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il débordait, il se plaisanta, avoua des histoires. De-
-puis longtemps, il avait rompu avec la chanteuse de
café-concert, amenée par lui de sa petite ville, celle qui lui dépouillait la face à coups d’ongle. Et c'était, d’un bout de l’année à l’autre, un furieux galop de femmes traversant son existence, les femmes les plus extravagantes, les plus inattendues : la cuisinière d’une maison bourgeoise où il dinait; l'épouse légitime d’un sergent de ville, dont il devait guetter les
heures de faction; la jeune employée d’un dentiste,
à À "fes TN R
qui gagnait soixante francs par mois à se laisser endormir, puis réveiller, devant chaque client, pour donner confiance; d’autres, d’autres encore, les filles vagues des bastringues, les dames comme il faut en quête d'aventures, les petites blanchisseuses qui rapportaient son linge, les femmes de ménage qui retour-
naient ses matelas, toutes celles qui voulaient bien, toute la rue avec ses hasards, ses raccrocs, ce qui
s'offre et ce qu’on vole; et cela au petit bonheur, les jolies, les laides, les jeunes, les vieilles, sans choix, uniquement pour la satisfaction de ses gros appétits de mâle, sacrifiant la qualité à la quantité. Chaque nuit, quand il rentrait seul, la terreur de son lit froid
le jetait en chasse, battant les trottoirs jusqu'aux
heures où l’on assassine, n'allant se coucher que lorsqu'il en avait braconné une, si myope d’ailleurs, que cela l’exposait à des méprises : ainsi, il raconta qu un matin, à son réveil, il avait trouvé sur l’oreiller
- latête blanche d’une misérable de soixante ans, qu'il avait crue blonde, dans sa hâte.
Au demeurant, il était enchanté de la vie, ses affaires marchaient. Son avare de père lui avait bien coupé les vivres de nouveau, en le maudissant de s’entêter à suivre une voie de scandale; mais il s’en
moquait maintenant, il gagnait sept ou huit mille francs dans le journalisme, où il faisait son trou.
comme chroniqueur et comme critique d'art. Les jours tapageurs du Tambour, les articles à un louis, étaient loin; il se rangeait, collaborait à deux jourpaux très lus; et, bien qu'il restât au fond le jouis-
seur sceptique, l’adorateur du succès quand même,
il prenait une importance bourgeoise et commençait
à rendre des arrêts. Chaque mois, travaillé de sa ladrerie héréditaire, il plaçait déjà de l'argent dans
d'infimes snéculations connues de lui seul ; car ja-
mais ses vices ne lui avaient moins coûté, il 4: payait, les matins de grande largesse, qu'une tasse de chocolat aux femmes dont il était très content.
On arrivait rue de Moscou. Claude demanda :
— Alors, c'est toi qui l’entretiens, cette petite Bécot ?
— Moi! cria Jory, révolté. Mais, mon vieux, ellea un loyer de vingt mille francs, elle parle de faire
bâtir un hôtel qui en coûtera cinq cent mille... Non, non, je déjeune et je dîne parfois chez elle, c’est bien assez. z
= Et tu couches?
Il se mit à rire, sans répondre directement.
— Bête! on couche toujours. ne. nous y
sommes, entre vite.
Mais Claude se débattit encore. Sa RE r sens
dait pour déjeuner, il ne pouvait pas. Et il fallut que Jory sonnât, puis le poussât dans le vestibule, en répétant que ce n'était pas une excuse, qu'on allait envoyer le valet de chambre prévenir rue de Douai. Une porte s'ouvrit, ils se trouvèrent devant Irma %
Bécot, qui s’exclama, lorsqu'elle aperçut le peintre. — Comment! c’est vous, es
Elle le mit tout de suite à l’aise, en l’accueillant comme un ancien camarade, et il vit, en effet, qu’elle ne remarquait même pas son vieux paletot. Lui, s’étonnait, car il la reconnaissait à peine. En quatre ans, elle était devenue autre, la tête faite avec un art de cabotine, le front diminué par la frisure des cheveux, la face tirée en longueur, grâce à un effort de sa volonté sans doute, rousse ardente de blonde pâle qu’elle était, si bien qu’une courtisane du Titien semblait maintenant s'être levée du petitvoyou de jadis. .-Aïnsi qu'elle le disait parfois, dans ses heures d’abandon : Ga, c'était sa tête pour les jobards. L'hôtel, étroit, avait encore des trous, ax milieu de son luxe. Ce qui frappa le peintre, ce fut quelques bons tableaux pendus aux murs, un Courbet, une ébauche de Delacroix surtout. Elle n'était donc pas bête, cetté fille, malgré un chat en biscuit colorié, affreux, qui se prélassait sur une console du salon ?
Lorsque Jory parla d'envoyer le valet de chambre prévenir chez son ami, elie s'écria, pleine de surprise : — Comment! vous êtes marié?
— Mais oui, répondit Claude simplement.
Elle regarda Jory qui souriait, elle comprit et ajouta : |
— Ah! vous vous êtes collé... Que me disait-on que vous aviez horreur des femmes ?... Et vous savez.que me voilà vexée joliment, moi qui vous ai fait peur, rappelez-vous! Hein? vous me trouvez donc bien laide, que vous vous reculez encore ?
Des deux mains, elle avait pris les siennes, et elle avançait le visage, souriante et vraiment blessée au | fond, le regardant de tout près, dans les yeux, avec la volonté aiguë de plaire. Ii eut un petit frisson sous.
cette haleine de fille qui lui chauffait la barbe ; tandis qu'elle le lâchait, en disant :
— Enfin, nous recauserons de ça.
Ce fut le cocher qui alla rue de Douai porter une lettre de Claude, car le valet de chambre avait ouvert la porte de la salle à manger, pour annoncer que madame était servie. Le déjeuner, très délicat, se passa correctement, sous l’œil froid du domestique : on parla des grands travaux qui bouleversaient Paris, on discuta ensuite le prix des terrains, ainsi que des bourgeois ayant de l’argent à placer. Mais, au dessert, lorsque tous trois furent seuls devant le café et les liqueurs, qu'ils avaient décidé de prendre là, sans quitter la table, peu à peu ils s’animèrent, ils s’oublièrent, comme s'ils s'étaient retrouvés au café Baudequin. - — Ah! mes enfants, dit Irma, il n’y a que ça de bon, rigoler ensemble et se ficher du monde!
Elle roulait des cigarettes, elle venait de prendre le flacon de chartreuse près d'elle, et elle le vidait, très rouge, les cheveux envolés, retombée sur son trottoir de drôlerie canaille. |
— Alors, continua Jory qui s’excusait der ne pas lui avoir envoyé le matin un livre qu'elle désirait, alors, LA j'allais donc l'acheter, hier soir; vers. dix heures, ; 24 lorsque j'ai rencontré Fagerolles… 0 TR
— Tu mens, dit-elle en l'interrompant d'une voix e “4 nette. |
Et, pour couper court aux protestations : Fr + 3
— Fagerolles était ici, tu vois bien que tu mens.
Puis, elle se tourna vers Claude : no.
— Non, c’est dégoûtant, vous n’avez pas idée d # menteur pareil! Il ment comme une femme, pour le plaisir, pour des petites saletés sans conséquence. +
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Ainsi, au fond de toute son histoire, il n’y a qu'une chose : ne pas dépenser trois francs à m'acheter ce livre. Chaque fois qu'il a dû m'envoyer un bouquet, une voiture a passé dessus, ou bien il n’y avait plus de fleurs dans Paris. Ah ! en voilà un qu'il faut aimer pour lui!
Jory, sans se fâcher, renversait sa chaise, se balançait en suçant son cigare. Il se contenta de dire
avec un ricanement :
— Du moment que tu as renoué avec Fagerolles…
— Je n'ai pas renoué du tout! cria-t-elle, furieuse. Et puis, est-ce que ça te regarde ?.. Je m’en moque, entends-tu ! de ton Fagerolles. Il sait bien, lui, qu’on ne se fâche pas avec moi. Oh! nous nous connaissons tous les deux, nous ayons poussé dans la même fente de pavé. Tiens ! regarde, quand je voudrai, je n'aurai qu’à faire ça, rien qu'un signe du
petit doigt, et il sera là, par terre, à me lécher les . pieds... Il m'a dans le sang, ton Fagerolles!
Elle s’animait, il crut prudent de battre en retraite.
— Mon Fagerolles,murmura-t-il,mon Fagerolles… — Oui, ton Fagerolles ! Est-ce que tu L’imagines que je ne vous voie pas, lui toujours à te passer la main dans le dos, parce qu'il espère des articles, et toi faisant le bon prince, calculant le bénéfice que tu en tireras, si tu appuies un artiste aimé du public ? Jory, cette fois, bégaya, très ennuyé devant
Claude. Il ne se défendit pas d’ailleurs, il préféra
tourner la querelle au plaisant. Hein? était-elle amusante, quand elle s’allumait ainsi? l’œil en coin luisant de vice, la bouche tordue pour l’engueulade ! — Seulement, ma chère, tu fais craquer ton Titien. Elle se mit à rire, désarmée.
Claude, noyé de bien-être, buvait des petits verres de cognac, sans savoir. Depuis deux heures qu'on était là, une griserie montait, cette griserie hallucinante des liqueurs, au milieu de la fumée de tabac.
On causait d'autre chose, il était question des grands
prix que commençait à atteindre la peinture. Irma,
qui ne parlait plus, gardait un bout éteint de cigarette
aux lèvres, les yeux fixés sur le peintre. Et elle
l'interrogea brusquement, le tutoyant comme dans -
un songe.
— Où l’as-tu prise, ta femme?
Cela ne parut pas le surprendre, ses idées s’en allaient à l'abandon.
— Elle arrivait de province, elle était chez une
dame, et honnête pour sûr.
— Jolie ?
— Mais oui, jolie.
Un instant, Irma retomba dans son rêve; puis, ayec un sourire :
— Fichtre! quelle veine ! ul n’y en avait Fe on
en a fait une pour toi, alors!
Mais elle se secoua, elle cria, en quittant la table: — Bientôt trois heures... Ah! mes enfants, je vous flanque à la porte. Oui, j'ai rendez-vous avec un architecte, je vais visiter un terrain près du paie Mon-
ceau, vous savez, dans ce quartier neuf, qu’ on AA LS
J'ai flairé un coup par là.
On était revenu au salon, elle s'arrêta devant
une glace, fâchée de se voir si rouge.
— C'est pour cet hôtel, n'est-ce pas? demanda
Jory. Tu as donc trouvé l'argent?
Elle rabattait ses cheveux sur son front, ellesemblait effacer de la main le sang de ses joues, ral= longeait l’ovale de sa figure, se refaisait sa tête de
courtisane fauve, d'un charme intelligent d'œuvre d'art; et, se tournant, elle lui jeta pour toute réponse :
— Regarde ! le revoilà, mon Titien!
Déjà, au milieu des rires, elle les poussait vers le vestibule, où elle reprit les deux mains de Claude, sans parler, en lui plantant de nouveau son regars de désir au fond des yeux. Dans la rue, il éprorxa un malaise. L’air froid le dégrisait, un remords le torturait maintenant, d’avoir parlé de Christine à cette fille. Il fit le serment de ne jamais remettre les pieds chez elle.
— Hein ? n'est-ce pas? une bonne enfant, disait Jory, en allumant un cigare, qu'il avait pris dans la boîte, avant de partir. Tu sais, d’ailleurs, ça n’engage à rien : on déjeune, on dîne, on couche; et bonjour, bonsoir, on va chacun à ses affaires.
. Mais une sorte de honte empêchait Claude de rentrer tout de suite, et lorsque son compagnon, excité par le déjeuner, mis en appétit de flâne, parla de monter serrer la main à Bongrand, il fut ravi de l’idée, tous deux gagnèrent le boulevard de Clichy. Bongrand occupait là, depuis vingt ans, un vaste atelier, où 1l n'avait point sacrifié au goût du jour, à cette magnificence de tentures et de bibelots dont commençaient à s'entourer les jeunes peintres. C'é- tait l’ancien atelier nu et gris, orné des seules études du maître, accrochées sans cadre, serrées comme les ex-voto d'une chapelle. Le Seul luxe consistait en une psyché empire, une vaste armoire normande, deux fauteuils de velours d'Utrecht, limés par l'usage. Dans un coin, une peau d'ours, qui avait perdu tous .ses poils, recouvrait un large divan. Mais l'artiste gardait, de sa jeünesse romantique, l'habitude
d’un costume de travail spécial, et ce fut en culotte flottante, en robe nouée d'une cordelière, le sommet du crâne coiffé d’une calotte ecclésiastique, qu'il. reçut les visiteurs.
Il était venu ouvrir lui-même, sa La et ses * pinceaux à la main. se
— Vous voilà! ah, la bonne idéel..…. Je pensais A. à vous, mon cher. Oui, je ne sais plus qui m'avait annoncé votre retour, et je me disais que je ne tarderais pas à vous voir.
Sa main libre était allée d’ abord! à Claude, dans un élan de vive affection. Il serra ensuite celle de Jory, en ajoutant :
— Et vous, jeune dr j'ai lu votre dernier article, je vous remercie du mot aimable qui s'y trouvait pour moi... Entrez, entrez done tous les deux! Vous ne me dérangez pas, je profite du jour © jusqu’à la dernière minute, car on n’a le temps de rien faire, par ces sacrées Journées de novembre. ;
li s'était remis au travail, debout devant un che valet où se trouvait une petite toile, deux femmes, la mère et la fille, cousant dans l’embrasure d’une fenêtre ensoleillée. Derrière lui, les jeunes gensregardaient. ACT
— C'est exquis, finit par murmurer r Claude. PS,
Bongrand haussa les épaules, sans se retourner. | +: 18
— Bah ! une petite bêtise. Il faut bien s'occuper, n'est-ce pas ?.. J'ai fait ça sur nature, chez des amies, et je le nettoie un peu. Û Et
— Mais c'est complet, c’est un bijou de vérité et de lumière, reprit Claude qui s’échauffait. Ah! 147 simplicité de ça, voyéz-vous, la simplicité, c’est ce qui me bouleverse, moil ce +
ér
Du coup, le peintre se recula, RS les yeux, d'un air plein de surprise.
— Vous trouvez? ça vous plaît, vraiment ?... Eh bien ! quand vous êtes entrés, j'étais en train de la
juger infecte, cette toile... Parole d'honneur! je
broyais du noir, j'étais convaincu que je n’avais plus pour deux sous de talent.
Ses mains tremblaient, tout son grand corps était dans le tressaillement douloureux de la création. Il
se débarrassa de sa palette, il revint vers eux, avec
des gestes qui battaient le vide; et cet artiste vieilli au milieu du succès, dont la place était assurée dans l'École française, leur cria :
— Ça vous étonne, mais il y a des jours où je me demande si je vais savoir dessiner un nez... Oui, à chacun de mes tableaux, j'ai encore une grosse émotion de débutant, le cœur qui bat, une angoisse qui
sèche la bouche, enfin un trac abominable. Ah!
le trac, jeunes gens, vous croyez le connaître, et vous ne vous en doutez même pas, parce que, mon Dieu ! vous autres, si vous ralez une œuvre, vous en
êtes quittes pour vous efforcer d’en faire une meil-
leure, personne ne vous accable ; tandis que nous, les vieux, nous qui avons donné notre mesure, qui sommes forcés d'être égaux à nous-mêmes, sinon de progresser, nous ne pouvons faiblir, sans culbuter dans la fosse commune... Va donc, homme célèbre, grand artiste, mange-toi la cervelle, brûle ton sang,
pour monter encore, toujours plus haut, toujours plus haut; et, si bu piétines sur place, au sommet, estime-
toi heureux, use tes pieds à piétiner le plus longtemps possible; et, si tu sens que tu déclines, eh
bien ! achève de te briser, en roulant dans l’agonie de ton talent qui n’est plus de l’époque, dans l'oubli
PONT POUR RE ER CPE EC AN ER EEE Sr À LE.
où tu es de tes œuvres immortelles, éperdu de ton. effort impuissant à créer davantage !
Sa voix forte s'était enflée avec un éclat final de tonnerre; et sa grande face rouge exprimait une angoisse. Il marcha, il continua, emporté comme malgré lui par un souffle de violence : QE
__ Je vous l'ai dit vingt fois quon débutait tou- … jours, que la joie n’était pas d’être arrivé là-haut, mais de monter, d'en être encore aux gaietés de l'escalade. Seulement, vous ne comprenez pas, vous ne pouvez pas comprendre, il faut y passer soimême... Songez donc ! on espère tout, on rêve tout. … C’est l’heure des illusions sans bornes : on a de SL bonnes jambes, que les plus durs chemins paraissent courts ; on est dévoré d’un tel appétit de gloire, que les premiers petits succès emplissent la bouche d’un « goût délicieux. Quel festin, quand on va pouvoir « rassasier son ambition! et l’on y est presque, et l'on s’écorche avec bonheur! Puis, c’est fait, la cime = est conquise, il s’agit de la garder. Alors, l'abomination commence, on a épuisé l'ivresse, on la trouve courte, amère au fond, ne valant pas la lutte qu’elle a coûté. Plus d’inconnu à connaître, de sensations . à sentir. L'orgueil a eu sa ration de renommée,on sait qu’on a donné ses grandes œuvres, on s'étonne qu'elles n'aient pas apporté des jouissances plus vives. Dès ce moment, l'horizon se vide, aucun espoir 4 nouveau ne vous appelle là-bas, il ne reste qu'à mourir. Et pourtant on se cramponne, on ne veut pas être fini, on s’entête à la création comme ie | vieillards à l'amour, péniblement, honteusement.… Ah! l'on devrait avoir le courage et la fierté de S F2 E. trangler, devant son dernier chef-d'œuvre ! NT
Il s'était grandi, ébranlant le haut plafond de l ate= |
dit Lartet chu CAL. FAT
ES 3 A DE OU | Jin
PAT) Ce
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lier, secoué d'une émotion si forte, que des larmes parurent dans ses yeux. Et il revint tomber sur une chaise, en face de sa toile, 1l demanda de l’air inquiet
d’un élève qui a besoin d'être encouragé :
-— Alors, vraiment, ça vous paraît bien? Moi, je
n'ose plus croire. Mon malheur doit être que j'ai
à la fois trop et pas assez de sens critique. Dès que je me mets à une étude, je l’exalte; puis, si elle n’a pas de succès, je me torture. Il vaudrait mieux ne
pas y voir du tout, comme cet animal de Chambou-
vard, ou bien y voir très clair et ne plus peindre...
Franchement, vous aimez cette petite toile?
Claude et Jory restaient immobiles, étonnés, embarrassés devant ce sanglot de grande douleur, dans
l'enfantemient. A quel instant de crise étaient-ils
donc venus, pour que ce maître hurlât de souftrance, en les consultant comme des camarades? Et le pis
était qu'ils n'avaient pu cacher une hésitation, sous
les gros yeux ardents dont il les suppliait, des yeux où se lisait la peur cachée de sa décadence. Eux,
connaissaient bien le bruit courant, ils partagaient
er
l'opinion que le peintre, depuis sa Voce au village,
n'avait rien fait qui valûüt ce tableau fameux. Même, après s'être maintenu dans quelques toiles, il glissait désormais à une facture plus savante et plus sèche. L'éclat s'en allait, chaque œuvre semblait déchoir.
Mais c’étaient là des choses qu’on ne pouvait dire,
et Claude, lorsqu'il se fut remis, s’exclama : — Vous n'avez jamais rien peint de si puissant! Bongrand le regarda encore, droit dans les yeux. Puis, il se retourna vers son œuvre, s’absorba, eut
un mouvement de ses deux bras d’hercule, comme s'ileüt fait craquer ses os, pour soulever cette petite
toile, silégère. Et il murmura, se parlant à lui-même :
DT," + OR LE, 2 SA UPAT SORA à