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CHAPITRE VI

Shakespeare en Italie. — LArcadie. — Le Romantisme en Italie. — Shakespeare en est le porte-drapeau. — Le Conciliateur. — L'Anthologie. — Manzoni. — Shakespeare en Espagne. — Shakespeare en Danemark. — L'Académie de Copenhague. — Christian Tullin. — Gottlob Oehlenschlaeger. — Shakespeare en Suède. — Shakespeare en Russie. — Le Réveil de l'Angleterre. — Nouvelles éditions de Shakespeare. — La Préface de Rééd. — La Préface de Malone. — Essais sur le savoir de Shakespeare — L'antiquité traduite en anglais. — Coleridge. — Ses lectures. — Charles Lamb. — Spécimens of old English Dramatits. — Essaya of Elia. — Taies from Shakespeare. — Hazlitt. — Lord Ryron. — Walter Scott. — Carlyle. — Francis Jeffrey. — La Revue d'Edimbourg. — Payne Collier. — The History of English dramatic poetry.

L'Allemagne n'était pas la seule contrée d'Europe où le génie de Shakespeare se lit sentir. L'Italie, à laquelle l'Angleterre et Shakespeare avaient tant emprunté, devaitàson tour emprunter à Shakespeare et à l'Angleterre. Epuisée, la muse italienne ne produisait plus que des poèmes héroï-comiques. Quand,

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à la fin du dix-septième siècle, un groupe de jeunes gens se réunit, fonda VArcadie et essaya d'opérer une réaction, ce fut une débauclie de vers, mais comme toutes les débauches, elle demeura inféconde. MalTei, que nous avons déjà rencontré, s'efforça de réveiller les souvenirs romains et de jeter les bases d'une littérature nationale; Jacopo Martclli inventa une prosodie dans l'espérance de créer un art nouveau ; l'abbé Antonio Gonti, après avoir été en France le commensal de Mme de Caylus, visita l'Angleterre pour apprendre Shakespeare et écrivit quatre tragédies : Junius Britius, Marciis Bnihis^ Dnisus et César ; ils ne furent pas plus heureux que Métastase, lequel, dans la bagarre, no donna qu'une illusion. L'Italie se débattait comme s'était débattue l'Allemagne.

De nouveaux combattants se présentèrent espérant en finir avec les pastorales et les sacrilier au drame vraiment national. Parmi eux, il faut citer Paiini. l|s coniptaient sans Carlo Goldoni dont le théâtre ne reflétait que la vie intime, Carlo Gozzi trop pressé pour devenir innovateur, Alfieri plus français qu'italien. Et les efforts se multipliaient, les discussions se croisaient sans aboutir, lorsque le romantisme triomphant e^ Allemagne avec les œuvres de Goethe et du Schiller, inspirées de Shakespeare, vint planter son étendard sur le sol italien. Il réunit des partisans ; on publia «les revues comme le Conciliateur rédigé par Viscoiiti,

SHAKESPEARE EN ITALIE ET EN ESPAP.NE ITi?

l't Silviu Prilico; commo rAnlholof/ie, organo de Lannoni, Nicolini, Giordani. Tommaseo ; enfin, en pleine bataille se distinf^na un homme qni, recommandant de traduire les auteurs anf^lais du seizième siècle, s'elTorra de couler la traf^édie shakespearienne dans le moule d'uiic laufçue encore plus r(^fractaire que le français, cet homme, c'(^tait Manzoni, le v('Tital)le chef de la nouvelle ('cole italienne.

S'il est impossible de nier que Shakespeare servit à la reconstitution littéraire de l'Italie, il faut avouer qu'il n'eut qu'une influence relative en Ks pagne. Après avoir donné le jour à Cervantes, k Lope de Véga et à Calderon, il semble qu'elle ait été épuisée au point d'oublier, pour nous servir d'une belle expression de Philarète Chasle, que « l'opulence des plus magnifiques torrents réclame un renouvellement. »

En revanche, on retrouve facilement des traces de Shakespeare en Danemark. Après Louis Ilolberg (1684-1754) historien, poète épique, satirique et surtout dramatique, connu par ses imitations de Plante, de Térence, de Molière, la littérature danoise inclina vers les modèles allemands et inglais. Elle y était encouragée par le roi Frédéric V, le protecteur de Klopstock, et aussi par l'Académie de Copenhague dont les efTorts tendaient principalement à récompenser les traducteurs de Shakespeare et de ses contcmi)orains. Christian Tullin (1728-1785) a laissé d'éloquentes pages qui montrent

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à quel point Shakespeare était goûté dans le pays d'Hamlot. Gottlob Oehlenschlaeger (1779-1850), qui s'est attaché à mettre en drames ou en poésies les principales légendes de l'Edda et des Sagas, a également écrit sur notre poète des morceaux de critique, inspirés par un enthousiasme dont l'éloquence fit nombre de prosélytes. Nous l'avons rencontré en Allemagne.

La Suède résista plus longtemps. Il fut vaguement question de Shakespeare sous la reine Christine, mais toute à la littérature italienne et française, elle était peu disposée à en protéger d'autres. Gustave III, sous le règne duquel se fonda l'Académie suédoise, exagéra les préférences de sa devancière au point d'établir un courant antianglais facile à constater dans les œuvres d'Olaiis Dalin. de Mme Nordenflycht, et surtout dans celles de Kellgren (1751-1795) rédacteur en chef du Cour rier de Stockfiolm, Il faut attendre lexix' siècle pour sentir passer en Suède un souffle romantique. Alors seulement on y prononcera le nom de Shakespeare, on lira ses œuvres, pour ensuite les discuter, les commenter et les traduire. Michel Frauzen va combattre en sa faveur ; des sociétés poétiques, encouragées par des journaux littéraires comme le Polyphème et le Phosphoros, soutiendront Michel Franzen auquel ne tarderont pas à • se joindre Amédée Atterbom, Eric Stagnelius. Le culte shakespearien est fondé.

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