‹ L'œuvre Scolaire Du Dr Kerschensteiner A MunichChapitre 18 sur 38 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

Nous arrivons enfin à l’œuvre capitale du Dr Kerschensteiner : la réorganisation des cours d’adultes, la transformation des cours de perfectionnement généraux en cours professionnels orientés suivant les principes de l’« Arbeïtsschule ».

Mais, avant d’étudier cette œuvre en détail, il ne sera pas inutile de dire quelques mots sur l’histoire des écoles de perfectionnement en Bavière. Ces indications sommaires montreront l’étendue du chemin parcouru, la supériorité des méthodes nouvelles et la valeur sociale éminente d’un homme énergique, lorsqu'il s’est pénétré d’une idée juste et qu’il veut la faire triompher malgré tous les obstacles, parfois même à cause de ces obstacles.

Les cours du dimanche existaient à Munich vers la fin du xvirie siècle; mais ils étaient réservés aux Jeunes gens et leur fréquentation était purement facultative. Aussi les élèves ne furent-ils pas aussi nombreux qu’on lPavait espéré.

L’ordonnance de 1803 essaya de compléter cette organisation reconnue insuffisante : elle rendit les cours du dimanche obligatoires à tous les apprentis et «compagnons » au dessous de 18 ans et en imposa la création dans toute la Bavière. Elle établit des cours analogues pour les jeunes filles, mais en leur laissant un caractère facultatif,

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Cette modificauon acerut sensiblement le nombre des élèves, mais non pas la qualité : les apprentis, heureux d’avoir quitté l’école primaire, ne tenaient nullement à réviser les matières qu’ils y avaient apprises et suivaient les leçons avec une indolence qui rendait inutiles les efforts de l’instituteur.

En 1836, on essaya de porter remède à cet échec, en instituant un premier et timide essai d'enseignement professionnel. Les ouvriers suivirent le dimanche des cours de dessin créés pour eux seuls : on laissa les apprentis à leurs cours d’enseignement général. Mais cette amélioration était insuffisante encore et, 20 ans plus tard, on abaissa à 16 ans le terme de l’obligation.

En 1864, l’enseignement post-scolaire fut réorganisé sur des bases plus fermes. L’ordonnance royale du 14 mai créa des cours d’enseignement général obligatoires jusqu’à 16 ans même pour les jeunes filles, porta à huit le nombre hebdomadaire des heures de classe et les répartit sur deux après-midi par semaine. Les matières enseignées étaient la religion, la correspondance commerciale, le calcul et le dessin. Ce dernier était facultatif pour les élèves dont la profes: sion n’en rendait pas la connaissance nécessaire.

Des écoles de perfectionnement industriel furent créées par la même ordonnance; elles étaient destinées à donner un complément d'instruction professionnelle aux apprentis trop peu fortunés pour fréquenter une « Gewerbeschule » (école d'industrie). Le plus souvent, elles furent annexées aux « Gewerbeschulen», puis, plus tard, aux « Realschulen », que l’ordonnance du 29 avril 1877 substitua aux premières.

Les écoles de perfectionnement industriel comprenaient une division élémentaire et plusieurs divisions professionnelles. La première servait à réviser et approfondir les matières enseignées à l’école primaire. Dans les divisions professionnelles, les élèves apprenaient le dessin dans ses diffé-

rentes branches, le modelage, arithmétique et la comptabilité industrielles, la géométrie, l’histoire naturelle, la chimie et les marchandises.

Les travaux pratiques n’existaient pas, sauf de rares exceptions.

Malgré cette distinction entre la division élémentaire et les divisions professionnelles, l’ordonnance voulait que dans toutes les divisions on dirigeât l’enseignement vers le futur métier des élèves; elle recommandait aux maîtres de se tenir en étroit rapport avec l’industrie et de visiter fréquemment des ateliers et des usines.

Les cours étaient donnés le dimanche, les jours de fête et deux soirs par semaine.

En théorie, la fréquentation de ces écoles était facultative. Mais l’article 58, deuxième alinéa, du Règlement de police (Polizeistrafgesetzbuch) du 21 décembre 1871 autorisa les villes à les rendre obligatoires à la place des cours généraux du dimanche, qui n’avaient pourtant pas été supprimés. En outre, le $ 120 du Code industriel de l’empire (Gewerbeordnung für das deutsche Reich) permet aux règlements locaux de décider l’obligation pour tous les jeunes gens au-dessous de 18 ans. En pratique, l’obligation devint de plus en plus fréquente.

L’ordonnance de 1864 eut une réelle efficacité : tandis que 22.000 élèves fréquentaient les écoles de perfectionnement en 1880, le nombre était porté à 58.327 en 1909. La basse Franconie et la haute Bavière arrivaient en tête avec 11.500 et 15.400 élèves.

La même ordonnance est encore aujourd’hui en vigueur. Mais les règles qu’elle fixe ne donnent que des principes généraux, qu’on doit adapter le plus exactement possible aux circonstances locales. Aussi y eut-il des différences considérables entre les diverses écoles créées.

Pour arriver à plus d’unité et à l'emploi de plus en plus général d’une méthode vraiment efficace, le décret rendu

nt, rate par le ministre de l’Instruction publique le 28 février 1899 préconisait, sans l’imposer, application des règles suivantes.

19 On devait rendre l’enseignement professionnel obligatoire et ne donner les cours que pendant la journée, pour que la fatigue n’empêchât pas les apprentis d’être vraiment attentifs.

20 L’instruction gagnerait en profondeur, si l’on augmentait les heures d’enseignement et si l’on-groupait les élèves par professions; les jeunes gens, stimulés par la pensée qu’ils effectuent un travail utile, apporteraient à leur tâche une ardeur plus soutenue.

30 Les écoles de perfectionnement industriel et les écoles professionnelles établies par les corporations devraient renoncer à leur isolement regrettable, pour se prêter un mutuel appui.

49 Enfin les professeurs étaient invités à faire de sérieux efforts pour apporter aux méthodes d’enseignement des améliorations toujours nouvelles.

Ce décret ne resta pas lettre morte. De divers côtés, on se mit au travail avec un zèle louable. L'enseignement professionnel devint obligatoire dans un nombre de localités de plus en plus grand. Quelques industriels, il est vrai, sont encore partisans de l’enseignement facultatif, car ils craignent une baisse dans le niveau des études. Mais ils forment une minorité sans grande influence; malgré leur opposition, on comptait, en 1909, 317 écoles obligatoires sur 363.

Deux obstacles s’opposaient à l’organisation des cours pendant la Journée : l'intérêt immédiat des employeurs et le fait que les instituteurs ne sont libres que le soir. Mais les patrons reconnaissent de plus en plus que leur véritable intérêt est d’avoir des ouvriers instruits ; aussi s’efforce-t-on de substituer toujours davantage les cours du jour aux cours du soir. Malheureusement, le second obstacle subsiste toujours et la réforme n’est possible que dans les localités où les écoles de perfectionnement sont assez importantes pour

na

que des professeurs spéciaux y consacrent tout leur temps.

L’augmentation du nombre des heures d’enseignement n’a guère été possible qu’à Munich; dans la plupart des autres villes, ce nombre est resté limité à six ou huit heures, à cause du manque d’argent et pour ne pas priver trop longtemps le patron du service de ses apprentis ou de ses ouvriers.

La division en groupes professionnels n’a pu s’effectuer

que dans les écoles nombreuses; mais on s’efforce de la réa-

liser partout où les circonstances le permettent, car presque tout le monde reconnait à présent que c’est le seul moyen d'arriver à des résultats sérieux.

On a assuré la collaboration de l’école et des industriels, en plaçant ces derniers dans les conseils d’administration des écoles de perfectionnement.

Enfin, pour inspirer aux professeurs tout le zèle désirable, on leur a alloué des traitements élevés. |

C’est le caractère libéral de l’ordonnance de 1864 et du décret de 1899, qui, en n’imposant pas une umiformité artificielle et stérile, a permis à la ville de Munich de donner à son enseignement post-scolaire l’organisation remarquable que nous allons décrire.

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