‹ L'œuvre Scolaire Du Dr Kerschensteiner A MunichChapitre 20 sur 38 · ER ES · texte numérisé non relu

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Aussitôt, l’on se mit à l'œuvre. Peu à peu la transformation s’opéra jusqu’à son achèvement; chaque réforme nouvelle s’appuya sur les expériences du stade précédent.

Certes, l’œuvre ne s’aecomplit pas sans luttes ni soucis de toutes sortes; mais elle fut menée à bonne fin : en 1906, on put ouvrir la dernière des 52 écoles professionnelles. C’est l’année suivante qu’on créa dans toutes les écoles primaires de garçons la huitième classe obligatoire (1) avec enseignement des travaux manuels, dont nous avons déjà parlé. Cette dernière réforme donna à l’école de perfectionnement sa complète efficacité éducative : les garçons qui ont accompli leur quatorzième année ou terminé leurs études de huitième ont une maturité d’esprit suffisante pour suivre avec profit les cours de l’école de perfectionnement. x

Toutes les précautions furent prises pour que l’enseignement fût en étroit rapport avec les besoins économiques de la région : à mesure qu’on créait une section professionnelle nouvelle, le plan d’études était dressé par la corporation intéressée. Puis, en 1909, deux ans après l’arhèvement de l’œuvre entreprise, on procéda à une révision complète des programmes d’enseignement : le conseil des professeurs tint quarante-six séances, en présence de M. Ignaz Schmid, inspecteur des écoles municipales; les programmes ainsi discutés furent examinés encore une fois dans quarantesix réunions nouvelles présidées par le Dr Kerschensteiner et réservées aux patrons et ouvriers représentant chaque profession; M. Schmid et les directeurs des écoles professionnelles y assistaient. Avec une telle prudence et une vue aussi nette des conditions pratiques de réussite un échec était presque impossible.

Dans sa tâche si ardue, le directeur de l’enseignement

(1) Cette classe existe dans quelques autres grandes villes de l’Allemagne, mais à titre facultatif.

eut des collaborateurs précieux : M. Schmid et les éducateurs qu’il mit à la tête des écoles firent preuve d’un dévouement remarquable et surtout imprimèrent à l’enseignement une orientation tout à fait conforme aux principes de la « Staatsbürgerliche Erziehung ».

Du côté des professionnels, même collaboration active, quoique beaucoup d’entre eux ne fussent nullement préoccupés par le problème de « l'éducation civique ». Dans les nombreuses réunions qui eurent lieu en 1909, jamais un patron ou un ouvrier n’éleva la voix contre la nouvelle organisation de l’école de perfectionnement. Bien au contraire, ils exprimèrent souvent leur satisfaction de ce que désormais, grâce à l’école, quiconque serait animé de bonne volonté pourrait devenir un ouvrier qualifié et un homme vraiment digne de ce nom. Cette approbation unanime des gens compétents mérite d’être signalée.

$ II. Données statistiques.

On compte actuellement 9.000 jeunes gens et 7.500 jeunes filles dans les écoles de perfectionnement obligatoires, 3.600 jeunes filles dans la huitième classe des écoles primaires et dans les écoles de perfectionnement facultatives.

Les 9.000 jeunes gens sont répartis en 52 écoles professionnelles, 12 écoles de perfectionnement général et une école d’arriérés. Les premières sont destinées aux apprentis : les autres sont exclusivement réservées aux 1.100 élèves qui n’exercent pas de métier déterminé : garçons de courses, journaliers, domestiques, ete. Les 7.500 jeunes filles soumises à l'obligation post-scolaire se répartissent en 40 écoles. Des 3.600 qui fréquentent l’école facultative, 4.200 sont dans la huitième classe d’une école primaire, 1.300 dans une section ménagère, 900 dans une section commerciale et 300 dans une section industrielle; la répartition se fait entre 21 écoles.

Fr&. 3. — Ecole des Charrons

Aux 52 écoles professionnelles obligatoires pour apprentis sont annexées des écoles professionnelles facultatives pour les ouvriers et patrons âgés de plus de dix-huit ans; elles sont suivies par 2.500 élèves. Chaque métier a son école spéciale, dès qu’il peut réunir 20 élèves.

Les dépenses annuelles se montent à 1.125.000 francs pour les écoles de perfectionnement destinées aux apprentis ou aux ouvriers : l'instruction de chaque élève revient donc à 100 francs, tandis qu’elle est de 116 dans les écoles primaires et de 250 dans les établissements secondaires. L'État et la ville se partagent les frais; il n’y a pas de rétribution scolaire.

Les écoles de perfectionnement pour jeunes filles sont entièrement à la charge de la ville; leur entretien coûte 500.000 francs par an.

$ IIT. /nstallation matérielle.

Les écoles professionnelles sont groupées dans sept bâtiments vastes et neufs, spécialement construits pour elles . l’un est réservé aux commerçants, un autre aux différentes industries de la peinture, un troisième aux métiers du bâtiment et aux arts industriels, un quatrième à la chaudronnerie, à la serrurerie, à la mécanique de précision, un cinquième à toutes les industries du bois et les deux autres à des professions très variées.

L’école de boucherie est annexée à l’abattoir municipal et l’école de jardinage possède son jardin particulier. Enfin six écoles professionnelles se trouvent encore dans des locaux d’écoles primaires.

$ IV. Administration et personnel enseignant.

Neuf directeurs (Direktoren) se partagent la direction générale des écoles professionnelles; un sous-directeur

(Abteilungsvorstand) se trouve à la tête de chacune d’elles. La plupart des écoles ont un Comité de patronage — composé de chefs de maisons — qui leur donne des secours financiers, propose les maîtres techniques, veille sur l’enseignement pratique, s’occupe des examens passés par les apprentis et contribue à augmenter l’intérêt qu’elles suscitent. Chaque école possède un Conseil (Schulbehôrde), qui comprend le sous-directeur, un membre du personnel administratif de la ville et trois patrons de la spécialité considérée. Ce conseil est surtout chargé de veiller à la fréquentation scolaire.

Le personnel enseignant se compose de 110 professeurs titulaires (Lehrer im Hauptamt) (1) et de 300 maîtres-adjoints (Lehrer im Nebenamt) (2).

L’autorité scolaire de Munich a très bien compris que les professeurs n’on pas, en général, une propension au dévouement supérieure à celle des autres hommes et que le meilleur moyen de stimuler leur zèle est de leur accorder des traitements suffisants. Les professeurs de première classe, c’està-dire ceux qui ont fait des études universitaires, gagnent de 5.250 à 11.325 francs; les professeurs de deuxième classe (sans diplômes universitaires) de 4.050 à 8.100, les chefs de travaux pratiques de 3.525 à 6.900 et Les professeurs femmes de 3.150 à 5.875. L’avancement se fait d’une façon régulière tous les 3 ans. Les directeurs ont le traitement des professeurs, augmenté d’une indemnité complémentaire de 1.500 francs soumise à la retenue pour la pension de retraite. Les maîtres-adjoints — instituteurs et praticiens — sont payés à l’heure.

(1) On appelle ainsi les maîtres qui ont fait des études complètes à l’Université ou dans une grande école.

(2) Professionnels ou instituteurs.

M POUL $ V. Enseignement.

Dès leur sortie de l’école primaire, les jeunes gens doivent fréquenter l’école de perfectionnement pendant toute la durée de leur apprentissage ou jusqu’à l’âge de dix-huit ans. L'obligation existe aussi pour les filles, mais pendant trois ans et à raison de trois heures par semaine seulement (1). ;

L’enseignement est de huit à dix heures par semaine. Sur six journées de travail l’apprenti en consacre une entière ou deux demies à l’école professionnelle. Parfois le patron ne lui retient pas cette journée sur le montant de son salaire; mais cet acte de bienveillance est loin d’être général.

Dans toutes les écoles professionnelles le programme des : études se divise en deux parties relativement distinctes :

19 Les matières d’enseignement général : religion, allemand (lecture, correspondance d’affaires), comptabilité et calcul, hygiène et instruction civique. On y consacre £ heures par semaine. Les professeurs s’efforcent (sauf pour la religion) d’adapter leurs cours aux besoins spéciaux de chaque profession.

20 Les matières d'enseignement technique : travaux pratiques, sciences de base, technologie, dessin (4 à 6 heures par semaine).

L’enseignement de la correspondance d’affaires et de la comptabilité n’offre rien de particulier.

La religion ne fait partie du programme des études que pour les jeunes gens de moins de seize ans. D'ailleurs, le Dr Kerschensteiner estime qu’elle est une affaire d'éducation familiale et, s’il l’a maintenue, c’est pour faire une concession au parti du centre catholique,

(1) Voir plus loin, page 110.

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