CHAPITRE V
L’ «ARBEITSSCHULE »
L'énergie de la volonté, la netteté du jugement, la finesse de la sensibilité, la profondeur du sentiment et de la pensée constituent de simples forces, auxquelles il manque la direction. Comment orienter ces forces vers l’altruisme, vers le dévouement à la collectivité nationale? En transformant, répond le DT Kerschensteiner, la Buchschule (école de livre) en une Arbertsschule (école de travail), qui soit comme une image réduite de la société.
L’Arbeitsschule s’eflorcera de former des citoyens résolus à faire tout leur possible pour que la « collectivité nationale » devienne une « collectivité morale ». C’est là, sans nul doute, une tâche difficile : on ne peut la réaliser d’un seul coup. La préparation des élèves à ce devoir éminent du bon citoyen comporte trois étapes :
19 Enseigner une profession ;
20 Montrer que cette profession n’est qu’un rouage de l’organisation sociale et ne doit pas être exercée avec des vues égoistes ;
3 Développer chez l’élève — notamment au moyen du cours d'instruction civique — le désir de travailler, par sa profession, à ce que l’état s’achemine de plus en plus vers l'idéal de la collectivité morale,
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$ I. Première étape.
Si l’école veut exercer une influence vraiment efficace, elle doit s’appuyer sur deux tendances fondamentales de l'être humain : l’égoïsme et l’altruisme. L’instruction professionnelle repose sur l'intérêt même de ceux qui la reçoivent; voilà pourquoi elle doit former la base de l’éducation civique. Avec ce point de départ on pourra faire éclore le germe d’altruisme qui se trouve chez tous les hommes, si l’on sait organiser le travail d’une façon appropriée (voir plus loin, au $ IT).
Toute société humaine a besoin d’un plus grand nombre
de travailleurs manuels que de travailleurs intellectuels. Du reste, la plupart des hommes ont plus d’aptitudes pour les occupations manuelles que pour les occupations intellectuelles. Celles-ci se sont développées au cours de la civilisation, en prenant dans les premières leur point de départ, et l’on peut affirmer que le métier manuel est le fondement de tout art et de toute science authentiques. Donc, l’école primaire, qui donne l’enseignement préparatoire à toutes les professions, est mal organisée, si elle ne possède pas les installations nécessaires pour développer les capacités manuelles de l’élève. D’autant plus que ces dernières prévalent de beaucoup sur les premières chez les enfants de 3 à 14 ans.
* Les travaux manuels ne doivent être exclus que des écoles supérieures qui préparent à des professions où ils ne sont pas nécessaires. Partout ailleurs, le D' Kerschensteiner estime qu’il faut les enseigner avec soin. Toute école primaire doit avoir des locaux destinés aux exercices pratiques : ateliers, laboratoires, cuisines, ou bien un jardin, s’il s’agit d’une école rurale.
Depuis plus de cent ans, un grand nombre d’écoles de
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filles bavaroises ont introduit les travaux pratiques dans leur enseignement et personne ne songe à s’en étonner; pourquoi ne pas agir d’une manière analogue dans les écoles de garçons? Il est vrai qu’on pourrait faire l’objection suivante : broder, coudre, raccommoder le linge sont des oceupations communes à presque toutes les jeunes filles, tandis que tous les jeunes gens ne choisissent pas le même métier. — C’est juste, répond le Dr Kerschensteiner. Mais, conclure de là qu’il ne faut pas de travaux manuels dans une école primaire serait aussi illogique que de soutenir qu’il convient de ne donner aux hommes aucune nourriture parce qu’ils ne peuvent pas tous supporter la même.
Comment organiser les travaux manuels à l’école primaire? Va-t-on installer à grands frais de vastes ateliers pour les métiers principaux ? Non, répond le Dr Kerschensteiner, car l’éducation préparatoire au métier manuel ne consiste pas à apprendre à connaître le processus du travail, les outils, les machines et les matériaux d’un métier déterminé, pas plus que l’instruction préparatoire à une profession intellectuelle ne consiste à donner les connaissances nécessaires pour cette profession. Dans les deux cas, il s’agit de former les organes appropriés, il s’agit de s’habituer aux bonnes méthodes, au travail soigné et bien fini. « Celui qui, dans n’importe quelle occupation systématique (le travail du bois, par exemple) a acquis ces qualités, celui-là les possède vraiment et les appliquera à tout travail que sa future profession lui apportera, exactement de même que celui qui, en latin ou mathématiques, a développé sa capacité de pensée logique, sa conscience et son amour de la vérité, les possède vraiment et les appliquera, si, plus tard, au lieu d’être un philologue, un mathématicien ou un savant, 1l devient un juriste, un historien ou un philosophe (1).»
(1) KERSCHENSTEINER. Begrif} der Arbeütsschule, pages 23 et 24,
Toutefois, si l’on connaissait en temps opportun le métier qui convient aux aptitudes et aux goûts des enfants, si ces derniers ne faisaient pas leur choix au hasard des circonstances, le mieux serait de les grouper suivant leur future profession; on les acheminerait alors vers leur métier à venir par une sorte, de préapprentissage, mais sans transformer l’école primaire en une école professionnelle. Et, si les professions choisies coïncidaient avec celles de parents, l’école ne serait pas une sorte de corps étranger dans la vie de l’enfant; elle deviendrait, entre les mains de l’État, un excellent moyen pour introduire dans le travail que l’élève accomplirait journellement chez lui une noblesse et un élément intellectuel nouveaux. « Le maître pourrait alors, comme le pense Pestalozzi dans son Chant du Cygne, tisser son œuvre auxiliaire dans le travail du père, comme un artisan tisse ses fleurs dans une étofte. » (1)
Mais ces circonstances n’existent pas à notre époque, sauf peut-être dans quelques localités rurales : dans la plupart des cas, l’école primaire doit renoncer à cette concentration des efforts.
Les écoles de perfectionnement sont dans des circonstances différentes et plus favorables. Ce sont elles qui doivent préparer directement à l’exercice d’une profession. Ce sont elles qui fournissent une base vraiment solide à l’instruction civique, pour deux raisons : d’abord elles s'adressent à la masse populaire et ont ainsi une portée nationale; puis, en instruisant les élèves dans leur futur métier, elles fournissent à l'éducation un point d’appui solide pour faire naître en eux les sentiments altruistes, comme nous allons le voir au paragraphe suivant.
(1) Pesratozzr cité par KERSGHENSTEINER : Begriff dèr Arbetsschule, page 26.
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