‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 51 sur 92 · ACCENTUATION DU MOUVEMENT SHAKESPEARIEN · texte numérisé non relu

ACCENTUATION DU MOUVEMENT SHAKESPEARIEN

mais pressent le terrain sur lequel s'assoieront leurs fondements. « Ce terrain, ce n'est pas celui (le Corneille et de Racine ; ce n'est pas celui de Shakespeare ; c'est le nôtre ; mais le système de Shakespeare peut fournir, il me semble, les plans d'après lesquels le génie doit maintenant travailler. » Mme de Staël nous a conseillé d'adopter la poétique de Shakespeare, Chateaubriand lui a élevé un monument, M. Guizot recommande qu'on suive son système, parce que seul ce système embrasse toutes les conventions sociales, tous les sentiments, généraux ou divers, dont le rapprochement et l'activité simultanés forment en 1821 le spectacle des choses humaines.

Le mouvement shakespearien s'accentue donc d'une façon évidente. On commence même à entendre sourdre les fameuses luttes des Classiques et des Romantiques, après celle des Anciens et des Modernes. Deux années avant l'apparition de l'ouvrage de M. Guizot, Casimir Delavigne, l'auteur des Messéniennes, avait fait représenter les Vêpres sici^ Hennés, œuvre écrite dans la nouvelle forme recommandée par Mme de Staël et Chateaubriand, chaudement applaudie à l'Odéon et à laquelle on sacrifia le Louis XI d'Ancelot qui, malgré son succès, paraissait retardataire. Déjà les partis se dessinent. Ils vont en venir aux coups. Et qui donnera le signal de la bataille? Shakespeare.

L'incident est significatif.

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On a donc réédité Letourneur révisé et corrigé par MM. Guizot, de Barante, et Laurent Pichot. M. de Barante a fait paraître la traduction du Théâtre de Schiller. La collection des Chefsd'œuvre des Théâtres étrangers, mettant en lumière d'autres productions de la scène anglaise et de la scène allemande, avec celles de Lope de Vega et de Galderon, a été recommandée par les partisans de Mme de Staël, de Chateaubriand et de Guizot. Les Anciens ou les Classiques comme il vous plaira, s'émeuvent. Sur ces entrefaites, Merle, directeur de la Porte-Saint-Martin, associé avec M. Deserre, a l'idée de donner quelques représentations anglaises et conclut un arrangement avec un M. Peuley, directeur du théâtre de Windsor et de Brighton. La troupe dramatique débarque à Paris le 31 juillet 1822, elle joue Othello, elle est accueillie par des sifflets et des rires. Martainville la défend de sa place.

— Il n'y a qu'un Anglais qui puisse parler ainsi ! s'écrie un spectateur.

— Non seulement, répond Martainville, je ne suis pas Anglais, mais encore je regrettais tout à l'heure d'être trop novice dans la langue anglaise pour suivre le débit des acteurs.

— Moi, reprend le spectateur en frappant du poing, je veux siffler. « A bas les Anglais ! » Je leur en veux, j'ai été insulté et j'ai failli être assassiné à Londres, parce qu'on m'avait reconnu comme Français,

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