‹ L'œuvreChapitre 41 sur 68 · LOS · texte numérisé non relu

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dévotion, lorsque, jadis, aveuglé de désir, il l'écra-

0 \ . . Li LL sait toute contre sa poitrine, sans la voir, dans des

étreintes où l’un et l’autre auraient voulu se fondre. Ah! c'était bien la fin, «elle n'était plus, il n’aimait plus en elle que son art, la nature, la vie. Et, les yeux au loin, elle gardait la rigidité d’un marbre, elle retenait les larmes dont se gonflait son cœur,

réduite à cette misère de ne pouvoir même pleurer.

Une voix vint de la chambre, tandis que des pe-

tits poings tapaient contre la porte.

— Maman, maman, je ne dors pas, je m'ennuie... Ouvre-moi, dis, maman ?

C'était Jacques qui s’impatientait. Claude se fâcha, grondant qu'on n’avait pas une minute de repos.

— Tout à l'heure! cria Christine. Dors, laisse ton

père travailler.

Mais une inquiétude nouvelle parut la prendre,

“elle lançait des coups d'œil vers la porte, elle finit

par quitter un instant la pose, pour aller accrocher

sa jupe à la clef, de facon à boucher le trou de la

serrure. Puis, sans rien dire , elle vint se remettre près du poêle, la tête droite, la taille un peu ren- … versée, enflant les seins.

Et la séance s’éternisa, des heures, des heures se passèrent. Toujours elle était là, à s'offrir, avec son mouvement de baigneuse qui se jette; pendant que lui, sur son échelle, à des lieues, brûlait pour cette autre femme qu'il peignait. Il avait même cessé de lui parler, elle retombait à son rôle d'objet, beau de

couleur. Il ne regardait qu'elle depuis le matin, et ellenese voyait plus dans ses yeux, étrangère désor-

mais, chassée de lui.

Enfin, il s'interrompit de fatigue, il remarqua

qu'elle tremblait.

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— Tiens ! est-ce que tu as froid ?

— Oui, un peu.

— C'est drôle, moi je brûle... Je ne veux pas que tu t’enrhumes. A demain.

Comme il descendait, elle crut qu'il venait l'embrasser. D'habitude, par .une dernière galanterie de mari, il payait d’un baiser rapide l’ennui de la séance. Mais, plein de son travail, il oublia, il lava tout de suite ses pinceaux, qu'il trempait, agenouillé, dans un pot de savon noir. Et elle, qui attendait, restait nue, debout, espérant encore. Une minute

se passa, il fut étonné de cette ombre immobile, il la regarda d’un air de surprise, puis recommençaà

frotter énergiquement. Alors, les mains tremblantes de hâte, elle se rhabilla, dans une confusion affreuse de femme dédaignée. Elle enfilait sa chemise, se battait avec ses jupes, agrafait son corsage de travers, comme si elle eût voulu échapper à la honte de cette

nudité impuissante, bonne désormais à vieillir sous

les linges. Et c'était un mépris d'elle-même, un

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dégoût d'en être descendue à ce moyen de fille, dont é

elle sentait la bassesse charnelle, maintenant qu elle était vaincue. F Mais, dès le lendemain, Christine dut se remettre

nue, dans l’air glacé, sous la lumière brutale. N'é

tait-ce pas son métier, désormais? Comment se refuser, à présent que l'habitude en était prise? Ja= mais elle n'aurait causé un chagrin à Claude; et

elle FIRE RDS chaque jour cette défaite de son

corps. Lui, n’en parlait même plus, de ce corps brülant et humilié. Sa passion de la chair s'était reportée %

dans son œuvre, sur les amantes peintes qu'il se

donnait. Elles faisaient seules battre son sang, celles

dont chaque membre naissait d’un de ses efforts. Là-

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