‹ L'œuvreChapitre 46 sur 68 · ASS · texte numérisé non relu

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davres après la bataille. Et le tour durait deux. grandes heures, sans un répit, sans un siège pour s'asseoir, tout le temps sur les jambes, dans un piétinement de fatigue, au milieu des courants d'air glacés, qui forçaient les moins frileux à s enfouir au fond de paletots de fourrure.

Aussi la collation de trois heures était-elle la bienvenue : un repos d’une demi-heure à un. buffet, où l’on trouvait du bordeaux, du chocolat, des sandwichs. (était là que s’ouvrait le marché aux concessions mutuelles, les échanges d'influences-et de voix. La plupart avait de petits carnets, pour n'oublier personne, dans la grêle de recommandations qui s’abattait sur eux; et ils le consultaient, ils s’engageaient à voter pour les protégés d’un collègue, si celui-ci votait pour les leurs. D'autres, au contraire, détachés de ces intrigues, austères ou insouciants, achevaient une cigarette, le regard’perdu.

Puis, la besogne reprenait, mais plus douce, dans une salle unique, où il y avait des chaises, même des : tables, avec des plumes, du papier, de l'encre. Tous … les tableaux qui n’atteignaient pas un mètre cinquante, étaient jugés là, « passaient au chevalet», rangés par dix ou douze le long d’une sorte de: tréteau, recouvert de serge, verte. Beaucoup de jurés. s’oubliaient béatement sur les sièges, plusieurs far. saient leur correspondance, il fallait que le président se fâchât, pour avoir des majorités présentables. Parfois, un coup de passion soufflait, tous se bous- . culaient, le vote à main levée était rendu dans une . telle fièvre, que des chapeaux et des cannes s'agi-. taient en l'air, au-dessus du flot tumultueux des

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