JEAN-JACQUES ROUSSKAU ET SHAKESPEARE
Ducis se mesura d'abord avec Timon d'Athènes et, paraît-il, d'après les conseils de J.-J. Rousseau. (( Rousseau s'imagina, écrit M. Campenon, je ne sais sur (juel indice que le talent de Ducis l'appellerait à la haute comédie, et il le détermina à traiter Timon le Misanthrope, que la comtesse de Boufflers venait de faire traduire de l'anglais. » M. Campenon soulève là un curieux incident littéraire. Certains critiques l'ont accusé de parler à la légère. Malgré nos recherches nous n'avons rien trouvé qui pût justifier son dire ; mais si l'auteur des Confessions ne s'exprime dans aucune de ses œuvres sur ce sujet, tout autorise à supposer que sa poétique théâtrale, s'accordait avec celle de Shakespeare. Il trouvait que nos tragédies manquent d'action, sont trop en dialogue, et il s'en expliqua dans la Nouvelle Héloïse, [Lettre à Julie XVIP.) Le passage mérite d'être reproduit.
L'institution de la tragédie avait, chez ses inventeurs, un fondement de religion qui suffisait pour l'autoriser. D'ailleurs, elle offrait aux Grecs un spectacle instructif et agréal)le, dans les malheurs des Perses leurs ennemis, dans les crimes et les folies des rois dont ce peuple s'était délivré. Qu'on représente à Berne, à Zurich, à la Haye, l'ancienne tyrannie de la maison d'Autriche, l'amour de la Patrie et de la Liberté nous rendra ces pièces intéressantes : mais qu'on me dise de quel usage sont ici les tragédies de Corneille et ce qu'importe au peuple de Paris Pompée ou Sertorius. Les tragédies grecques roulaient sur des événements réels ou réputés
tels par les spectateurs et fondées sur des traditions historiques. Mais que fait une flamme héroïque et pure dans Tàme des grands? Ne dirait-on pas que les combats de l'amour et de la vertu leur donnent souvent de mauvaises nuits, et que le cœur a beaucoup à faire dans le mariage des rois? Juge de la vraisemblance et de l'utilité de tant pièces, qui roulent toujours sur ce chimérique sujet!
Quant à la comédie, il est certain quelle doit représenter au naturel les mœurs du peuple pour lequel elle est faite, afin qu'il s'y corrige de ses vices et de ses défauts, comme on ôte devant un miroir les taches de son visage. Térence et Plante se trompèrent dans leur objet; mais avant eux Aristophane et Ménandre avaient exposé aux Athéniens les moeurs athéniennes; et depuis, le seul Molière peignit plus naïvement encore celles des Français du siècle dernier à leurs propres yeux. Le tableau a changé; mais il n'est plus revenu de peintre. Maintenant on copie au théâtre les conversations d'une centaine de maisons de Paris. Hors de cela, on n'y apprend rien des mœurs des Français. Il y a dans cette grande ville cinq ou six cent mille âmes dont il n'est jamais question sur la scène. Molière osa peindre des artisans et des bourgeois aussi bien que des marquises. Socrate faisait parler des cochers, menuisiers, cordonniers, maçons. Mais les auteurs d'aujourd'hui, qui sont des gens d'un autre air, se croiraient deshonorés, sHls savaient ce qui se passe au comptoir d'un marchand ou dans la boutique d'un ouvrier; il ne leur faut que des interlocuteurs et ils cherchent dans le rang de leurs personnages l'élévation qu'ils ne peuvent tirer de leur génie (1). Les spectateurs
(1) A rapprocher du passage où, dans les Lettres anglaises, Voltaire reproche a Shakespeare d'avoir rais en scène des cordonniers et des savetiers romains, introduits avec Brutus et Cassius.
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eux-mêmes sont devenus si délicats qu'ils craindraient de se compromettre à la comédie comme en visite, et ne daigneraient pas aller voir en représentation des gens de moindre condition qu'eux. Us sont comme les seuls habitants de la terre, tout le reste n'est rien à leurs yeux. Avoir un carrosse, un suisse, un maître d'hôtel, c'est être comme tout le monde. Pour être comme tout le monde, il faut être comme très peu de gens. Ceux qui sont à pied ne sont pas du monde; ce sont des bourgeois, des hommes du peuple, des gens de l'autre monde; et l'on dirait qu'un carrosse n'est pas tant nécessaire pour se conduire que pour exister. 11 y a, comme cela, une poignée d'impertinents qui ne comptent qu'eux dans tout l'univers, et ne valent guère la peine qu'on les compte. C'est pour eux uniquement que sont faits les spectacles. Us s'y montrent à la fois comme représentés au milieu du théâtre et comme représentants aux deux côtés; ils sont personnages sur la scène, et comédiens sur les bancs. C'est ainsi que la sphère du monde et des auteurs se rétrécit; c'est ainsi que la scène moderne ne quitte plus son ennuyeuse dignité. On ne sait plus y montrer les hommes qu'en habit doré. Vous diriez que la France n'est peuplée que de comtes et de chevaliers; et plus le peuple y est misérable et gueux, plus le tableau du peuple y est brillant et magnifique. Cela fait qu'en peignant le ridicule des Etats qui servent d'exemple aux autres, on le répand plutôt que de l'éteindre, et que ce peuple, toujours singe et imitateur de riches, va moins au théâtre pour rire de leurs folies que pour les étu dier et devenir encore plus fou qu'eux en les imitant. Voilà de quoi fut cause Molière lui-même : il corrigea la cour en infectant la ville ; et les ridicules marquis furent le premier modèle des petits-maîtres bourgeois qui leur succédèrent.
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En généra!, il y a beaucoup de discours et peu d'action sur la scène française : peut-être est-ce qu'en effet, le Français parle encore plus qu'il n'agit, ou du moins qu'il donne un bien plus grand prix à ce qu'on dit qu'à ce qu'on fait. Quelqu'un disait en sortant d'une pièce de Denys-le-Tyran : Je n'ai rien vu, mais j'ai entendu force paroles. Voilà ce qu'on peut dire en sortant des pièces françaises. Racine et Corneille, avec tout leur génie, ne sont eux-mêmes que des parleurs ; et leur successeur est le premier qui, à l'imitation des Anglais, ait osé mettre quelquefois la scène en représentation.
Il n'est pas possible d'être mieux d'accord avec la poétique de Shakespeare, et, décidément. Jean- Jacques a pu conseiller Ducis. Quant à cette délicieuse comtesse de Boufflers quoi d'étonnant qu'elle ait appuyé l'avis ? Elle connaissait l'anglais ; on n'ignore pas son amitié pour David Hume le grand historien, devenu son conseiller et presque son confesseur; elle fréquentait Horace Valpole; elle dînait fréquemment avec le diplomate anglais Dutens; elle se plaisait à Londres où on la recevait comme la première grande dame française qui fût allée inaugurer en personne le goût de l'Angleterre et de sa constitution; enfin, elle était auteur. Témoin sa tragédie en cinq actes : Les Esclaves ou les Rivaux généreux.
« Timon le Misanthrope, écrit Ducis. est l'unique tableau qui, depuis deux mois, soit sur mon chevalet (1) ».
il) Fragments sur J.-J. Rousseau, par Bernardin de Saint-Pierre.
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Ouelques somaines après Ducis y renonçait ets'atlaci liait à ffamlet après avoir consulté Sedaine qui, nous conte Ducis, « aimait passionnément Molière, Montaigne et Shakespeare. Il y trouvait ce fonds immense de naturel, de raison, de force, de grâce, de variété, de profondeur et de naïveté qui caractérise ce grand homme; aussi était-il né avec un sens exquis et une âme excellente, c'était tout naturellement qu'il voyait juste, comme c'était tout bonnement qu'il était bon. »
Tandis que Ducis relit son Hamlet, approchonsnous doucement, mettons les coudes sur le dossier de son fauteuil et suivons sur le manuscrit. Cher Ducis, mais pauvre Shakespeare! Qu'a-t-il fait du texte? Non-seulement les noms des personnages sont embellis, mais tous les reliefs des beautés de la tragédie arrondis de peur que l'on s'y cogne. Hamlet règne en Danemark. Glaudius n'occupe que le rang de premier prince du sang. Ophélie devient la fille de Glaudius, Polonius un seigneur danois quelconque, et comme une confidente est indispensable, une demoiselle Elvire s'attache aux pas d'Ophélie. On dirait un parti pris d'omettre tous les passages dont la splendeur jette tant d'éclat sur l'œuvre anglaise. Les scènes de la plate-forme d'Elseneur, des comédiens, du prie-Dieu, de la mort dOphélie, du cimetière, du duel, et combien d'autres encore, sont implacablement supprimées. On n'assiste pas au meurtre de Gonzague. Il est remplacé par
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une scène dont Ducis se montrera particulièrement fier, celle de l'urne. Hamlet se présente devant sa mère, tenant dans sa main une urne qui renferme les cendres du roi assassiné.
Prenez cette urne et jurez-moi sur elle.
« Non, ta mère, mon fils ne fut point criminelle. »
L'osez-vous ? Je vous crois.
GERTRUDE
Donne.
HÂMLET
Vous hésitez?
GERTRUDE
Oh I pardonne à mes sens encore trop agités...
HAMLET
Attendez maintenant...
{Il lui met l'urne entre les mains).
GERTRUDE
Eh bien!... oui... moi... j'atteste...
Je ne puis plus souffrir un objet si funeste.
[Elle tombe sans connaissance sur un fauteuil. Hamlet pose fume sur une table qui est à côté du fauteuil).
HAMLET
Ma mère !...
GERTRUDE
Je me meurs !
HAMLET
Oh ! revenez à vous !
Voyez un fils en pleurs embrasser vos genoux! Ne désespérez point de la bonté céleste : Rien n'est perdu pour vous si le remords vous reste.
DUCIS JUr.É PAU SAINTE-BEUVE 89
Puis il tue Claudius et la toile tombe sur cette tirade :
Que tes remords sur toi fassent du haut des cieux
Descendre et les regards et le pardon des dieux.
Privé de tous les miens dans ce palais funeste,
Mes malheurs sont comblés ; mais ma vertu me reste ;
Mais je suis homme et roi; réservé pour souffrir
Je saurai vivre encor, je fais plus que mourir.
Cette scène de l'urne ne rencontra pas de contempteurs. Elle souleva l'enthousiasme et devint classique. Quelques années plus tard, dans son Tableau de la Littérature^ J. de Ghénier y reviendra.
L'amour du héros pour Ophélie est tiède et dépourvu d'effet : son délire est plus sombre qu'imposant ; et l'on est en droit de trouver un peu monotone une frénésie qui dure quatre actes; mais on ne doit qu'admirer lorsqu'on entend le prince danois, tenant en main l'urne funèbre où sont renfermées les cendres de son père, interroger une mère criminelle. Voilà un dialogue pathétique, des traits de maître, une scène vraiment supérieure, et il faut bien qu'elle le soit, puisque, malgré l'identité des situations, elle n'est point éclipsée par la superbe scène de Sémiramis et de Ninias.
Sainte-Beuve nous a laissé un joli portrait du bon Ducis comme on l'appelait. « Il aima Shakespeare, dit-il, d'élan et de vague sympathie, sans trop savoir pourquoi, et sans l'avoir jamais connu. Il n'a guère emprunté de son original que les titres et une cer-
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taine excitation chaleureuse pour se monter l'imagination sur les mêmes sujets ; et il n'a guère fait, à son tour, que fournir des motifs de beaux rôles et des masques tragiques, à des grands comédiens comme Brizard, La Rive, Monvel et en d'ernier lieu Talma. Il n'est qu'un shakespearien de hasard et de rencontre; il y va de confiance et à l'aveugle ; l'étude directe et la science lui manquent, il n'a pas la première clef, la plus indispensable pour s'initier au génie du poète auquel il semble pourtant s'être voué par culte. C'est un prêtre qui ne sait pas le latin. )) Et Sainte-Beuve termine en citant un joli mot de Roqueplan : « Ducis a fait une révolution sans le savoir comme cela est arrivé quelquefois à la garde nationale ».
Représenté en 1769, Hamlet réussit. Nous avons sous les yeux des lettres de Ducis à Garrick. L'une d'entre elles est particulièrement intéressante.
Avril 1769.
Monsieur, je ne puis vous exprimer toute ma reconnaissance pour les deux présents que vous avez bien voulu me faire. Votre gravure dans Hamlet et celle de Shakespeare sont l'une et l'autre sous mes yeux et devant ma table ; c'eût été sans doute leur faire souffrir un divorce trop cruel que de les séparer. Je conçois, monsieur, que vous avez dû me trouver bien téméraire de mettre sur le Théâtre français une pièce telle qu Hamlet. Sans parler des irrégularités sauvages dont elle abonde, le spectre tout armé qui parle longtemps.
VOLTAIRE ET M. d'aRGENTAL 91
les comédiens des campagnes et le combat au lleuret, m'ont paru des ressorts absolument inadmissibles sur notre scène. J'ai bien regretté cependant de ne pouvoir y tran?|)orter l'ombre terrible qui expose le crime en demandant ven<;eance. J'ai (/onc ètéoblùjc en quelque façon de créer une pièce nouvelle. J'ai tâché seulement de faire un rôle intéressant d'une rei^e parricide et de peindre surtout, dans l'âme pure et mélancolique d'Hamlet, un modèle de tendresse tiliale. Je me suis regardé, en traitant ce caractère, comme un peintre religieux qui travaille à un tableau d'autel. Mais pourquoi, monsieur, ne sais-je pas votre langue ? pourquoi ne puis-je consulter en vous le plus sûr confident du génie de Shakespeare? Je n'ai ou qu'un secours, c'est Vattrait inexplicable qui soumet mon âme à ce poète extraordinaire. Je vous remercie de tout mon cœur des succès que vous désirez. On trouve en général que mon ouvrage est simple et sans incidents; mais, mon succès fût-il un triomphe, ce que je suis loin d'espérer, recevez d'avance ma protestation, monsieur, que je pose ma couronne sur la base et aux pieds de la statue de Shakespeare. C'est déjà une récompense de ma hardiesse que cette occasion de vous ' crire. Il ne tient qu'à vous d'y ajouter encore en me permettant de cultiver l'honneur de votre correspondance...
Le succès iïllamlet ne devait point laisser Voltaire insensible. Il avait pesé de tout son poids sur Le Kain pour qu'il refusât le rôle et crié à la sauvagerie. Il ne s'arrêta pas là. De complicité avec M. d'Argental, il propagea le bruit que Ducis avait eu l'audace de refaire Sëmiram,is ! L'opinion sourit et l'accusation parut tellement exorbitante qu'une
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grande dame dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom s'écria : <( Décidément, rien n'est plus bête que les gens d'esprit ».
Ducis se consola de l'animosité de Voltaire. Nous avons déjà dit que, sous une douceur apparente, il cachait un esprit opiniâtre. Loin de se laisser décourager, il va entreprendre un Roméo et Juliette^ et, cette fois, s'abritera sous \?, protection du Dante.
Lisez V Avertissement qui suit :
Encouragé par les bontés du public, lorsque je donnai la tragédie d'Hamlet, j'ai fait de nouveaux efforts pour les mériter dans celle-ci .
On a paru me savoir gré d'y avoir peint le caractère d'un homme dont l'âme, autrefois vertueuse et tendre, se trouve dénaturée, pour ainsi dire, par la barbare persécution de ses ennemis, et par l'amour le plus violent pour ses enfants. Le désir qu'il a de se venger a même frappé par la grandeur de ses malheurs, et les pleurs qu'il donne encore à ses fils ont peut-être attendri sur le sort de ce père infortuné.
Quelle bizarre conception de son sujet !
Il me reste à parler de la mort de Roméo et de Juliette. Sans doute, il est dangereux de donner au théâtre Vexem.ple du, suicide, mais j'avais à peindre les effets des haines héréditaires, et c'est sur cet objet seulement que j'ai voulu et dû fixer l'attention du spectateur.
Que de précautions oratoires ! 11 redoute lesreproches de Saint-François, son patron.
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Joorois inutile de m'étendre ici sur les obligationsque j'ai à Sliakespeare et au Dante. Les poètes anglais et italiens nous sont trop connus pour qu'on ne sache pas ce que je dois à ces deux grands hommes.
Nous ne nous attarderons pas aux emprunts faits au Dante, il suffira de constater que si Shakespeare s'accommoda de la compagnie de l'immortel auteur de la Divine Comédie, ce dernier dut au moins s'en étonner.
Dans cette seconde tragédie pseudo-shakespearienne, le parti pris ne change pas. Les noms des personnages sont modifiés, et de même qu'il a fallu une confidente à la mère d'IIamlet, confidente appelée Eivire, de même il en faudra une à Juliette, laquelle se nommera Flavie. L'œuvre entière est modifiée dans un sens absolument déplorable. C'est du Shakespeare à l'usage des gens du monde si bien dépeints par Jean-Jacques... Shakespeare dut tressaillir dans sa tombe. Ducis ne le soupçonna jamais. Il se croyait quitte envers lui, quand après avoir dénaturé son œuvre, il enguirlandait son buste.
Ainsi qu'Hamlet, Roméo trouva grâce devant le public de 1772. Sedaine exulta. Grimm eut des restrictions. Il convient dans sa Correspondance que la communication des lumières, des arts et de leurs chefs-d'œuvre établit un commerce digne des nations éclairées quicomposentla confédération européenne, mais il ajoute que le génie ne s'emprunte ni ne
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s'imite, ni ne se copie, et que seul, le génie de Shakespeare rend ses productions précieuses. On ne pouvait s'exprimer plus sagement. >,
Tout cela n'était point fait pour calmer Voltaire, qui, en outre, entendait parler d'un autre Roméo de M. le chevalier de Chastellux. lequel fut joué sur le théâtre particulier et par la troupe de société de M. de Maynanville. Furieux contre la poste qui avait égaré le manuscrit des Lois de Minas, il dit s'en être consolé par le succès de Bornéo a et par celui de tous les ouvrages absurdes écrits en style barbare », et il conseille au comte d'Argental délaisser les « Welches dégorger leur Bornéo et leur Juliette ».
Voltaire n'était pas au bout de sa peine : la fatalité le menaçait de Letourneur.
Doué comme Ducis d'une nature sentimentale. Letourneur avait débuté par quelques discours académiques, puis remporté deux prix, l'un à. Besançon, l'autre à Montauban. enfin traduit les Nuits d'Young, qui lui valurent de Voltaire cette lettre aigre-douce :
Au château de Ferney, 7 juin 1769.
Vous avez, monsieur, fait beaucoup d'honneur à mon ancien camarade Voung, il me semble que la traduction a plus de goût que l'auteur. Vous avez mis autant d'ordre que vous avez pu dans ce ramas de lieux communs, ampoulés et obscurs. Les sermons ne sont guère faits