COMMENT GARRICK A POPULARISÉ SHAKESPEARE
saM> (loiito de Tobscurité pour le remettre en lumière, puisque, dans les premières années du dix-liuitièmo siècle, il avait paru treize éditions de ses œuvres; mais, par l'interprétation hardie et puissante de ses principales pièces, il contribua plus que personne à en faire admirer les innombrables beautés. Nous avons vu, par l'exemple de Talma et <le Rachel, tout ce que peut faire un grand acteur pour la gloire des poètes dont il joue les drames. Il arrive même souvent que, je ne dirai pas l'estime des esprits cultivés pour un auteur dramatique, mais le degré de popularité de ses productions, dépond do la manière dont elles sont rendues au théâtre. Que de gens qui ne liraient pas une comédie ou une tragédie vont l'entendre représenter si un comédien de premier ordre y paraît! Notre tragédie classique ne se soutient sur la scène que par le mérite des acteurs. Garrick augmenta donc, dans une certaine mesure, le nombre de ceux qui lisaient Shakespeare, et, dans une proportion beaucoup plus forte, le nombre de ceux qui l'entendaient, et qui, l'ayant entendu, le déclaraient incomparable. Le résultat de ses efforts fut de ranimer l'enthousiasme et de reporter l'Angleterre au point où elle en était quand elle écoutait Burbadge dans le rôle d'Othello ou dans celui d'Hamlet ».
Garrick ne se contenta pas de populariser Shakespeare en Angleterre, il traversa la mer avec lui. En
France, il l'apprendra aux artistes de la Comédie- Française, en parlera chez la Clairon, donnera des auditions devant Marmontel, discutera son œuvre avec d'Holbach, Diderot, la plupart des encyclopédistes. (( Nous l'avons vu, écrivent Grimm et Diderot dans la Correspondance Hitéraire, jouer la scène du poignard de Macbeth, en chambre, dans son habit ordinaire, sans aucun secours de l'illusion théâtrale; et à mesure qu'il suivait des yeux ce poignard suspendu et marchant dans l'air, il devenait si beau qu'il arrachait un cri général d'admiration à toute l'assemblée ». <( Garrick, ajoutent-ils plus loin, est l'auteur de plusieurs pièces, mais on dit qu'elles sont médiocres. 11 est grand admirateur de Shakespeare. Il ne pardonnera jamais à M. de Voltaire le mal qu'il en a dit depuis quelques années dans un certain Appel aux Nations et dans ses Commentaires de Pierre Corneille, après l'avoir justement préconisé dans ses Lettres anglaises. Il faut convenir que ses dernières critiques n'ont fait honneur ni au goût ni à la bonne foi de M. de Voltaire. Quoi qu'on fasse et quoi qu'on écrive, il faudra toujours reconnaître dans Shakespeare un homme de grand et sublime génie; et si l'on traduisait la belle scène de Lusignan dans Zaïre, dans le goût des scènes de la Mort de César qu'on lit dans les Commentaires de Pierre Corneille, elle pourrait paraître aussi ridicule; mais enfin un homme de goût sentira encore