L'ÉDUCATION CIVIQUE
Au printemps de l’année 1900, l’Académie royale des Sciences utiles d’Erfurt mit au concours le sujet suivant : « Comment élever la jeunesse masculine, depuis la sortie de l’école primaire jusqu’à l’entrée au régiment, de la manière la plus profitable à la société? »
Le Dr Kerschensteiner, depuis cinq ans Directeur de ’'Enseignement de la ville de Munich, avait déjà longuement réfléchi à ce problème. Peu de temps avant la publication de ce sujet de concours, il avait élaboré un nouveau plan d'organisation de l’enseignement post-scolaire de Munich. En avril 1900, les deux collèges municipaux avaient donné à ses projets une approbation unanime. Le DT Kerschensteiner exposa les idées qui l'avaient conduit à proposer cette organisation dans un mémoire qui remporta le prix de l’Académie d’Erfurt. Il publia ce mémoire sous le titre d'Education civique de la jeunesse allemande (Staatsbürgerliche Erzichung der deutschen Jugend). Quelques années plus tard, il précisa sa pensée dans un petit volume: La Notion de l'éducation civique (Der Begriff der staatsbürgerlichen Erziehung).
L’auteur attire l'attention sur un point fort important et qui avait été jusqu'alors très négligé dans les écoles allemandes de tout ordre : l’éducation civique, indispensable pour former un bon citoyen. Il insiste sur la nécessité de
mettre cette éducation au centre même de l’enseignement, dans toutes les institutions scolaires, et en particulier dans les écoles de perfectionnement.
Les progrès de l’enseignement au xix siècle — le Dr Kerschensteiner le reconnait — sont, certes, tout. à fait remarquables : les écoles de perfectionnement se sont multipliées grâce aux efforts des États, des communes, des COrporations, des chambres de commerce et d’associations de toutes natures. Mais le défaut commun à tous ces établissements est l’absence d’une orientation sociale. Le but poursuivi est toujours l’éducation intellectuelle, artistique ou économique. C’est ce dernier motif qui a déterminé la fondation des écoles professionnelles et des écoles de perfectionnement les plus importantes. On ne saurait s’en étonner, il est vrai, quand on connaît le développement colossal acquis par l'industrie allemande au cours du xix® siècle. Mais l’éducation économique est manifestement insuffisante; c’est une arme à deux tranchants:les connaissances nouvelles peuvent, malgré leur utilité économique, ou plutôt à raison de cette utilité même, servir à des fins égoiïstes, aussi bien qu’à des fins altruistes — et c’est aux premières qu’elles serviront si l’on ne cherche pas à développer le sentiment de la solidarité sociale.
Sans doute, l’instruction civique figure aux programmes des écoles de perfectionnement. Mais c’est là une simple matière d’enseignement placée à côté d’un certain nombre d’autres. [Il faut donner, non pas à l'instruction, mais à l'éducation civique, un rôle bien plus important : 1l faut qu’elle serve d'orientation, d’atmosphère vivifiante à l’enseignement tout entier.
Bien des gens ne comprennent pas cette nécessité : les uns, figés dans leur égoïsme, ne poursuivent que leur culture personnelle; d’autres ont peur qu’une instruction trop développée n’efface la distance qu’ils entendent maintenir entre le peuple et eux; enfin, il est des natures imaginatives,