CHAPITRE V
En Allemagne. — Les efforts de l'Allemagne pour se régénérer.
— Ses nombreuses sociétés. — Weekerlin et Shakespeare.
— Martin Opitz. — Ses disciples. — Leibnitz. — Réaction de la Cour contre Shakespeare. — L'école dramatique de Gottscher — Les collaborateurs du Journal de Brème. — Klopstock. — L'Ode aux Muses. — Lessing. — Son arrivée à Berlin. — Lettres concernant la littérature contemporaine. — Lessing et Diderot. — Emilia Galotti. — La Dramaturgie. — Le spectre d'Hamlet et celui de Semiramis. — Zaïre et Roméo et Juliette. — Éloge de Wieland. — A propos du Richard III, de Weisze. — Sturm-und-Drang. — L'École de la Nature. — Shakespeare devient le maître et le dieu. — Herder. - Un beau portrait de Shakespeare. — Les drames sont les rêves des poètes. — Goethe. — Les Conversations de Goethe et d'Eckermann. — Wilhem Meister.
— Schiller. — Le théâtre allemand d'à présent. — Inimitié de Goethe et de Schiller. — Shakespeare les raccommode.
— Wilhem Schlegel. — Sa traduction de Shakespeare. — Les salons littéraires. — Tieck. — Shakespeare père du romantisme allemand. — Héroïsme de la jeune Allemagne.
Nous avons vu l'Angleterre travestir Shakespeare, puis l'oublier et le reprendre, la France l'insulter ou le défigurer; passons en Allemagne.
120 HISTOIRE DE l'oeuvre shakespearienne
Troublée profondément par la Réforme, puis ravagée par la guerre de Trente Ans, l'Allemagne épuisée perdait son originalité, négligeait à nouveau les progrès de sa langue, lorsque sentant le besoin de se régénérer, elle chercha, à l'exemple des Anglais de Charles II, ses modèles en France. KUe méprisait en cela les traditions et se soumettait à une imitation servile. Quelques patriotes comptèrent en vain sur la paix de Westphalie pour rappeler l'Allemagne à elle-même. Ils s'efforcèrent alors d'éveiller l'attention du roi. Frédéric aimait nos philosophes et n'écrivait qu'en français. En 1617, on avait bien cherché à former, sOus le nom de Fructifères, une société ayant à sa tête le prince Louis d'Anhalt et la noblesse de Saxe, pour réagir dans le bons sens. Ses efforts mal dirigés s'étaient aussitôt ralentis. D'airtres sociétés suivirent : la Société du Pin, à Strasbourg; la Société Germanique, à Hambourg; VOrdre des Bergers de la Pegnitz. et VOrdre du Cygne, à Nuremberg. On y traduisit du Bartas ; on s'affadissait dans la pastorale. Les patriotes perdaient espoir quand parut \Veekerlin (1584-1651). Attaché à la chancellerie allemande de Londres, il lit Shakespeare, en saisit tes beautés, compose de nombreuses poésies sous son inspiration, poésies que recommandera Herder, Voilà Shakespeare implanté! Weekerlin poursuit son œuvre. Il publie des articles, organise des conférences... Autour de son lit d'agonie, il réunit des