‹ L'œuvreChapitre 44 sur 68 · STE · texte numérisé non relu

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Pourtant, Claude s’obstinait cette fois, et il acheva

le tableau, il jura qu'il l’enverrait quand même au Salon. Il ne quittait plus son échelle, il nettoyait les fonds jusqu’à la nuit noire. Enfin, épuisé, il déclara qu'il n'y toucherait pas davantage; et, ce jour-là, comme Sandoz montait le voir, vers quatre heures, il ne le trouva point. Christine répondit qu'il venait desortir, pour prendre l'air un moment sur la butte.

La lente rupture s'était aggravée entre Claude et es amis de l’ancienne bande. Chacun de ces deraiers avait écourté et espacé ses visites, mal à l'aise devant cette peinture troublante, de plus eu plus

bousculé par le détraquage de cette admiration de

jeunesse; et, maintenant, tous étaient en fuite, pas un n'y retournait. Gagnière, lui, avait même quitté Paris, pour aller habiter l'une de ses maisons de Melun, où il vivait chichement de la location de l’autre, après s'être marié, à la stupéfaction des ca-

marades, avec sa maîtresse de piano, une vieille demoiselle qui lui jouait du Wagner, le soir. Quant à Mahoudeau, il alléguait son travail, car il commen-

çait à gagner quelque argent, grâce à un fabricant

de bronzes d’art qui lui faisait retoucher ses mo-

dèles. C'était une autre histoire pour Jory, que per-

sonne ne voyait, depuis que Mathilde le tenaitcloîtré,

despotiquement : elle le nourrissait à crever de petits

plats, l’abêtissait de pratiques amoureuses, le gorgeait de tout ce qu'il aimait, à un tel point, que lui,

l'ancien coureur de trottoirs, l’'avare qui ramassait

ses plaisirs au coin des bornes pour ne paslespayer,

en était tombé à une domesticité de chien fidèle, donnant les clefs de son argent, ayant en poche de

quoi acheter un cigare, les jours seulement où elle voulait bien lui laisser vingt sous ; on racontait même

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* qu'en fille autrelois dévote, atin de consolider sa

conquête, elle le jetait dans la religion et lui parlait de la mort, dont il avait une peur atroce. Seul, Fagerolles affectait une vive cordialité à l'égard de son vie’! ami, lorsqu'il le rencontrait, promettant toujours d'aller le voir, ce qu'il ne faisait jamais du reste:

il avait tant d'occupations, depuis son grand succès, tambouriné, affiché, célébré, en marche pour toutes

les fortunes et tous les honneurs! Et Claude ne re-

grettait guère que Dubuche, par une lâcheté tendre des vieux souvenirs d'enfance, malgré les froisse-

ments que la différence de leurs natures avait amenés plus tard. Mais Dubuche, semblait-il, n'était pas heureux non plus de son côté, comblé de millions sans doute, et cependant misérable, en continuelle dis- pute avec son beau-père qui se plaignait d'avoir été

| trompé sur ses capacités d'architecte, obligé de vivre dans les potions de sa femme malade et de ses deux nn - enfants, des fœtus venus avant terme, que l’on éle-

vait sous de la ouate.

De toutes ces amitiés mortes, il n’y avait donc que der qui parût connaître encore le chemin de la rue Tourlaque. Il y revenait pour le petit Jacques, son filleul, pour cette triste femme aussi, cette Christine dont le visage de passion, au milieu de cette misère, le remuait profondément, comme une de ces

visions de grandes amoureuses qu'il aurait voulu

faire passer dans ses livres. Et, surtout, sa fraternité

4 d'artiste augmentait, depuis qu'il voyait Claude

perdre pied, sombrer au fond de la folie hércïque de l'art. D'abord, il en était resté plein d'étonnement,

car il avait cru à son ami plus qu’à lui-même, il se

mettait le second depuis le collège, en le plaçant très

É haut, au rang des maîtres qui révolutionnent une

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