‹ L'œuvreChapitre 40 sur 68 · FT · texte numérisé non relu

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time, ce dernier combat où elle payait de son corps, quitte à n'être plus rien, rien qu'une femme sans charmes, si elle se laissait vaincre ?

Claude, enchanté, fit d’abord d’après elle une étude, une simple académie pour son tableau, dans la pose. Ils attendaient que Jacques fût parti à l’école, ils s’enfermaient, et la séance durait des heures. Les premiers jours, Christine souffrit beaucoup de l’immobilité; puis, elle s’accoutuma, n’osant se plaindre, de peur de le fâcher, retenant ses larmes, quand il la bousculait. Et, bientôt, l'habitude en fut prise, il la traita en simple modèle, plus exigeant que s'il l’eût payée, sans jamais craindre d’abuser de son corps, puisqu'elle était sa femme. Il l’'employait pour tout, la faisait se déshabiller à . chaque minute, pour un bras, pour un pied, pour le

moindre détail dont il avait besoin. C'était un métier 7

où il la ravalait, un emploi de mannequin vivant, qu'il plantait là et qu'il copiait, comme il aurait copié la cruche ou le chaudron d’une nature morte.

Cette fois, Claude procéda sans hâte; et, avant d'ébaucher la grande figure, il avait déjà lassé Christine pendant des mois, à l'essayer de vingt fa-. cons, voulant se bien pénétrer de la qualité de sa peau, disait-il. Enfin, un jour, il attaqua l'ébauche. C'était un matin d'automne, par une bise déjà aigre: il ne faisait pas chaud, dans le vaste atelier, malgré le poêle qui ronflait. Comme le petit Jacques, malade d’une de ses crises de stupeur souffrante, n'avait pu

aller à l’école, on s'était décidé à l’enfermer au fond :

de la chambre, en lui recommandant d’être bien sage. Et, frissonnante, la mère se déshabilla, se planta près du poêle, immobile, tenant la pose. ‘e

Pendant la première heure, le peintre, du haut de … É

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son échelle, lui jeta des coups d'œil qui la sabraïent des épaules aux genoux, sans lui adresser une parole. Elle, envahie d’une tristesse lente, craignait de défaillir, ne sachant plus si elle souffrait du roid ou d’un désespoir, venu in, dont elle senfroid ou d’un désesp enu de loin, dont ell

ait monter l’a . Sa fatigue était si grande, tait ter l’'amertume. Sa fatigue était si d

qu'elle trébucha et marcha péniblement, de ses

jambes engourdies.

— Comment, déjà! cria Claude. Mais il y a un

. quart d'heure au plus que tu poses! Tu ne veux donc

pas gagner tes sept francs ?

Il plaisantait d'un air bourru, ravi de son travail.

Etelle avait à peine retrouvé l'usage de ses membres,

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sous le peignoir dont elle s'était couverte, qu'il dit violemment : | + | — Allons, allons, pas de paresse! C’est un grand

+ jour, aujourd'hui. Il faut avoir du génie ou en crever!

Puis, lorsqu'elle eut repris la pose, nue sous Ia

lumière blafarde, et qu'il se fut remis à peindre, il

continua de lâcher des phrases, de loin en loin, par ce besoin qu'il avait de faire du bruit, dès que sa

d Heaeue le contentait.

— C'est curieux comme tu as une drôle de peau | Elle absorbe la lumière, positivement... Ainsi, on né le croirait pas, tu es toute grise, ce matin. Et l’autre jour, tu étais rose, oh ! d'un rose qui n'avait pas l'air vrai. AL ça membête, on ne sait

Jamais.

Ils ’arrêta, il cligna les yeux. |

— Très épatant tout de même, le nu... Ça fiche une note sur le fond. Et ça vibre, et ça prend une sacrée vie, comme si l’on voyait couler le sang dans les muscles. Ah! un muscle bien dessiné, un

membre peint solidement, en pleine clarté, il n'ya rien de plus beau, rien de meilleur, c’est le bon Dieu! Moi, je n'ai pas d’autre religion, je me collerais à genoux là devant, pour toute l'existence.

Et, comme il était obligé de descendre chercher un tube de couleur, il s’approcha d'elle, il la détailla avec une passion croissante, en touchant du bout de son doigt chacune des parties qu’il voulait dési- ANT = |

— Tiens! là, sous le sein gauche, eh bien! c’est joli comme tout. Il y a des petites veines qui bleuissent, qui donnent à la peau une délicatesse de ton

exquise.. Et là, au renflement de la hanche, cette fossette où l'ombre se dore, un régal! Et là, sous le modelé si gras du ventre, ce trait pur des aines, .uné pointe à peine de carmin dans de l'or pâle... Le.

ventre, moi, ça m'a toujours exalté. Je ne puis en voir un, sans vouloir manger le monde. C’est si beau à peindre, un vrai soleil de chair!

Puis, remonté sur son échelle, il cria ne sa fièvre de création :

— Nom de Dieu! si je ne fiche pas un chefd'œuvre avec toi, il faut que je sois un cochon!

Christine se taisait, et son angoisse grandissait, dans la certitude qui se faisait en elle. Immobile,

sous la brutalité des choses, elle sentait le malaise

de sa nudité. À chaque place où le doigt de Claude l'avait touchée, il lui était resté une impression de glace, comme si le froid dont elle frissonnait, entrait

par Jà maintenant. L'expérience était faite, à quoi bon espérer davantage? Ce corps, couvert partout de ses baisers d'amant, il ne le regardait plus, il ne Vadorait plus qu’en artiste. Un ton de la gorge l'en-

thousiasmait, une ligne du ventre l'agenouillait de

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