‹ L'œuvre Scolaire Du Dr Kerschensteiner A MunichChapitre 2 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE Dr KERSCHENSTEINER

Georg Kerschensteiner (1), né le 29 juillet 1854, est le fils d’un commerçant de Munich. La profession de son père et les exemples de vie active qu'il reçut dès sa plus tendre enfance ne sont sans doute pas étrangers au goût de l’action et à l’esprit positif qui, joints aux aspirations démocratiques, nous paraissent être les qualités essentielles du Directeur de l'Enseignement de la ville de Munich.

Chez lui, le goût de l’activité pratique se manifesta de bonne heure. Nous pouvons nous en rendre compte par une anecdote qu’il raconte lui-même dans l’un deses ouvrages (2). Le jeune Georg venait de terminer ses études à l’école primaire ; il avait 12 ans. Un ami et conseiller de son père, le Dr de Rampf, plus tard évêque de Passau, proposa de l’envoyer au petit séminaire de Metten-sur-le-Danube, pour qu’il devint ecclésiastique. « Combien de temps doit-on y passer?» demanda le jeune garçon. — « Douze ans. » L’impatient Georg ne voulut rien savoir de plus : attendre douze ans son entrée dans la vie active, c'était, croyait-il, au-dessus de ses forces.

(1) C’est le Dr Kerschensteiner lui-même qui nous a fourni la plupart des renseignements contenus dans ce chapitre. Il nous a aussi procuré très aimablement, par l'intermédiaire de son photographe (Franz Grainer, Munich), les vues que nous reproduisons dans ce volume. Nous tenons à lui exprimer ici notre vive reconnaissance.

(2) G. KERSCHENSTEINER. Grundfragen der Schulorganisation, page

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Un ami de son frère aîné, un grand négociant de Cologne, désirait vivement le prendre dans sa maison. Deux jours durant, il employa toute son éloquence à lui faire des propositions alléchantes. Mais Kerschensteiner demanda s’il lui faudrait rester assis tout le jour au bureau. — « Oui, les six ou huit premières années. » — « Alors, je refuse », répondit-il.

Il existait une profession plus rapidement accessible : celle d’instituteur. Elle n’exigeait que cinq années d’apprentissage après la sortie de l’écoleprimaire : c'était là ce qui lui convenait. Georg Kerschensteiner entra done à l’école normale (1). Il en sortit à l’âge de 17 ans. Pendant deux ans, il remplit les fonctions de maître auxiliaire; puis il quitta l’enseignement primaire, pour se consacrer aux études classiques. Il s'était rendu compte que l’action ne saurait être intelligente et féconde sans avoir pour base une instruction solide.

Il suivit les cours du gymnase jusqu’à 23 ans, jusqu’en 1877. A l’Université de Munich, il se dirigea vers l’étude des mathématiques et de la physique. L’enseignement littéraire ne lui était pas indifférent : dans l’un de ses livres, il parle avec un souvenir ému de l’impression profonde qu’il avait éprouvée, trente-cinq ans auparavant, à la lecture de l’Electre de Sophocle et du troisième livre des Annales de Tacite : ab excessu diet Augusti (2). Mais son esprit positif trouvait plus de satisfaction dans les études scientifiques.

IT obtint l'agrégation (Staatsexamen) de mathématiques et de physique en 1881 et fut promu en 1883 docteur en philosophie. La même année, il devint assistant au gymnase Melanchton de Nuremberg, après avoir été pendant huit

(1) Le mot « Lehrerseminar », que nous traduisons par « École normale d’instituteurs », désigne un établissement qui correspond à une école primaire supérieure et à une école normale réunies.

(2) G. KerscENSTBINER. Grundfragen der Schulorganisation, page 335,

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Ju neuf mois assistant à la Station météorologique centrale de Munich. Il resta à Nuremberg jusqu’en 1890, puis fut appelé à Schweinfurt. En 1893, il fut envoyé au gymnase Louis, à Munich.

Le DT Kerschensteiner avait trop le goût de l’action — de l’action fondée sur l’étude et la réflexion personnelle — pour se contenter de remplir strictement sa tâche d’éducateur. Il fit des recherches scientifiques patientes dans le domaine des mathématiques et de la physique. De 1887 à 1890, il publia, en collaboration avec le professeur Gordan, une œuvre de longue haleine, les Cours de Gordan sur la théorie des constantes (Gordans Vorlesungen über Invarianten-Theorie, 2 vol.).

A la même époque, sur la proposition du Club alpin austro-allemand, il entreprit de mesurer les glaciers Fernat, Hochjochferner, Gepatsch et Obersulzbachferner, près du Grossvenediger, et fit paraître le résultat de ses travaux.

Enfin, en 1895, il reçut le titre de Conseiller scolaire (Schulrat) et devint Directeur de l’Enseignement de la ville de Munich. Il aurait pu profiter de sa haute situation pour mener la vie tranquille d’un administrateur bureaucrate : il s’en servit, au contraire, pour donner un heureux et libre déploiement à son goût de l’action. Cette action, il la dirigea par la réflexion personnelle et des études constantes, il la vivifia par son amour du peuple et lui donna une orientation nettement démocratique.

A peine avait-il pris la direction de l’enseignement municipal, il commença à exprimer ses idées pédagogiques dans “un certain nombre de conférences et de volumes (1). Les plus importants de ces derniers, ceux qui présentent le plus de précision et permettent de systématiser suffisamment sa doctrine, ce sont les plus récents, car ils reposent, non pas sur de simples réflexions, mais sur des expériences vivantes.

(1) Voir l’annexe bibliographique, à la fin du volume,

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En effet, le Dr Kerschensteiner ne voulut pas se contenter d’être un théoricien de la pédagogie. Il se mit immédiatement à réorganiser l’enseignement municipal de Munich. Son but était de faire servir l’école — notamment l’école de perfectionnement, à cause de l’âge plus avancé des élèves — à l’éducation civique du peuple tout entier. TI voulait être utile à la fois à la collectivité nationale, en formant de bons citoyens capables d’abnégation, et à l'individu, en lui donnant une instruction professionnelle solide, qui lui permit de gravir les échelons de la hiérarchie sociale dans la mesure de son travail et de son intelligence.

Il entreprit de réorganiser les écoles primaires ellesmêmes, afin que leurs élèves fussent aussi bien préparés que possible à recevoir l’éducation civique et que l’école de perfectionnement eût son maximum d’efficacité.

L'action du Dr Kerschensteiner s’étendit à quelques autres établissements scolaires et toujours dans le sens des préoccupations sociales : aux deux Écoles supérieures de jeunes filles il annexa des Écoles ménagères (Frauenschulen); il réunit l’École de commerce de garçons (Knabenhandelsschule) à 1” « Oberrealschule » (1). Les autres institutions des degrés moyen et supérieur ne dépendent pas de la municipalité; il n’avait donc pas qualité pour s’en occuper. Cependant, il a pris une part active à la création récente de l’École des hautes études commerciales; il est à la tête de cet établissement en qualité de premier président du Conseil d'administration.

Au mois de décembre 1911, sur un pressant appel du parti libéral, le D' Kerschensteiner posa sa candidature au Reichstag; il fut élu en janvier 1912. II se rattache au parti populaire progressiste. Sans nul doute, il se servira de son

(1) Au cours de cet exposé, nous ne reviendrons pas sur les écoles ménagères, ni sur l’école de commerce, car elles diffèrent peu des autres établissements de même nature, nombreux en Allemagne,

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