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Claude, qui leva les yeux, devina un galop de grandes

nuées fouettées de bise, des trombes d’eau battant les vitres de la baie. Une moire d’ombres courait le long des murs, tous les tableaux s’obscurcissaient, le public se noyait de nuit; jusqu’à ce que, la nuée emportée, le peintre revit sortir les têtes de ce crépuscule, avec les mêmes bouches rondes, les mêmes yeux ronds de ravissement imbécile.

Mais une autre amertume était réservée à Claude. Il aperçut, sur le panneau de gauche, le tableau de

Bongrand, en pendant avec celui de Fagerolles. Et,

devant celui-là, personne ne se bousculait, les visi-

teurs défilaient avec indifférence. C'était pourtant l'effort suprême, le coup que le grand peintre cher-

chait à porter depuis des années, une dernière œuvre enfantée dans le besoin de se prouver la virilité de son déclin. La haine qu’il nourrissait contre /a Noce au village, ce premier chef-d'œuvre dont on avait écrasé sa vie de travailleur, venait de le pous-

ser à choisir le sujet contraire et symétrique : l'Æn-

terrement au village, un convoi de jeune fille, débandé parmi des champs de seigle et d'avoine. Il luttait contre lui-même, on verrait bien s’il était fini, si

l'expérience de ses soixante ans ne valait pas la __ fougue heureuse de sa jeunesse; et l'expérience

était battue, l’œuvre allait être un insuccès morne, une de ces chutes sourdes de vieil homme, quin'arrêtent même pas les passants. Des morceaux de maître s’indiquaient toujours, l’enfant de chœur tenant la croix, le groupe des filles de la Vierge portant la bière, et dont les robes blanches, plaquées sur des chairs rougeaudes, faisaient un joli contraste avec l’endimanchement noir du cortège, au travers des verdures; seulement, le prêtre en surplis, la fille ; à la bannière, la famille derrière le corps, toutela toile d’ailleurs était d’une facture sèche, désagréable | de science, raidie par l’obstination. Il y avait là un retour inconscient, fatal, au romantisme tourmenté, Se, d’où était parti l’artiste, autrefois. Et c'était bien le & pis de l’aventure, l'indifférence du public avait sa raison dans cet art d’une autre époque, dans cette peinture cuite et un peu terne, qui ne l’accrochait plus au passage, depuis la vogue des grands éblouissements de lumière. Le

Justement, Bongrand, avec l’hésitation d’un débutant timide, entra dans la salle, et Claude eutlecœur serré, en le voyant jeter un coup d’œil à son tableau “4 solitaire, puis un autre à celui de Fagerolles, qui faisait émeute. En cette minute, le peintre dut avoir la conscience aiguë de sa fin. Si, jusque-là, la peur de sa lente déchéance l'avait dévoré, ce n’était qu'un doute; et, maintenant, il avait une brusque certi= tude, il se survivait, son talent était mort, jamais plus il n’enfanterait des œuvres vivantes. Il devint très pâle, il eut un mouvement pour fuir, lorsque le sculpteur Chambouvard, qui arrivait par l’autre porte avec sa queue ordinaire de disciples, linterpella, 5 de sa voix grasse, sans se soucier des PEER 5 présentes. È

Le bi L''OCREE MR AS

. — Ah! farceur, je vous y prends, à vous admirer! Lui, cette année-là, avait une Moissonneuse exé- . crable, une de ces figures stupidement ratée, qui semblaient des gageures, sorties de ses puissantes ÿ mains; et il n ’en était pas moins rayonnant, certain DE d'un re plus, promenant son infaillibilité de dieu, au milieu de la foule, qu'il n’entendait pas rire.

e Sans répondre, et. le regarda de ses yeux brûlés de fièvre.

7 x — Et ma machine, en bas, continua l’autre, l’avez- vous vue?... Qu'ils y viennent donc, les petits d'à présent! Il n’y a que nous, la vieille France! Déjà, il s’en allait, suivi de sa cour, saluantle public étonné. j L — Brute! murmura Bongrand, étranglé de cha- À grin, révolté comme de l'éclat d'un rustre dans la chambre d’un mort. + Il avait aperçu Claude, il s’'approcha. N'était-ce pas lâche de fuir cette salle? Et il voulait montrer RU. son courage, son âme haute, où l’envie n’était jamais "#0 entrée. | 27, Dites donc, notre ami Fagerolles en a, un suc- cès!... Je mentiraïs, si je m'extasiais sur son tableau, que je n’aime guère; mais lui est très gentil, vrai- . ment... Et puis, vous savez qu . a Le tout à fait bien pour vous. | Dr Codes ’efforçait de trouver un mot d’admiration sur l’Enterrement.

— Le petit cimetière, au fond, est si jolil. Est- \ il possible que le public.

D'une voix rude, Bongrand l’arrêta.

4 — Hein! mon ami, pas de condoléances... Je vois ; # cor

A ce moment, quelqu'un les salua d’un geste familier, et Claude reconnut Naudet, un Naudet grandi, enflé, doré par le succès des affaires colossales qu'il brassait à présent. L'ambition lui tournant la tête, il parlait de couler tous les autres marchands de tableaux, il avait fait bâtir un palais, où il se posait en roi du marché, centralisant les chefs-d’œuvre, ouvrant les grands magasins modernes de l’art. Des bruits de millions sonnaïient dès son vestibule, il installait chez lui des expositions, montait au dehors des galeries, attendait en mai l’arrivée deS amateurs américains, auxquels il vendait cinquante mille francs ce qu'il avait acheté dix mille ; etil menait un train de | prince, femme, enfants, maîtresse, chevaux, domaine en Picardie, grandes chasses. Ses premiers gains ve= | naient de la hausse des morts illustres, niés de leur vivant, Courbet, Millet, Rousseau; ce qui avait fini. par lui donner le mépris de toute œuvre signée du nom d’un peintre encore dans la lutte. Cependant, © d'assez mauvais bruits couraient déjà. Le nombre des toiles connues étant limité, et celui desamateurs ne pouvant guère s'étendre, l’époque arrivait où les ‘à affaires allaient devenir difficiles. On parlait dun syndicat, d’une entente avec des banquiers poursou. tenir les hauts prix; à la salle Drouot, on en étaitàä l'expédient des ventes fictives, des tableaux rachetés très cher par le marchand lui-même; et la faillite. semblait être fatalement au bout de ces opérations de Bourse, une culbute dans l’outrance et les mensonges de l’agio..

— Bonjour, cher maître, dit Naudet, qui s'était avancé. Hein? vous venez, comme tout le monde, DE. admirer mon Fagerolles. | “20

Son attitude n’avait plus pour Bongrand l humilité

ax des at PERS dis dé ir ds pd aies LANTOUN CriA,

câline et respectueuse d'autrefois. Et il causa de

Fagerolles comme d'un peintre à lui, d’un ouvrier à ses gages, qu'il gourmandait souvent. C'était lui qui

l’avait installé avenue de Villiers, le forçant à avoir

un hôtel, le meublant ainsi qu'une fille, l’endettant par des fournitures de tapis et de bibelots, pour le tenir ensuite à sa merci; et, maintenant, il commencait à l’accuser de manquer d'ordre, de se compromettre en garçon léger. Par nn ce tableau,

jamais un peintre sérieux ne l'aurait envoyé au Salon;

sans doute, cela faisait du tapage, on parlait même

de la médaille d'honneur ; maisrien n’était plus mau-

vais pour les hauts prix. Quand on voulait avoir les

Américains, il fallait savoir rester chez soi, comme un

bon dieu au fond de son tabernacle.

— Mon cher, vous me croirez si vous voulez, j'aurais donné vingt mille francs de ma poche pour que

ces imbéciles de journaux ne fissent pas tout ce va- carme autour de mon Fagerolles de cette année.

Bongrand , Qui écoutait bravement, malgré sa souf-

france, eut un sourire.

— En effet, ils ont peut-être poussé les indiscré-

tions un peu loin... Hier, j'ai lu un article, où j'ai

appris que Fa agerolles mangealt tous les matins deux œufs à la coque.

Il riait de ce coup brutal de publicité, qui, depuis une semaine, occupait Paris du jeune maitre, à la

suite d’un premier article sur son tableau, que per-

sonne encore n’avait vu. Toute la bande des reporters

s'était mise en campagne, on le déshabillait, son enfance, son père le fabricant de zinc d'art, ses

études, où il logeait, comment il vivait, jusqu’à la couleur de ses chaussettes, jusqu’à une manie qu’il avait de se pincer le bout du nez. Et il était la pas-

ML ES 22e FOR EIRE TE “ÉCRRT

sion du moment, le jeune maître selon le goût du jour, ayant eu la chance de rater le prix de Rome et de rompre avec l'École, dont il gardait les procédés : fortune d’une saison que le vent apporte et remporte, caprice nerveux de la grande détraquée de ville, succès de l'à peu près, de l'audace gris perle, de l'ac- cident qui bouleverse la foule le matin, pour se perdre le soir dans l'indifférence de tous.

Mais Naudet remarqua l’£nterrement au village.

— Tiens! c’est votre tableau? Et, alors, vous avez voulu donner un pendant à la Voce ? Moi, je vousen aurais détourné... Ah! la Noce! la Noce! 2e

Bongrand l’écoutait toujours, sans cesser de sou-

rire; et, seul, un pli douloureux coupait ses lèvres tremblantes. Iloubliait ses chefs-d’œuvre, l'immortalité assurée à son nom, il ne voyait plus que la vogue : immédiate, sans effort, venant à ce cal rt nTeES | : nettoyer sa palette, le poussant à l'oubli, lui qui avait lutté dix années avant d’être connu. Ces générations nouvelles, quand elles vous enterrent, si elles savaient quelles larmes de sang elles vous font pleurer 7 dans la mort! ” __ Puis, comme il se taisait, la peur Je prit d'avoir 3 laissé deviner son mal. Est-ce qu'il tomberaït à cette bassesse de l’envie? Une colère contre lui-même le redressa, on devait mourir debout. Et, au lieu de la “ réponse violente qui lui montait au. lèvres, il dit familièrement : | :

— Vous avez raison, Naudet, j'aurais 11ieux fait . d'aller me coucher, le jt où j'ai eu l’idée de cette toile. | ;

— Ah! c'est lui, PAGE cria le marchand, qui s’échappa. MERS.

C'était Fagerolles, qui se montrait à à l° entrée de la

* } Le PP ON ADR TER | QU QrENTS CENT A MUC DS LP OR

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. salle. Il n’entra pas, discret, souriant, portant sa fortune avec son aisance de garçon d'esprit. Du reste, … il cherchait quelqu'un, il appela d’un signe un jeune homme et lui donna une réponse, heureuse sans doute, car ce dernier déborda de reconnaissance, Deux autres se précipitèrent pour le congratuler; - une femme le retint, en lui montrant avec des gestes de martyre une nature morte, placée dans l’ombre … d'une encoignure. Puis, il disparut, après avoir jeté, … sur le peuple en extase devant son tableau, un seul coup d'œil.

Claude, qui regardait et écoutait, sentit alors sa - tristesse lui noyer le cœur. La bousculade augmentait toujours,-il n’avait plus en face de lui que des figures béantes et suantes, dans la chaleur devenue intolérable. Par-dessus les épaules, d’autres épaules montaient, jusqu’à la porte, d'où ceux qui ne pou- vaient rien voir, se signalaient le tableau, du bout de leurs parapluies, ruisselant des averses du dehors. Et Bongrand restait là par fierté, tout droit dans sa défaite, solide sur ses vieilles jambes de lutteur, les regards clairs sur Paris ingrat, 11 voulait finir en __ brave homme, dont la bonté est large. Claude, qui Jui parla sans recevoir de réponse, vit bien que, der- rière cette face calme et gaie, l'âme était absente, envolée dans le deuil, saignante d’un affreux tourment; et, saisi d’un respect effrayé, il n’insista pas, il partit, sans même que Bongrand s’en aperçût, de __ ses yeux vides. SR De nouveau, au travers de la foule, une idée ve- nait de pousser Claude. Il s’ébahissait de n’avoir pu découvrir son tableau. Rien n'était plus simple. N'y avait-il donc pas une salle où l’on riait, un coin de + blague et de tumulte, un attroupement de public

farceur injuriant une œuvre? Cette œuvre serait la sieune, à coup sûr. Il avait encore dans les oreilles les rires du Salon des Refusés, autrefois. Et, de. chaque porte, il écoutait maintenant, pour entendre si ce n’était pas là qu’on le huait. ; Mais, comme il se retrouvait dans la salle de l'Est, cette halle où agonise le grand art, le dépotoir où. " l'on empile les vastes compositions historiques et … religieuses, d'un froid sombre, il eut une secousse, il demeura immobile, les yeux en l’air. Cependant, il avait passé deux fois déjà. Là-haut, c'était bien sa. toile, si haut, si haut, qu'il hésitait à la reconnaître, toute petite, posée en hirondelle, sur le coin d’un cadre, le cadre monumental d’un immense tableau de dix mètres, représentant le Déluge, le grouillement d'un peuple jaune, culbuté dans de À l'eau lie de vin. À gauche, il y avait encore le pitoyable portrait en pied d’un général couleur de cendre: à droite, une nymphe colosse, dans un. Re lecadavreexsangue d'une assassinée, qui se gâtait sur l'herbe; et alentour, partout, des choses rosâtres, violâtres, des images tristes, jusqu’à : | une scène comique de moines se grisant, jusqu'à une ouverture de la Chambre, avec toute une pageéerite sur un cartouche doré, où les têtes des députés 3 connus étaient reproduites au trait, accompagnées des noms. Et, là-haut, là-haut, au milieu de ces voisinages blafards, la petite toile, trop rude, éclatait férocement, dans une grimace douloureuse de n. monstre. 13; atE0e Ah! l'Enfant mort, le misérable petit ee qui. É n'était plus, à cette distance, qu'une confusion de chairs, la carcasse échouée de quelque bête informel Ltait-ce un crâne, était-ce un ventre, cette tête phé-

P'RODVER 395 a noménale, enflée et blanchie? et ces pauvres mains tordues sur les linges, comme des pattes retractées d'oiseau tué par le froid! et le lit lui-même, cette

pâleur des draps, sous la pâleur des membres, tout ce blanc si triste, un évanouissement du ton, la fin

dernière! Puis, on distinguait les yeux clairs et fixes, on reconnaissait une tête d'enfant, le cas de

* | quelque maladie de la cervelle, d’une profonde ef __ affreuse pitié.

… Claude s'approcha, se recula, pour mneux voir. Le jour était si mauvais, que des reflets dansaient dans la toile, de partout. Son petit Jacques, comme on l'avait placé! sans doute par dédain, ou par honte plutôt, afin de se débarrasser de sa laideur lugubre. Lui, pourtant, l'évoquait, le retrouvait, là-bas, à la campagne, frais et rose, quand il se roulait dans l'herbe, puis rue de Douai, peu à peu pli et stupide, | puis rue Tourlaque, ne pouvant plus porter son front, mourant une nuit tout seul, pendant que sa

mère dormait; et il la revoyait, elle aussi, la mère, la __ triste femme, restée à la maison, pour y cure

sans doute, ainsi qu'elle pleurait maintenant les journées entières. N'importe, elle avait bien fait de ne pas venir : c'était trop triste, leur petit Jacques,

4 déjà froid dans son lit, jeté à l'écart en paria, si

brutalisé par la lumière, que le visage semblait rire d’un rire abominable.

Et Claude souffrait plus encore de l'abandon de son œuvre. Un étonnement, une déception, le faisait PPecRpRr 1e ee la foule, la poussée à laquelle il es de re ee moqueries, les quete, ce qui l’avait déchiré et fait vivre! Non, plus rien,

pas méme un crachat au passage : © était Ja mort,

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Dans la salle immense, le public défilait rapidement, pris d’un frisson d’ennui. Il n’y avait du monde que devant l’image de l'ouverture de la Chambre, où sans cesse un groupe se renouvelait, lisant la légende, se montrant les têtes des députés. Des rires ayant éclaté derrière lui, il se retourna; mais on ne se moquait point, on s’égayait simplement des moines en goguette, le succès comique du Salon, 5 que des messieurs expliquaient à des dames, en déclarant ça étourdissant d'esprit. Et tous ces gens passaient sous le petit Jacques, et pas un ne levait la tête, pas un ne savait même qu'il fût là-haut!

Le peintre, cependant, eut un espoir. Sur le pouf central, deux personnages, un gros et un mince, décorés tous les deux, causaient, renversés contre le. dossier de velours, regardant les tableaux, en face. Il s’approcha, il les écouta.

— Et je les ai suivis, disait le gros. Ils ont pris ER rue Saint-Honoré, la rue Saint-Roch, la rue dela Chaussée-d’Antin, la rue La Fayette. Fe

— Enfin, vous leur avez parlé? demanda le Re ; d’un air de ROUE intérêt. |

— Non, j'ai eu peur de me mettre en colère:

Claude s’en alla, revint à trois reprises, le cœur. 2 battant, chaque fois qu’un rare visiteur stationnait et promenait un lent regard de la cimaise au plafond. = Un besoin maladif l'enrageait d'entendre une parole, une seule. Pourquoi exposer? comment savoir? tout, plutôt que cette torture du silence ! Et il étouffa, lorsqu'il vit s'approcher un jeune ménage, l’homme “4 gentil avec de petites moustaches blondes, la femme ravissante, l'allure délicate et fluette d’une bergère … $ en Saxe. Elle avait apercu le tableau, elle en demandait le sujet, stupéfiée de n’y rien comprendre; et, ve

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quand son mari, feuilletant le catalogue, eut trouvé le titre : l’£nfant mort, elle l’entraîna, frissonnante, avec ce cri d'effroi :

— Oh! l'horreur ! est-ce que la police dévrait permettre une horreur pareille!

Alors, Claude demeura là, debout, inconscient et hanté, les yeux cloués en l’air, au milieu du troupeau . continu de la foule qui galopait, indifférente, sans un regard à cette chose unique et sacrée, visible pour lui seul; et ce fut là, dans ces coudoiements, que Sandoz finit par le reconnaître.

Flânant en garçon, lui aussi, sa femme étant restée près de sa mère souffrante, Sandoz venait de s’ar- rêter, le cœur fendu, en bas de la petite toile, ren- contrée par hasard. Ah! quel dégoût de cette mi- sérable vie! Il revécut brusquement leur jeunesse, le collège de Plassans, les longues escapades au bord de la Viorne, les courses libres sous le brû- Jant soleil, toute cette flambée de leurs ambitions naissantes; et, plus tard, dans leur existence com- ° mune, il se rappelait leurs efforts, leurs certitudes de gloire, la belle fringale, d’appétit démesuré, qui parlait d’avaler Paris d’un coup. A cette époque, que __ de fois il avait vu en Claude le grand homme, celui dont le génie débridé devait laisser en arrière, très

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loin, le talent des autres! C'était d’abord l'atelier de

l'impasse des Bourdonnais, plus tard l'atelier du quai = de Bourbon, des toiles immenses rèvées, des projets __ à faire éclater le Louvre ; c'était une lutte incessante, un travail de dix heures par jour, un don entier de son être. Et puis, quoi? après vingt années de cette passion, aboutir à ça, à cette pauvre chose si- nistre, toute petite, inaperçue, d’une navrante mélan- coliedans sonisolement de pestiférée ! Tant d’espoirs,

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