SWIFT
de son temps, mais sur ceux qui l'avaient précédé. Evidemment Shakespeare aura son compte. Non seulement, il ne le distingue pas des auteurs de la Restauration, mais il lui reproche d'être aussi cru, aussi immoral, et cela en des termes dont rougirait FalstalT. Le libelle de Jeremy Collier n'atteignit que légèrement Shakespeare. 11 ne comptait plus. Sir William Temple oubliera de le citer dans son Essai sur le savoir des Anciens et des Modernes.
Cependant, un homme va paraître qui, sans s'en douter, travaillera pour Shakespeare en ce sens qu'il portera des coups solides aux écrivassiers de la cour de Charles II. Cet homme est Swift. Voici comment il y fut amené.
On se souvient de la querelle des Anciens et des Modernes soulevée en France en 1687. Perrault, en pleine Académie, avoue qu'il lui arrive de lire les Anciens sans plier les genoux. Boileau se lève furieux et sort en criant : « Une semblable lecture est une honte pour l'Académie! » Fontenelle plaide la cause de Perrault. Boileau réplique. Rumeur parmi la gent lettrée. Dix ans après la même scène se renouvellera en Angleterre. Sir William Temple ayant défendu les Anciens, comme Boileau, Wotton et Bentley prennent parti pour les Modernes, comme Perrault. Le Comte d'Orrery s'en mêle. La bataille est engagée. Swift, classique endurci, saisit l'opportunité de donner une leçon à
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ses contemporains et, pour ce faire, écrit un petit chef-d'œuvre : La Bataille des Livres {The Baille of the Boocks). Le pamphlet n'a jamais été traduit. Il nous intéresse parce qu'il venge indirectement Shakespeare de Charles II, de ses courtisans, de ses poètes, et qu'il eut un retentissement si grand, qu'à l'époque où Shakespeare renaîtra en Angleterre, on y puisera des arguments pour le réhabiliter. Nous ne publions qu'un extrait.