :

— Dis donc, est-ce que nous allons traverser ee

: saleté de Salon ?

—Ah! non, fichtre! répondit Sandoz. Filons par

ë le jardin. Il y a, là-bas, l’escalier de l'Ouest qui mène aux Refusés.

__des gazons. C'élait un peuple de marbre immobile,

Et ils passèrent dédaigneusement entre je petites bts des vendeuses de catalogues. Dans l’écartement d'immenses rideaux de velours rouge, le jardin vitré apparaissait, au delà d’un porche d'ombre.

À ce moment de la journée, le jardin était presque

- vide, iln y avait du monde qu’au buffet, sous l'horloge, la cohue des gens en train de déjeuner là. Toute la foule setrouvait au premier étage, dans les salles ; et,

: seules, les statues blanches bordaient les al de

sable jaune, qui découpaient crûment le dessin vert

ï que baignait la lumière diffuse, descendue comme

en poussière des vitres hautes. Au midi, des stores

de toile barraient une moitié de la nef, blonde sous le soleil, tachée aux deux bouts par les rouges et les bleus éclatants des vitraux. Quelques visiteurs, harassés déjà, occupaient les chaises et les bancs tout neufs, luisants de peinture; tandis que les vols des

moineaux qui habitaient, en l'air, la forêt des char-

pentes de fonte, s’abattaient avec des petits cris de poursuite, rassurés et fouillant le sable.

Claude et Sandoz affectèrent de marcher vite, sans un coup d'œil autour d'eux. Un bronze raide et noble, la Minerve d’un membre de l’Institut, les avait exaspérés dès la porte. Mais, comme ils pressaient le pas le long d’une interminable ligne de bustes, ils reconnurent Bongrand, seul, faisant lentement le tour d'une figure couchée, colossale et débordante. à

— Tiens! c'est vous! cria-t-il, lorsqu'ils lui eurent tendu la main. Je regardais justement la figure de notre ami Mahoudeau, qu'ils ont eu au moins l'intelligence de recevoir et de bien placer...

Et, s’interrompant :

.— Vous venez de là-haut?

.— Non, nous arrivons, dit Claude. |

Alors, très chaudement, il leur parla du Salon des Refusés. Lui, qui était de l'Institut, maïs qui vivait à l'écart de ses collègues, s’égayait sur l’aventure :

l'éternel mécontentement des peintres, la campagne 4

menée par les petits journaux comme le Z'ambour, les protestations, les réclamations continues qui avaient

enfin troublé l'Empereur; et le coup d'état artistique de ce rêveur silencieux, car la mesure venait unique-

ment de lui; et l’effarement, le tapage detous,àla

suite de ce pavé tombé dans la mare aux grenouillés. — Non, continua-t-il, vous n'avez pas: idée des

indignations, parmi les membres du jury!.….. Et encore on se méfie de moi, on se tait, quand je suis là !.. Toutes les rages sont contre les affreux réalistes.

C'est devant eux qu’on fermait systématiquement les portes du temple; c’est à cause d'eux que l'Empereur

a voulu permettre au public de reviser le procès; ce

sont eux enfin qui triomphent... Ah! j'en entends de belles, je ne donnerais pas cher de vos peaux, jeunes

gens!

Il riait de son grand rire, les bras ouverts, comme

. pour embrasser toute la jeunesse qu'il sentait mon- ter du sol.

— Vos élèves poussent, dit Claude simplement. D'un geste, Bongrand le fit taire, pris d’une gêne. Il n'avait rien exposé, et toute cette production, au travers de laquelle il marchait, ces tableaux, ces

statues, cet effort de création humaine, l’emplissait

EN

d’un regret. Ce n'était pas jalousie, car il n’y avait

point d'âme plus haute ni meilleure, mais retour sur lui-même, peur sourde d’une lente LE cette

peur inavouée qui le hantait.

— Et aux Refusés, lui demanda Sandoz, comment ça marche- t-11?

— Superbe! vous allez voir. ;

Puis, se tournant vers Claude, lui gardant les deux mains dans les siennes :

— Vous, mon bon, vous êtes un fameux. Écoutez! moi, que l’on dit un malin, Je donnerais dix ans de ma

. vie, pour avoir peint votre grande coquine de femme.

Cet éloge, sorti d'une telle bouche, toucha le jeune

peintre aux larmes. Enfin, il tenait donc un succès!

Ilne trouva pas un mot de aude il parla brusque-

. ment d'autre chose, voulant cacher son émotion.

— Ce brave Mahoudeau! mais elle est très bien,

152 LES ROUGON- MACQUAR

sa figure! Un sacré tempérament, Ru, pas? 7

Sandoz et lui s'étaient mis à tourner autour du plâtre. Bongrand répondit avec un sourire: |

— Oui, oui, trop de cuisses, trop de gorge. Mais regardez les attaches des membres, c’est fin et joli comme tout... Allons, adieu, je vous laisse. Je vais m'asseoir un peu, j'ai les jambes cassées. FRE 2

Claude avait levé la tête et prêtait l'oreille. Un brié LP énorme, qui ne l'avait pas frappé d’abord, roulait dans l'air, avec un fracas continu: c'était une clameur de tempête battant la côte, le grondement d'un

assaut infatigable, se ruant de l'infini. Mg: 20 — Tiens! murmura-t-il, qu'est-ce donc? 7e — Ga, dit Bongrand qui s Fri C est la foule,

là-haut, dans les salles. é mL È

La

Et les deux jeunes gens, après avoir Care le jardin, montèrent au Salon des Refusés. À On l'avait fort bien installé, les tableaux reçus

n'étaient pas logés plus richement : hautes tentures

de vieilles tapisseries aux portes, cimaises garnies de -

serge verte, banquettes de velours rouge, écrans des toile blanche sous les baies vitrées des plafonds; et, dans l’enfilade des salles, le premier aspect était es même, le même or des sos les mêmes taches vives des toiles. Mais une gaieté parti Eine Y répaie un #

En

de minuteen ue ee on désertait le Salon officiel, on accourait, fouetté de curiosité, piqué du désir de juger les juges, amusé enfin dès le seuil par la certitude qu’on allait voir des choses extrêmement plai- S . santes. Il faisait très chaud, une poussière fine mon

tait du plancher, on étoutforait sûrement V vers quatre . heures. EC RU T So ARR

— Fichtre ! dit Sandoz en jouant des coudes, ça ne va pas être commode de manœuvrer là dedans et de trouver ton tableau. > Ilse hâtait, dans une fièvre de fraternité. Ce jour-là, il ne vivait que pour l’œuvre et la ous de son vieux camarade.

— Laisse donc! s’écria Claude, nous arriverons bien. Il ne s’envolera pas, mon tableau | - : Etui, au contraire, affecta de ne pas se presser, a ennistible envie qu'il avait de courir. Il levait la tête, regardait. Bientôt, dans la voix haute de la foule qui l'avait étourdi, il distingua des rires légers, contenus encore, que couvraient le roulement des pieds et Le bruit des conversations. Devant certaimes toiles, des visiteurs plaisantaient. Cela l’inquiéta, car il était d'une crédulité et d’une sensibilité de femme, au milieu de ses rudesses révolution- naires, s’attendant toujours au martyre, et toujours saignant, toujours stupéfait d’être repoussé et raillé. I murmura : rs — Ïls sont gais, ici!

— Dame! c’est qu’il y a de quoi, fit remarquer re) Regarde donc ces rosses.extravagantes.

Mais, à ce moment, comme ils s’attardaient dans la première salle, Fagerolles, sans les voir, tomba sur eux. Il eut un sursaut, contrarié sans doute de la rencontre. Du reste, il se remit tout de suite, très aimable.

. — Tiens! je songeais à vous... Je suis là depuis une : heure.

. — Où ont-ils donc fourré le tableau de Claude? demanda Sandoz.

Fagerolles, qui venait de rester vingt minutes planté devant ce tableau, l'étudiant et étudiant l’im-

pression du public, rs sans une hésitation : É — Je ne sais pas... Nous allons le Un ensemble, voulez-vous ? \ FE. 2e a

Et il se joignit à eux. Le terrible farceur qu il cire n'affectait plus autant des allures de voyou, déni correctement vêtu, toujours dune moquerie à mordre le monde, mais les lèvres désormais pincées SJ en une moue sérieuse de parco qui veut arriver. 1 4 ajouta, l'air convaincu : |

— C'est moi qui regrette de n'avoir sl envoyé, cette année ! Je serais ici avec vous autres, j'aurais ma part du succès... Et il y a des machines étonnantes, mes enfants! Par exemple, ces chevaux. - I montrait, en face d'eux, la vaste toile, devant | laquelle la foule s’attroupait en riant. C? était, disaiton, l'œuvre d’un ancien vétérinaire, des chevaux Re grandeur nature lâchés dans un pré, mais des chevaux fantastiques, bleus, violets, roses, et dont la stupéfiante anatomie perçait la peau.

— Dis donc, si tu ne te fichais pas de nous! déclara Claude, soupconneux. | ST

Fagerolles joua l'enthousiasme. | +

— Comment! mais c’est plein de qualités, ça! en connaît joliment son cheval, le bonhomme! Sans doute, il peint comme un salaud. Qu est-ce. que a. fait, s’il est original et s’il apporté un document?

Son fin visage de fille restait grave. A peine, au fond de:ses yeux clairs, luisait une étincelle jaune de moquerie. Et il ajouta cette allusion méchante dont Jui seul put jouir : Dr: A | ‘

— Ah bien! situte Laisse ten par les ciles qui rient, tu vas en voir bien d’ autres, l'heure!” | se

avançaient avec une peine infinie, au milieu de la houle des épaules. En entrant dans la seconde salle,

ils parcoururent les murs d’un coup d'œil; mais le

tableau cherché ne s’y trouvait pas. Et ce qu'ils virent, ce fut Irma Bécot au bras de Gagnière, écrasés tous les deux contre une cimaise, lui en train d’examiner une petite toile, tandis qu'elle, ravie de la bousculade, levait son museau rose et riait à la cohue.

— Comment! dit Sandoz étonné, elle est avec Gagnière, maintenant?

— Oh! une passade, expliqua Fagerolles d’un air tranquille. L'histoire est si drôle... Vous savez qu’on vient de lui meubler un appartement très chic; oui, ce jeune crétin de marquis, celui dont on parle dans les journaux, vous vous souvenez? Une gaillarde qui ira loin, je l’ai toujours dit !... Mais on a beau la mettre dans des lits armoriés, elle a des rages de lits de sangle, il y a des soirs où il lui faut la soupente d'un peintre. Et c’est ainsi que, lâchant

tout, elle est tombée au café Baudequin dimanche,

vers une heure du matin. Nous venions de partir, il

n'y avait plus là que Gagnière, endormi sur sa chope.…. Alors, elle a pris Gagnière.

Irma les avait aperçus et leur faisait de loin des gestes tendres. Ils durent s'approcher. Lorsque Gagnière se retourna, avec ses cheveux pâles et sa petite face imberbe, l'air plus falot encore que de coutume, il ne marqua aucune surprise de les trou-

£ yer dans son dos.

— C'est inouï, murmura-t-il.

— Quoi donc? demanda Fagerolles.

— Mais ce petit chef-d'œuvre... Et nonnÊie, el näïif, é convaincu! s

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Il désignait la toile minuscule devant laquelle il s'était absorbé, une toile absolument enfantine, telle qu'un gamin de quatre ans aurait pu la peindre, une petite maison au bord d’un petit chemin, avec un petit arbre à côté, le tout de travers, cerné de traits noirs, sans oublier le tire-bouchon de fumée qui sortait du toit. 2

Claude avait eu un geste nerveux, tandis que Fagerolles répétait avec flegme :

— Très fin, très fin... Mais ton tableau, Gagnière, où est-il donc? Fa

— Mon tableau? il est là.

. En effet, la toile envoyée par lui se trouvait juste- | ment près du petit chef-d'œuvre. C'était un paysage d’un gris perlé, un bord de Seine soigneusement peint, joli de ton quoiqu’un peu lourd, et d’un parfait équilibre, sans aucune brutalité révolutionnaire.

— $Sont-ils assez bêtes d’avoir refusé ça! dit Claude, qui s'était approché avec intérêt. Mais pourquoi, pourquoi, je vous le demande ? A En effet, aucune raison n AapEqa le refus du 55 jury. |

— Parce que c’est réaliste, dit Fagerolles, dure: À voix si tranchante, qu'on ne pouvait savoir SA DIR guait le jury ou le tableau. . LANCE T ENS

Cependant, Irma, dont personne ne s’occupait, 04 regardait fixement Claude, avec le sourire incon scient que la sauvagerie godiche de ce grand garçon lui mettait aux lèvres. Dire qu'il n'avait même pas eu l'idée de la revoir! Elle le trouvait si dif- 3 férent, si drôle, pas en beauté ce jour-là, hérissé, je teint brouillé comme après une grosse fièvre! Et, VS peinée de son peu d'attention, elle lui toucha lebras, d'un geste familier. Pas. ï

"L'ŒUVRE. | 157 — Dites, n'est-ce pas, en face, un de vos amis qui

vous cherche?

C'était Dubuche, qu ‘elle connaissait, pour l'avoir

rencontré une fois au café Baudequin. Il fendait péni- blement la foule, les yeux vagues sur le flot des têtes.

Mais, tout d'un Coup, au moment où Claude tâchait de se faire voir, en gesticulant, l’autre lui tourna le dos

etsalua très bas un groupe de trois personnes, le père

gras et court, la face cuite d'un sang trop chaud, la

mère très maigre, couleur de cire, mangée d’ané-

mie, la fille si chétive à dix-huit ans, qu'elle avait encore la pauvreté grêle de la première enfance.

— Bon! murmura le peintre, le voilà pincé... At-il de laides connaissances, cet animal-là! Où a-t:l

pêché ces horreurs?

Gagnière, paisiblement, dit les connaître de nom. Le père Margaillan était un gros entrepreneur de

maconnerie, déjà cinq ou six fois millionnaire, et

qui faisait sa fortune dans les grands travaux de Paris, bâtissant à lui seul des boulevards entiers.

- Sans doûte Dubuche s'était trouvé en rapport avec . lui, parun des architectes dont il redressait les plans.

Mais Sandoz, que la maigreur de la jeune fille apitoyait, la jugea d’un mot. x

— Ah!le pauvre petitchatécorché ! Quelletristesse!

— Laisse donc! déclara Claude avec férocité, ils ont sur la face tous les crimes de la bourgeoisie, ils suent la scrofule et la bêtise. C’est bien fait... Tiens ! notre lâcheur file avec eux. Est-ce assez plat,

un architecte? Bon voyage, qu’il nous retrouve!

Dubuche, qui n'avait pas aperçu ses amis, ve-

… nait d'offrir son bras à la mère et s’en allait, en ex-

pliquant les tableaux, le geste débordant d’une com- plaisance exagérée.

ue ltd CS:

tère, de sèches figures taillées dans du bois, d’une

ne, RSS SE SD bains *

— Continuons, nous autres, dit Fagerolles.

Et, s'adressant à Gagnière : :

— Sais-tu où ils ont fourré la toile de Claude, toi? ‘4

— Moi, non, je la cherchais... Je vais avec vous.

Il les accompagna, il oublia Irma Bécot contre la. cimaise. C'était elle qui avait eu le caprice de visiter. le Salon à son bras, et il avait si peu l'habitude de promener ainsi une femme, qu'il la perdait sans cesse en chemin, stupéfait de la retrouver toujours près de lui, ne sachant plus comment ni pourquoi ils étaient ensemble. Elle courut, elle lui reprit le bras, pour suivre Claude, qui passait déjà dans une autre salle, avec Fagerolles et Sandoz. N à

Alors, ils vaguèrent tous les cinq, le nez en l'air, coupés par une poussée, réunis par une autre, em=. + portés au fil du courant. Une abomination de Chaine … les arrêta, un Christ pardonnant à la femme adul- |

& ee 5% %e de

Mine

charpente osseuse violaçant la peau, et peintes avec de la boue. Mais, à côté, ils admirèrent une très ; belle étude de femme, vue de dos, les reins saillants, la tête tournée. C'était, le long des murs, un mélange de l'excellent et du pire, tous les genres confondus, les gâteux de l’école historique coudoyant les jeunes fous du réalisme, les simples niais « restés dans le tas avec les fanfarons &e Dnigitialité Va une Jézabel morte qui semblait avoir pourri au fond des caves de l’École des Beaux-Arts, près de la Dame en blanc, très curieuse vision d’un œil de grand artiste, un immense Berger regardant la mer, fabl en face d’une petite toile, des Espagnols jouant à 1 paume, un coup de lumière d’une intensité splendide. Bien ne manquait dans LEE FA les ta :

bleaux militaires aux soldats de plomb, ni l’antiquité blafarde, ni le moyen-âge sabré de bitume. Mais, de cet ensemble incohérent, des paysages surtout, presque tous d’une note sincère et juste, des portraits encore, la plupart très intéressants de facture, il sortait une bonne odeur de jeunesse, de bravoure

et de passion. S'il y avait moins de mauvaises toiles au Salon officiel, la moyenne y était à coup sûr plus . banale et plus médiocre. On se sentait là dans une bataille, et une bataille gaie, livrée de verve, quand

le petit jour naît, que les clairons sonnent, que l’on

marche à l'ennemi avec la certitude de le battre avant le coucher du soleil. | Claude, ragaillardi par ce souffle de lutte, s’ani- .

mait, se fâchait, écoutait maintenant monter les rires

du public, l'air provocant, comme s’il eût entendu

siffler des balles. Discrets à l'entrée, les rires son-

naient plus haut, à mesure qu'il avançait. Dans la

troisième salle déjà, les femmes ne les étouffaient plus sous leurs mouchoirs, les hommes tendaient le

ventre, afin de se soulager mieux. C'était l’hilarité

contagieuse d’une foule venue pour s'amuser, s’exCi-

tant peu à peu, éclatant à propos d’un rien, égayée

autant par les belles choses que par les détestables. On riait moins devant le Christ de Chaîne que devant l'étude de femme, dont la croupe saillante, comme sortie de la toile, paraissait d’un comique extraor-

… dinaire. La Dame en blanc, elle aussi, récréait le

monde : on se poussait du coude, on se tordait, il

se formait toujours là un groupe, la bouche fendue.

Et chaque toile avait son succès, des gens s’appe- Jaïent de loin pour s’en montrer une bonne, con-

tinuellement des mots d’esprit circulaient de bouche en bouche; si bien que Claude, en entrant dans la

PR Cr DEEE Sd de à

grand nez rose, sa face blonde de beau garçon res- ee plendissait. Il fendait violemment la foule, gesticu- F4

des poignées de main aux autres

quatrième salle, manqua gifler une vieille fine dont les gloussements l’exaspéraient.

— Quels idiots! dit-il en setournant verslesautres. Hein? on a envie de leur ere des chefs-d'œuvre “ à la tête! ; ù Sandoz s'était Re lui aussi; et Fagerolles continuait à louer très haut les pires peintures, ce qui augmentait la gaieté ; tandis que Gagnière, vague au milieu de la bousculade, trait à sa suite Irma ravie, dont les jupes s’enroulaient aux eue ». tous les hommes. > Mais, brusquement, Jory parut devant eux. Son

Wa 26 AUD VE MR" ASE :

à PU MEL SE mr, Les AL s

lait, exultait comme d’un triomphe personnel. Dès #4 qu'il aperçut Claude, il era : 4 — Ah! c’est toi, enfin! Il y a une heure que jete cherche. Un succès, mon vieux, oh! un succès... — Quel succès? u — Le succès de ton tableau donc! Viens, ilfaut que je te montre ça. Non,tu vas voir, c'est épatant! Be Claude pâlit, une grosse joie l’étranglait, FES qu il feignait d'accueillir la nouvelle avec fegnse Le. mot de Bongrand lui revint, il se crut du génie. de n — Tiens! bonjour! continuait Jory, en “donnant

Et, tranquillement, lui, Fagerolles et ce en # touraient Irma qui leur souriait, dans un partage bon enfant, en famille, comme elle disait elle-même. F

— Où est-ce à la fin? detan As Sandoz eee Conduis-nous. MS ;

Jory prit la tête, suivi % la sde il falat dires. le coup de poing à la sr de la dernière ut pour

jours monter les rires, une clameur grandissante, ke roulement d'une marée qui allait battre son plein.

Et, comme il pénétrait enfin dans la salle, il vit une masse énorme, grouillante, confuse, en tas, qui s’écrasait devant son tableau. Tous les rires s’enflaient, -s épanouissaient, aboutissaient là. C'était de.

son tableau qu'on riait.

- — Hein? répéta Jory, triomphant, en voilà un succès!

Gagnière, intimidé, Hiiteux comme si on l’eût .giflé lui-même, murmura : «

— Trop de succès... J'aimerais mieux autre chose.

— Es-tu bête! reprit Jory dans un élan de conviction exaltée. C'est le succès, ça... Qu'est-ce. que ça fiche qu'ils rient! Nous voilà lancés, demain tous les journaux parleront de nous.

. — Crétins! làcha seulement Sandoz, la voix étranglée de douleur.

Fagerolles se faisait, avec la tenue désintéressée et digne d’un ami de la famille qui suit un convoi. Et, seule, Irma restait souriante, trouvant ça drôle; puis, d'un geste caressant, elle s'appuya contre l'épaule du peintre hué, elle le tukoya et lui souffla doucement dans l'oreille :

— Faut pas te faire de la bile, mon petit. C’est des bêtises, on s'amuse tout de même.

Mais Claude demeurait immobile. Un grand froid le glaçait. Son cœur s'était arrêté un moment, tant - Ja déception venait d’être cruelle. Et, les yeux élar- … gis, attirés et fixés par une force invincible, il regar-

dait son tableau, il s’étonnait, le reconnaissait à

peine, dans cette salle. Ce n'était certainement pas la même œuvre que dans son atelier. Elle avait jauni sous la lumière blafarde de l'écran de toile;

elle semblait également diminuée, plus brutale et plus laborieuse à la fois; et, soit par l'effet des voi- Se sinages, soit à cause du nouveau milieu, il en voyait du premier regard tous les défauts, après avoir vécu. des mois aveuglé devant elle. En quelques coups, il ; la refaisait, reculait les plans, redressait un membre, | Le changeait la valeur d'un ton. Décidément, le mon- | sieur au veston de velours ne valait rien, empâté, mal assis ; la main seule était belle. Au fond, les deux petites lutteuses, la blonde, la brune, restées trop à l'état débauche, manquaient de solidité, amusantes uniquement pour des yeux d'artiste. Mais il était con- # tent des arbres, de la clairière ensoleillée, et la : femme nue, la femme couchée sur l'herbe, lui appaæ raissait supérieure à son talent même, comme si un A autre l'avait peinte et qu’il ne l’eût pas connue & encore, dans ce resplendissement de vie. ri

Il se tourna vers Sandoz, il dit simplement :

— Ils ont raison de rire, c'est incomplet... N'importe, la femme est bien! Bongrand ne ses past fichu de moi.

Son ami s’efforçait de lon mais il s’entêtait, il se rapprocha au contraire. Maintenant qu 1 avait jugé son œuvre, il écoutait et regardait la foule. L'explosion continuait, s'aggravait dans une gamme % ascendante de fous rires. Dès la porte, il voyait se fendre les mâchoires des visiteurs, se rapetisser les yeux, s’élargir le visage ; et c'étaient des souffles tem. pétueux d'hommes gras, des grincements ‘rouillés d'hommes maigres, dominés par les petites flûtes ‘aiguës des femmes. En face, contre la cimaise, des jeunes gens se renversaient, comme si on leur avait chatouillé les côtes. Une dame venait de se laisser tomber sur une DEAR les SORUE serrés, étouf- k

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Le fant, tâächant de reprendre haleine dans son mou- choir. Le bruit de .ce tableau si drôle devait se ré-

pandre, on se ruait des quatre coins du Salon, des bandes arrivaient, se poussaient, voulaient en être « Où donc? — Là-bas! — Oh! cette farce! » Et les mots d'esprit pleuvaient plus drus qu'ailleurs, c'était le sujet surtout qui fouettait la gaieté : on ne comprenait pas, on trouvait ça insensé, d’une cocasserie

à se rendre malade. « Voilà, la dame a trop chaud,

tandis que le monsieur a mis sa veste de velours, de peur d'un rhume. — Mais non, elle est déjà bleue, le monsieur l’a retirée d’une mare, et il se repose à distance, en se bouchant le nez. — Pas poli, l’homme! il pourrait nous montrer son autre figure. — Je vous dis que c'est un pensionnat de jeunes filles en promenade : regardez les deux qui jouent

à saute-mouton. — Tiens! un savonnage : les chairs sont bleues, les arbres sont bleus, pour sûr qu'il l'a

passé au bleu, son tableau! » Ceux qui ne riaient

pas, entraient en fureur : ce bleuissement, cette no-

ce de Vite EU w” "4 ”

tation nouvelle de la lumière, semblaient une insulte.

Est-ce qu'on laisserait outrager l’art? De vieux mes-

sieurs brandissaient des cannes. Un personnage grave s’en allait, vexé, en déclarant à sa femme qu'il n’aimait pas les mauvaises plaisanteries. Mais un autre, un petit homme méticuleux, ayant cherché dans le catalogue l'explication du tableau, pour l’instruction de sa demoiselle, et lisant à voix haute le

titre : Plein Air, ce fut autour de lui une reprise formidable, des cris, des huées. Le mot courait, on lerépétait, on le commentait : plein air, oh! oui, plein

air, le ventre à l’air, tout en l'air, tra la la laire ! Cela tournait au scandale, la foule grossissait encore, les faces se congestionnaient dans la chaleur croissante,

sf ‘ qui jugent de la peinture, exprimant à elles toutes £

gaillan à l'oreille de Dubuche. es 4

chacune avec la bouche ronde et bête des enôrants

la somme d'âneries, de réflexions saugrenues, de ricanements stupides et mauvais, que la vue d’une œuvre originale peut tirer à l’imbécillité bourgeoise. Et, à ce moment, comme dernier coup, Claude vital reparaître Dubuche, qui traînait les Margaillan. É Dès qu’il arriva devant le tableau, l'architecte, embarrassé, pris d’une honte lâche, voulut presser le pas, emmener son monde, en affectant de n'avoir aperçu ni la toile ni ses amis. Mais déjà l’entrepreneur s’était planté sur ses courtes jambes, écarquil- … Jlant les yeux, lui demandant très haut, de sa see +2 voix rauque : | 4 — Dites donc, quel est le sabot qui à fichu ave Be Cette brutalité bonne enfant, ce cri d'un parvenu millionnaire qui résumait là moyenne de l'opinion, 4 redoubla l’hilarité; et lui, flatté de son succès, les #3 côtes chatouillées par l'étranseté de cette peinture, “à partit à son tour, mais d’un rire tel, si démesuré, si ronflant, au fond de sa poitrine grasse, qu'il NL. É nait tous les autres. C'é M l'éclat final des grandes orgues. Le É.

— Emmenez ma fille, dit la pâle madame 1

Il se précipita, dégagea Régine, qui avait baissé les: paupières ; et il déployait des muscles vigoureux, | comme sil eût sauvé ce pauvre être d'un danger de mort. Puis, ayant quitté les Margaillan à la porte, après des poignées de main et des saluts d'homme du monde, il revint vers ses amis, il dit carrément Sandoz, à Fagerolles et à Gagnière: + 1076

— Que voulez-vous? ce n'est pas ma faute. Je Y'avais DE que le pre ne comprendrait Me à

C’est cochon, oui, vous aurez beau dire, c’est cochon!

IS ont hué Delacroix, interrompit Sandoz, blanc de rage, les poings serrés. Ils ont hué Courbet. Ah! race ennemie, stupidité de bourreaux!

Gagnière, qui partageait maintenant cette rancune d'artiste, se fâchait au souvenir de ses batailles des concerts Pasdeloup, chaque dimanche, pour la

vraie musique.

. — Et ils sifflent Wagner, ce sont les mêmes, je des reconnais... Tenez! ce gros, là-bas.

T1 fallut que Jory le retint. Lui, aurait excité la foule. Il répétait que c'était fameux, qu'il y avait là pour cent mille francs de publicité. Et Irma, lâchée encore, venait de retrouver dans la cohue deux amis à elle, deux jeunes boursiers, qui étaient parmi les plus acharnés blagueurs, et qu'elle endoctrinait, qu'elle forçait à trouver ca très bien, en leur donnant des tapes sur les doigts.

>. «Mais ‘Fagerolles n'avait pas desserré les dents. Il examinait toujours la toile, il jetait des coups d'œil sur le public. Avec son flair de Parisien et sa con- . écience souple de gaillard adroit, il se rendait compte du malentendu; et, vaguement, il sentait déjà ce qu'il faudrait pour que cette peinture fit la conquête de tous, quelques tricheries peut-être, des atténuations, un arrangement du sujet, un adoucissement de la facture. L'influence que Claude avait eue sur lui, persistait : il en restait pénétré, à jamais marqué. Seulement, il le trouvait archi-fou d'exposer une pareille chose. N'était-ce pas stupide de croire à l'intel- . ligence du public? A quoi bon cette femme nue avec ce monsieur habillé? Que voulaient dire les deux petites lutteuses du fond? Et les qualités d’un maître, un morceau de peinture comme il n’y en avait pas

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deux dans le Salon! Un grand mépris lui venait de ce peintre admirablement doué, qui faisait rire tout Paris comme le dernier des barbouilleurs.

Ce mépris devint si fort, qu'il ne put le cacher davantage, Il dit, dans un accès d’invincible franchise: — Ah! écoute, mon cher, tu l’as voulu, c’est toi qui es trop bête. 2 Claude, en silence, détournant les yeux de la foule,

le regarda. Il n'avait point faibli, pâle seulement sous les rires, les lèvres agitées d’un léger tic nerveux : personne ne le connaissait, son œuvre seule était souffletée. Puis, il reporta un instant les regards sur le tableau, parcourut de là les autres toiles de la salle, lentement. Et, dans le désastre de ses illusions, à dans la douleur vive de son orgueil, un souffle de courage, une bouffée de‘santé et d'enfance, luivinrent de toute cette peinture si gaiement brave, montant à l’assaut de l'antique routine, avec une passion si désordonnée. Il en était consolé et raffermi, sans remords, sans contrition, poussé au contraire à heurter le public davantage. Certes, il y avait là bien des maladresses, bien des efforts puérils, mais quel : joli ton général, quel coup de lumière apporté, une lumière gris d'argent, fine, diffuse, égayée de tous les reflets dansants du plein air! C'était comme une fenêtre brusquement ouverte dans la vieille … cuisine au bitume, dans les jus recuits de la tra dition, et le soleil entrait, et les murs riaient de cette matinée de printemps! La note claire de son. Æ tableau, ce bleuissement dont on se moquaiït, écla : tait parmi les autres. N'’était-ce pas l'aube attendue, un jour nouveau qui se levait pour l'art? Il aperçut un critique qui s’arrêtait sans rire, des peintres célèbres, surpris, la mine Ho es PES

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