‹ L'œuvre Scolaire Du Dr Kerschensteiner A MunichChapitre 31 sur 38 · ÉCOLES DIVERSES · texte numérisé non relu

ÉCOLES DIVERSES

$ I. Cochers.

Les apprentis cochers vont à l’école de perfectionnement professionnel 7 heures par semaine pendant 3 ans. L’étude du cheval occupe la première place dans leur instruction technique : ils apprennent l’anatomie des différents organes, en particulier de ceux de la locomotion, la manière de reconnaître l’âge des chevaux et de distinguer les principales races, les soins à donner au cheval à l’écurie, les règles à suivre dans la rue pour conduire ou stationner, ete. Ce cours est complété par des visites d’écuries modèles, de maréchaleries et de carrosseries.

La première année, on consacre beaucoup de temps aux promenades : tout en parcourant les différents quartiers de la ville, le professeur en fait l’historique aux élèves; dès qu’on rencontre un monument public ou une curiosité, tout le monde s’arrête et le maître donne toutes les indications de nature à intéresser les touristes.

Les années suivantes, les leçons ont lieu à l’école même : les jeunes gens apprennent à connaître l’histoire, non seulement de certains quartiers ou de quelques monuments remarquables, mais encore de la ville tout entière; ils étudient le plan avec beaucoup de soin et s’exercent à en faire des esquisses partielles, s’habituent à se servir rapidement

des guides et des indicateurs de chemins de fer, tracent euxmêmes des projets de promenades circulaires en ville ou d’excursions à la campagne, en un mot ils deviennent des cochers éminemment capables de satisfaire leurs clients étrangers. Il est regrettable que cet enseignement si pratique ne soit pas complété par l’étude des langues vivantes : cette mesure serait utile à beaucoup de voyageurs et ne resterait pas sans influence sur les pourboires.

$ II. Fabricants de fournitures dentaires.

Les apprentis font 2 heures de dessin en première année et une heure en deuxième et troisième. Ils étudient surtout la structure interne et externe des dents, leur position sur les maxillaires, les formes des dents et des mâchoiïres anormales, les principaux appareils en métal, porcelaine et caoutchouc.

Lestravauxpratiquestiennent dans l’instruction des élèves une place prépondérante : 3 heures par semaine en première année, 4 heures en deuxième et 5 en troisième. Ils se font tantôt à la main, tantôt à la machine et s'étendent à toutes les spécialités du métier : réparations aux pièces de caoutchouc, estampage des plaques de métal, réparation des

pièces métalliques, réparation et fabrication des pinces de toutes sortes et des appareils prothétiques.

$ III. Musiciens.

Les musiciens consacrent 2 heures par semaine pendant 3 ans à l'étude de l'harmonie. En se familiarisant avec les lois essentielles de cette science, ils deviennent capables de saisir et d’apprécier les particularités et toute la structure d’un morceau. |

L'histoire de la musique (une heure en deuxième année,

Fi. 12. — Ecole des Cochers

2 heures en troisième) embrasse toutes les époques et les principaux pays qui ont cultivé cet art : la Palestine, l'Égypte, la Grèce, Rome, le moyen âge, l'Allemagne, la Provence, les Pays-Bas, l'Italie, l’époque de la Réformation, âge classique, les temps modernes et la période contemporaine. L'enseignement théorique est illustré par des auditions nombreuses et choisies avec soin parmi celles qui

peuvent le mieux révéler la physionomie exacte du compositeur.

$ IV. Secrétaires et copistes.

Les secrétaires et copistes vont à l’école de perfectionnement pendant 3 ans. Le programme de leurs cours contient les matières suivantes, enseignées à raison d’une heure ou deux par semaine : la religion, l’arithmétique, la comptabilité (avec le change), la correspondance, l’instruction civique et sociale, la législation, la calligraphie (pendant une année seulement), la sténographie et la dactylographie. Ces deux dernières sont facultatives.

Dans les classes d’arithmétique, le professeur se propose, non seulement d’instruire ses élèves, maïs encore d’avoir sur eux une influence éducative : il s’efforce de développer en eux l’esprit d'économie. Les calculs portent particulièrement sur les monnaies (allemandes ou étrangères), les poids, l’intérêt, l’escompte, les dépenses et les recettes mensuelles et annuelles d’un jeune homme, l’assurance en cas de maladie et d'invalidité, les retraites pour la vieillesse, lamortissement des dettes, etc. |

Les cours de comptabilité portent sur la comptabilité en partie simple, la comptabilité en partie double et la comptabilité financière.

L'enseignement de la correspondance est effectué avec largeur d’esprit : le professeur tait attention à l’écriture, au vocabulaire et à la syntaxe, aussi bien qu’aux idées expri-

mées. Quant au fond même de la lettre, il est emprunté le plus souvent à la législation.

L'enseignement des autres matières n’offre aucune particularité à signaler.

Ge $ V, Jardiniers, A

Du 45 novembre au 4 mars, les jardiniers apprennent la botanique et l’horticulture dans les salles de classe. Mais, pendant la belle saison, les études théoriques sont unies étroitement aux travaux pratiques dans les jardins scolaires. Tous les élèves y prennent une part effective; ils sont divisés en groupe de 15 au plus. Pour remédier à la spécialisation, si fréquente à Munich, ils s’initient à tous les travaux du jardin potager, du jardin d’agrément, du verger et du parc. Cet enseignement est donné à raison de 1 h. 1 /2 par semaine pendant 3 ans. Il est complété par des visites au Jardin botanique royal et par des excursions scientifiques aux landes de Garching et dans la vallée de l’Isar.

Le dessin occupe, lui aussi, 4 h. 1/2 par semaine. En première année, cet enseignement est uni à celui de la botanique : les jeunes gens doivent fixer la forme des différents types de plantes et reproduire leurs caractéristiques essentielles. Les deuxième et troisième années sont employées à établir des plans de jardins. Les professeurs ne sacrifient pas aux apparences et veulent arriver à des résultats effectifs : au lieu de donner à leurs élèves des modèles imprimés qui leur permettraient d'exécuter de beaux et inutiles dessins, ils les mènent dans des jardins modèles et leur font prendre des esquisses sur place. La mise au net, avec le tireligne et lencre de Chine, ne se fait que pour quelques esquisses, afin d'éviter une trop grande perte de temps.

$ VI. Droguistes.

L'instruction professionnelle des droguistes repose sur une base scientifique : l’étude de la botanique, de la physique et de la chimie. Ces sciences sont enseignées dans leurs éléments essentiels et dans ce qui présente une utilité réelle pour le métier de droguiste : par exemple, en physique on insiste sur les balances et les pesées, en chimie sur la préparation et les propriétés des produits de vente courante.

Au cours de droguerie, les élèves s’habituent surtout à nommer le produit qu’on place devant eux et à le décrire, d’après la vue, l’odeur ou le goût.

Les couleurs font l’objet d’un enseignement spécial.

Les jeunes gens apprennent les cinq déclinaisons latines et s’exercent à former eux-mêmes des mots latins pour désigner les produits médicinaux dont la vente est autorisée dans les drogueries. Ils étudient les diverses lois qui régissent leur profession. Enfin, les travaux pratiques (une heure tous les 15 jours en première année, 2 heures par semaine en deuxième et troisième), ils s’exercent aux diverses manipulations de leur métier : nettoyage des fioles, pesées exactes, pulvérisation, filtrage, dété*mination de la densité, mise en tube de crèmes diverses, préparation de la peinture, de l’éther et d’un certain nombre d’autres matières.

$ VIT. Commerçants.

Les apprentis commerçants suivent les cours de perfectionnement pendant trois années consécutives, à raison de huit heures par semaine, Et même, si leur instruction est

jugée insuffisante au moment de leur entrée, on les oblige à faire une année préparatoire.

Tous les élèves de cette section, à quelque spécialité qu'ils appartiennent, suivent les mêmes cours d’arithmétique, de comptabilité, d’écriture, de commerce, de géographie et de correspondance commerciale.

Ils se divisent, au contraire, en quatre groupes pour l’étude des marchandises :

1° Banque, transports, assurances, librairie ;

20 Denrées coloniales, produits agricoles, viandes et autres matières alimentaires ;

30 Textiles, confection, cuirs, peaux, fourrures;

4° Verre, faïence, porcelaine, articles de bijouterie et de luxe, papier et fournitures de bureau, objets en métal, matétiaux de construction, combustibles et autres produits du règne minéral.

La sténo-dactylographie et les langues vivantes sont des matières facultatives.

$ VIII. Les Écoles de filles.

L'école de perfectionnement obligatoire pour jeunes filles se borne à donner l'instruction et l'éducation ménagères. L'école facultative place aussi l’enseignement ménager au centre de ses préoccupations, mais le complète par quelques autres matières plus générales. Il nous suffira de décrire cette dernière qui, à partir du mois d’octobre 1914, existera seule et deviendra obligatoire (4).

L'école facultative comprend deux sections, dont {es tableaux ci-après font connaître l’emploi du temps :

(1) Le cycle des cours ne sera plus que de 2 ans, au lieu de 8.

A. Section ménagère.

a) Matières obligatoires : ire el.

LORS EE ne LL As ao il 20 Économie domestique et hygiène... 2 DAMON ANNE es deu de ie ge 2

49 Calcul et comptabilité domestique (commerciale en troisième année)... 1 DO PUCRICUUPÉ ee. eu. A RAIN »

ToTAUXx .... 6

b) Matières facultatives :

IPRÉTAVAUL Id Aile SEE NUE, 2 ROLL PARENTEMETR Re VAE LT 8 30 Anglais ..... ANR RSR RE EEE 3 LR APR NE EE LR TA RME M ACER 6

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TOC ONE PE ea LA 1 20 Allemand et correspondance com- CRAN ER te ne a 3 Calcul commereial #2. #02 2 30 Théorie du change et calculs sur le change eh ele een »

Comptabilité (avec calculs). ...... »

4° Sténographie....... A Et EU CEE »

H9Francais ou anglais... eue 5) AO d PAR 9

2e el. 3e el.

1 1 2 2 2 2 1 il » { 6 ÿ| = 4 D 2 » 2 6 6 13 14 1 1 3 5 1 »

Nous ne dirons rien de la section commerciale : elle n’offre

aucune particularité à signaler.

Dans la section A, l’enseignement essentiel et caractéristique est celui de l’économie domestique et hygiène. Son but est de développer chez les jeunes filles la capacité de bien diriger leur ménage, en ce qui concerne l’alimentation, le logement, l'habillement, le linge, l'hygiène et les soins à donner aux enfants et aux malades. Cet enseignement s'appuie sur l'instruction scientifique reçue dans les 7 classes normales de l’école primaire, ainsi que sur l’instruction à la fois théorique et pratique dont les élèves ont profité en huitième classe.

La maîtresse ne se contente pas de donner des explications didactiques : elle montre et décrit aux jeunes filles les instruments de travail et leur fait faire des expériences et des exercices pratiques sur l’objet de la leçon.

Le programme de l’économie domestique peut se résumer ainsi : ;

10 Alimentation. — Après avoir revu le tube digestif, déjà étudié à l’école primaire (septième), les élèves passent en revue les différentes matières alimentaires dérivées des règnes minéral (eau, glace, sel), animal (lait, œufs, viande, graisse) et végétal (fruits, céréales, pain, légumes, pommes de térre, champignons), les condiments (sucre, poivre, moutarde, ete.), les boissons (café, thé, chocolat, bière, vin, eau-de-vie). Dans cette étude, on insiste particulièrement sur la valeur nutritive et les conditions de conservation des produits comestibles. Les jeunes filles s’exercent aussi à mettre la table et prennent 6 à 8 leçons de cuisine, pour compléter celles qu’elles ont déjà reçues dans la huitième classe de l’école primaire.

20 Logement. — Les élèves s’initient aux différents modes d'éclairage et de chauffage; elles apprennent aussi à désinfecter les appartements, à assurer une aération suffisante, à aménager leur logement selon lesthétique et l'hygiène.

3° Habillement. — Les jeunes filles apprennent à distinguer les fourrures, les étoffes en toile, coton, soie, laine, à

connaître les propriétés physiques des différents tissus, ainsi qu’à nettoyer, laver et repasser les vêtements et le linge. L’enseignement de l’hygiène n’est pas donné à part; il se mêle aux trois précédents.

L’économie domestique est placée au cœur même de l’enseignement et forme comme un centre d’attraction; les autres matières obligatoires convergent vers elle ; ainsi c’est elle qui détermine le choix des sujets en composition allemande et en arithmétique.

Parmi les matières facultatives, les travaux d’aiguille, eux aussi, se rattachent à l’économie domestique. Ils revêtent un caractère essentiellement pratique : les jeunes filles apprennent à confectionner elles-mêmes le linge de table, les draps de lit, les costumes d’enfants et leurs propres vêtements; elles s’ingénient à utiliser les restes d’étoffe pour orner une robe, garnir un chapeau, raccommoder, etc.

En langues vivantes, prévaut la méthode de la lecture à haute voix suivie d'explications grammaticales.

L’enseignement du dessin industriel comprend le dessin d’après nature et d’après des modèles appartenant aux industries artistiques, puis l’établissement de projets décoratifs pour tapisseries, papiers peints, broderie, industries textiles, peinture sur porcelaine, etc.

$ IX. L'École d’arricrés.

Nous ne parlerons pas des douze écoles à enseignement général, car elles ne présentent rien de caractéristique; leur but est simplement de faire réviser et développer aux jeunes gens les matières qu’ils ont apprises à l’école primaire. Mais, avant de conclure, nous dirons quelques mots d’une autre école, dont la méthode est intéressante, originale et efficace. Il s’agit des cours fondés pour les arriérés sortis de la huitième classe de l’école primaire.

Pendant deux ans, les maîtres développent quelques matières d'enseignement général (religion, lecture, composition allemande, calcul) et surtout s’efforcent de rendre leurs élèves capables d’apprendre un métier et de s’adapter à la vie sociale. Les travaux pratiques forment la base de l’enseignement : les jeunes gens s’exercent à scier de différentes manières, à raboter, à mesurer avec exactitude et à faire quelques emballages faciles. On essaie de leur donner ainsi l’habileté manuelle, le goût du travail, l’attention et la persévérance qui leur seront indispensables dans l’exercice de leur métier.

Les arriérés reçoivent aussi une instruction sociale fort bien comprise et qui forme la partie vraiment originale de la méthode d’enseignement. Le point de départ est la ville même, qu’on leur fait connaître dans toutes les formes de son activité : on leur décrit l’arrondissement où se trouve l’école, les vieux quartiers et la ville moderne, l’organisation ecclésiastique et scolaire, les hôpitaux et les hospices, le commerce, l’administration municipale. Puis on leur fait parcourir la campagne environnante et on conduit leur attention en aval de l’Isar vers la plaine du Danube et en amont vers la grandiose chaine des Alpes. L’année suivante, le cercle s’agrandit : on leur montre la place de la Haute- Bavière en Bavière, de la Bavière en Allemagne, de l’Allemagne en Europe. On leur parle des principaux produits industriels et agricoles; on leur donne quelques notions de géographie générale et, comme M. Jourdain, ils apprennent à lire le calendrier. Ils acquièrent progressivement toutes les connaissances indispensables à une conduite raisonnable dans la vie privée et dans les relations sociales : l’hygiène de l'alimentation, les établissements scolaires et la nécessité de l'instruction, les cérémonies et les fêtes religieuses, le chauffage et l’éclairage de l’appartement, l’aspect de la rue, les contrats d’apprentissage, les lois sur la protection du travail, les assurances, les divers modes

de communication, ete., etc. L'emploi intelligent de cette méthode progressive produit tous les résultats qu’on peut espérer de jeunes gens arriérés : elle les amène à saisir le mécanisme de la vie sociale et à s’y insérer peu à peu. Suivant le but même que le Dr Kerschensteiner assigne aux

écoles de tout ordre, elle contribue à former des citoyens utilisables.

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