‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 18 sur 92 · POPE · texte numérisé non relu

POPE

lord Oxford ou chez lady Montagu, suppliera lord Orrey pour un écrin dont i^a envie, et sacrifiera tout son pseudo-stoïcis^ïle à une caresse du Prince de Galles.) Dans son Essai, il regrette encore l'Age où les poètes se survivaient pendant mille ans, vante aux censeurs la vérité, la sincérité et la modestie. « Mais où trouver l'homme qui, sachant donner des conseils, ne s'en enorgueillit pas?»

A coup sûr, cet homme ne sera point Pope. Quelques années ont suffi pour le transformer, au point qu'il démentira chaque passage de son Essai, et cela avec une désinvolture édifiante. Après avoir vanté Shakespeare, il consentira bien à lui reconnaître quelques beautés, mais des beautés discutables. Shakespeare met le peuple en scène uniquement pour flatter le peuple. Il ne possède d'ailleurs aucune instruction, et, pour le prouver. Pope ira lui chercher noise à propos d'indications scéniques : Actus tertia. Exil omnes, feignant d'oublier qu'elles furent écrites par des régisseurs. Il poussera la malice jusqu'à inventer un Enter three witches qui n'a jamais existé ni dans l'édition in-quarto, ni dans l'édition in-folio.

Dans ces conditions, comment Pope conçut-il l'idée de publier la sixième édition de l'in-folio de 1623? Les commentateurs se sont souvent interrogés à ce propos. Nous hésitions devant le problème, nous tenons la clef du mystère.

Il existait à cette époque deux libraires concur-

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rents : Tonson, qui venait de reéditer Milton, et Bernard Lintot dont Knight parle dans son livre : Shadows of the old Booksellers. Désireux de publier l'œuvre de Shakespeare, Tonson s'adressa à Pope qui consentit à donner son nom à l'édition, pourvu qu'à l'avenir Tonson récupcriit plus largement ses travaux. La lettre existe dans ses papiers manuscrits déposés au Brilish Muséum. Ainsi donc, plus d'erreur. Pope n'a pas cédé à l'admiration, seulement à l'intérêt.

Il suffit de lire sa préface pour s'en convaincre. (( Mon dessein, dit-il, dès le début, n'est pas de critiquer Shakespeare, bien qu'une critique sérieuse de ses œuvres serait une belle occasion de former le jugement et le goiit de notre nation ». C'est le même ton depuis le commencement jusqu'à la fin. Pas un compliment qui ne soit attiédi par une observation désagréable. Est-il obligé de simuler l'enthousiasme? il le corrige aussitôt par des' réflexions de ce genre : « 11 faut avouer que la poésie dramatique, plus que toute autre, a pour principal but de plaire à la populace et que son succès^ immédiat dépend du commun suffrage. Il n'y donc pas lieu de s'étonner si Shakespeare qui, ei écrivant, n'avait d'autre but que de se procurei une subsistance (1), encouragea le genre qui préva-^

(1) Pope vivait à une époque ou les écrivains étaient payés. Grâce à ses traductions et aux diverses places par lui sollici-1 tees, il se trouva riche à trente-cinq ans. De là son mépris] pour les écrivains condamnes à gagner leur vie.

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