LES FONDEMENTS DU CARACTÈRE
Tout le monde veut avoir du caractère. Si l’on proposait de donner pour but à l’école l'éducation du caractère, dit le Dr Kerschensteiner (1), on recueillerait sans nul doute des applaudissements unanimes. Mais l’entente serait factice ; elle aurait une base bien fragile : l’absence de définition. Certes, nous savons bien, si nous nous plaçons au point de vue des actes visibles, ce qu’est un homme de caractère. Mais cette connaissance est insuffisante : il nous faut chercher quelles sont les forces psychiques et physiologiques qui se cachent derrière les actions, quel est l’ensemble des données psychiques indispensable pour qu’un caractère puisse y prendre son point d’appui et se développer.
« Si l’on examine de plus près la notion de caractère psycho-physique, l’ensemble des forces de l’âme se divise en deux parties distinctes, qui diffèrent aussi bien par leur origine que par leur manière de se comporter à l’égard de l’activité éducative.
» L’un de ces groupes de forces est formé par les sentiments, les instincts, les penchants, les impulsions, les émotions élémentaires, telles qu’elles se manifestent sans régularité à travers les plus hautes fonctions spirituelles conformément à la qualité du système nerveux, à son irritabilité
(1) G. KERSCHENSTEINER, Charakterbegriff und Charaktererziehung, page 1x,
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et à sa capacité de réaction générales, conformément aux bas instincts, à la constitution des organes de la vie végétative et de leurs fonctions, à l’état de l’assimilation, etc. Il ÿ a des philosophes qui voient la véritable expression du caractère humain dans ces données et ces processus purement physiologiques et dans les habitudes qui se développent en y prenant leur point de départ. Ce qui est fondamental dans le caractère, dit Th. Ribot dans une étude publiée par la Revue philosophique en 1892 et dont nous reparlerons, ce sont les instincts, les penchants, les impulsions et les sentiments. L'intelligence ne serait pas un élément fondamental. Les états de conscience de la vie représen-
tative ne formeraient qu’une seconde couche superposée. La
couche de base serait constituée par les états de sentiment et de désir. L’essence de tout animal (sic !) est l'appétit au sens de Spinoza, la volonté au sens de Schopenhauer, c’est-àdire le sentiment et l'action el non la pensée (Cf. passim Sur les diverses formes du caractère, page 489).
» On comprend bien ce que Ribot entend ici par caractère. Mais on s’égare en se servant de ce mot pour désigner cet ensemble de forces. Employé sans qualificatif, ce terme doit être réservé à l’idée d’une action faite avec esprit de suite, qu’il s’agisse d’action morale, immorale ou amorale. Or, il est clair que... ces forces ne sauraient imprimer à la manière d’agir une orientation durable. S'il en était autrement chez l’homme normal, le problème de l’éducation du caractère n’existerait pas... Aussi bien, il me paraît opportun de synthétiser dans un terme spécial Pensemble des. forces que j’ai mentionnées. J’appellerai cet ensemble le caractère biologique de l’homme. » (1)
En face du groupe des forces du caractère biologique, le D' Kerschensteiner en place un autre, celui qui permet de
(1) G. KerscnENsrEINER. Charakterbegriff und Charaktererziehung, pages 5 s.q.