CHAPITRE VIII
Villemain. — Son Cours de littérature française, — Roméo el Juliette et Les Fâcheux. — Henri Heine. — Alfred de Vigny. — Le More de Venise. — L'opinion de M. J.-J. Weiss. —
--^j/loc^!r) Impartialité du duc do Broglie. — Alfred do îltSsot. — Influence de Shakespeare sur son œuvre. — Avant-propos dos Comédies et Proverbes. — Shakespeare, Massingor et Musset. — Cymbeline, Le Portrait et Barberine. — Richard III et La Coupe et les Lèvres. — Rapports entre deux originalités. — Gustave Planche. — Sophocle et Shakespeare. — Benjamin Laroche. — Falstaff. — Saint- Marc Girardin. — Son Cours de littérature dramatique. — L'idée de la mort chez les héros de Shakespeare. — Gressida. — Lady Anne. — JoufTroy. — Désiré Nisard. — llamlet, adapté par Alexandre Dumas et Paul Meurice.
Nous atteignons Tannée 1828, celle où Villemain, faisant son cours sur la littérature française au XVII® siècle, mesura la distance qui existait cent ans auparavant entre la France et l'Angleterre, époque où nos beaux esprits semblaient se garder de cette dernière comme d'une contrée barbare. Corneille
212 HISTOIRE DE l'oEUVRE SHAKESPEARIENNE
n'entendit jamais parler de Shakespeare. « Quant à Molière, dit Yillemain, j'imagine, et c'est une curiosité philologique dont vous ne vous inquiétez pas beaucoup, qu'il a mis à profit deux ou trois particularités de Shakespeare, qu'on lui avait contées sans doute, et que nous retrouvons dans une des moindres pièces de notre grand poète comique ; mais elles ne valent guère la peine d'être citées y>. On a souvent regretté la réserve de Villemain. Essayons d'y suppléer. Sans aucun doute Molière ne connaissait pas Shakespeare, mais tous deux ayant lu Boccace, Rabelais et Montaigne, ont pu puiser à cette source commune et l'allusion de Villemain vise très probablement la scène de Juliette avec sa nourrice, laquelle offre en effet quelque analogie avec la scène d'Eraste et de La Montagne dans Les Fâcheux,
Dans Bornéo :
JULIETTE
Maintenant, ma bonne nourrice chérie.., Oh, Dieu! Pourquoi parais-tu si triste? Si tes nouvelles sont mauvaises, annonce-les-moi d'un air joyeux; si elles sont bonnes, tu en gâtes la musique en me la jouant avec une mine aussi désagréable.
LA NOURRICE
Je suis fatiguée, laissez-moi me reposer un instant... Comme les os me font mal ! Quelle course j'ai faite !
JULIETTE
J'échangerais mes os contre tes nouvelles ! Viens. Je t'en prie, parle ! Bonne nourrice, parle.