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LA REFORME EN EUROPE

lord Byron, des colosses comme Rabelais et Montaigne, qui tous, par des procédés adéquats à leur génie, assouplirent la phrase, inventèrent des mots, bref, préparèrent la langue appelée à devenir si défmitive et si belle sous Louis XIV. L'Italie essaya de résister au mouvement. Sa réaction fut vaincue. En vain le concile de Trente prononça la rupture définitive de l'Eglise avec la Réforme, le Tasse naquit, prit, malgré les obstacles qu'on lui opposait, de cette Réforme ce qu'elle contenait de bon au point de vue de l'émancipation des langues, et, quand il mourut, laissa derrière lui son élève Giordano Bruno, qui contraignit son écriture à exprimer des idées luthériennes sans froisser l'opinion. Restait l'Espagne. Elle opposait des bûchers à l'esprit nouveau. Erasme s'y glissa et forma des prosélytes tels que le vaillant Alphonse Valdès et Michel Servet. A Séville. des groupes luthériens s'assemblèrent pour parler tout bas de la religion, mais très haut d« la nécessité d'imiter les autres peuples au moins dans leur effort national pour l'avancement de la langue. Conseillé par eux, Alonso de Ercilla publia VAraucana qui témoigne d'un progrès et éveilla le génie de Camoëns. Puis naquirent Cervantes pour doter l'espagnol de tours nouveaux, Lope de Vega pour imposer son théâtre avec ses libertés et ses licences, Calderon pour exploiter les ressources de la scène en poussant les effets avec une puissance jusqu'alors inconnue.

Voilà, en quelques lignes, les résultats de la Réforme en Europe.

L'année où moururent Calvin et Michel-Ange, où Galilée vit le jour, parut Shakespeare qui, vingt ans plus tard, c'est-à-dire en même temps que Lope de Vega, devait créer le Théâtre romantique. Il arrivait dans une société bizarre, confuse, apte aux afféteries de l'euphuisme en même temps que grossière au-delà de toute supposition; où une reine qui parlait le grec et le latin, pinçait au sang ses filles d'honneur; où les grandes dames déjeunaient d'une livre de lard et d'un pot de bière avant d'aller traiter des questions philosophiques devant une assemblée pédante ; où les seigneurs se rouaient de coups pour se préparer à des parades de cour; où le peuple ignorant témoignait d'une sauvagerie sans exemple; où chaque jour le bourreau levait sa hache. Sans doute, tant de diversité, de contraste, préparait une jolie besogne, mais il s'agissait de s'y reconnaître. Ce fut, sans qu'il s'en doutât, l'esprit de réforme qui le guida. 11 lui fit sentir le besoin d'apprendre, d'analyser, pour innover ensuite. Il lui conseilla de lire Plutarque, traduit en anglais d'après Amyot, et Montaigne, pour qu'il devînt, selon l'expression de Mr. Seward, dans une préface parue en 1750, à l'œuvre de Beaumont et Fletcher, un vaste jardin de critique. (A vast garden of criticism.)

Les réformistes ne lui enlinrent pas compte. Ils

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