II. Historique du mouvement pacifiste
La première Société de la Paix a été créée dans les Etats-Unis d’Amérique, à Boston, vers 1810, grâce à l’initiative du Dr. W. Ellery Channing et du Dr. Noah Worcester. En août 1815, une Société de la Paix fut fondée à New-York. D’autres se constituèrent: à la fin de la même année dans l’Ohio, en janvier 1816 à Boston, en 1817 dans le Rhode-Island and Maine, en 1828 dans la Caroline du Sud, et toutes ensemble constituèrent V American Peace Society.
Une Société s’était aussi formée à Philadelphie en 1816; elle est devenue la souche de V Universal Peace Union.
A la suite des guerres de Napoléon Ier et en présence des misères qui en résultaient, une Association pacifique internationale se créa en 1816 à Londres sous le nom de Peace Society. Elle est encore une des plus actives et compte un grand nombre de Sociétés affiliées.
Aussitôt après la constitution de la «Peace Society" de Londres, M. J.-T. Price, qui en avait été l’un des principaux fondateurs, se rendit en France, où se forma, en 1821, la Société de morale chrétienne, dans le but d’appliquer les préceptes du christianisme aux relations entre les peuples. Elle vécut plus d’un quart de siècle et créa quelques succursales sur divers points de l’Europe.
Une Société de la Paix devint célèbre vers 1830 à Genève sous la présidence du comte de Sellon.
Les amis de la Paix, dans la Grande-Bretagne surtout, organisèrent en 1843 un Congrès, qui se tint à Londres sous la présidence de M. Charles Hindley, membre du Parlement. Ce Congres résolut d’envoyer à tous les gouvernements des pays civilisés une adresse les priant d’introduire dans leurs traités une clause par laquelle ils se seraient engagés à soumettre tous leurs différends à la médiation d’une ou plusieurs puissances amies.
Pendant ce temps, soit en 1885, une nouvelle Société de la Paix s’était créée dans les Etats-Unis d’Amérique: la «Connecticut Peace Society", qui compte un nombre assez considérable de sections. Un simple forgeron américain, Elihu Burrit, grand par le cœur et par le don de persuasion, fit, en 1848, un voyage en Europe, où il prêcha l’évangile de la paix et remua l’opinion publique, particulièrement en Angleterre, par là chaleur de ses discours. Il fut, avec Henry Richard, le promoteur du second Congrès de la Paix, qui eut lieu à Bruxelles du 20 au 22 septembre 1848, sous la présidence de M. Visschers et sous les auspices des Sociétés anglaises et américaines de la Paix.
L’année suivante (1849) on se réunit à Paris, dans la salle Ste-Cécile, le 22 août, sous la présidence de Victor Hugo. Le vice-président était l’illustre Cobden. Ce Congrès dura trois jours.
En 1850, un quatrième Congrès général eut lieu à Franefort-sur-Main, et un cinquième se tint à Londres en 1851 ; puis ces réunions internationales cessèrent, tandis que les Sociétés de la Paix dans les deux mondes continuaient leur œuvre chacune de son côté, entretenant ainsi le feu sacré qui doit un jour éclairer l’humanité délivrée du cauchemar des guerres.
Seize ans plus tard, en 1867, M. Frédéric Passy fonda à Paris une Ligue internationale de la Paix, qui prit ensuite la dénomination de «Société française d’arbitrage entre nations".
Le 9 septembre de la même année (1867) une nouvelle série de Congrès de la Paix s’ouvrit à Genève sous la présidence d’honneur du général Garibaldi. Ce Congrès décida la création d’une Ligue de la Paix et de la Liberté, dont l’organe fut le
journal „Les Etats-Unis d’ Europe11. Une fois constituée, la Ligue eut chaque année un Congrès ou réunion générale de ses membres, dispersés dans les divers Etats de l’Europe.
Ces réunions annuelles ont revêtu pendant un quart de siècle un caractère international, parce que la Ligue comptait des membres importants en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Danemark, en Angleterre, et qu’on y discutait des questions générales se rattachant à l’œuvre de la paix plutôt qu’aux affaires intérieures d’une Société. Cependant elles n’avaient pas le caractère de Congrès universels.
La même observation peut s’appliquer à une Conférence internationale tenue à Bruxelles en octobre 1882, par les soins de V International Arbitration and Peace Association, de Londres.
En septembre 1878, pendant l’Exposition universelle, un Congrès international de la Paix eut lieu à Paris. L’initiative en avait été prise par la Peace Society de Londres, la Société française des amis de la Paix, la Ligue internationale de la Paix et de la Liberté, V Universal Peace Union de Philadelphie et la Ligue néerlandaise de la Paix, auxquelles s’étaient jointes la Lega cosmica umanitaria, de Rome, et la Lega italiana di libertà, fratellanza e pace, de Milan.
Nous mentionnons encore ici un Congrès plutôt italien qu’international, tenu à Rome du 12 au 16 mai 1889, sous la présidence de M. Ruggero Bonghi, dans le but de créer un lien plus intime entre les Sociétés italiennes de la Paix et de l’Arbitrage.
Quant aux Sociétés de la Paix, il s’en est créé successivement dans presque tous les pays, de telle sorte qu’on en compte aujourd’hui 129, réparties dans 20 Etats avec 520 sections. Plusieurs d’entre elles portent le titre d’„internationales“, parce qu’elles comptent des membres ou des sections dans divers pays, mais il n’existe pas de Ligue universelle de la Paix embrassant tous les groupes pacifistes avec des règlements et un programme identiques. Chaque Société est autonome et possède ses statuts, ses moyens de propagande, ses sections au dehors ou dans le pays même. Elles sont néanmoins toutes unies par leur programme général et par leurs Congrès universels, qui ont lieu toutes les années, avec le Bureau international de la Paix, à Berne, comme organe central de préparation et d’exécution.