SUPÉRIORITÉ DE SHAKESPEARE SDR BEX JONSON
(!(» Shakespeare, il lui suffit de constater que s'il -'(»st inspire des documents qu'il possédait, s'il a emprunté à Plutarque des récits et des réflexions, il ne s'est pas borné à suivre les modèles antiques ; il a regardé autour de lui, il a cherché parmi ses rontemporains ces traits éternels de la nature humaine qui doivent appartenir à toutes les époques t't à tous les pays ; pour mieux connaître le peuple ot Rome, il a étudié celui de l'Angleterre. On n'est pas toujours sûr d'avoir des Romains devant soi, (juand on lit Jide^ César ou Coriolan; mais, termine M. Mézières, on est certain d'avoir des hommes.
M. Mézières continue par l'étude des drames romanesques de Shakespeare. 11 défend avec Gervinus et contre Johnson, Cymbeline, faisant ressortir la valeur des caractères et des sentiments, la vertu (l'imogène, la sensibilité de Guiderius et d'Arviragus ; il répond aux critiques de Troïhis et Cressida accusant Shakespeare d'avoir parodié Homère, qu'il ne s'est jamais attaqué au texte grec, mais au fond héroï-comique des romans du moyen âge et des poèmes de Ghancer ; que son ironie n'est tirée que de lui-même qui n'a pu lire, sans s'en moquer, les récits pompeux des romanciers parodistes de V Iliade. 11 termine enfin par les drames fantastiques et conclut que la popularité de Shakespeare est principalement due à la beauté morale de ses conceptions.
268 HISTOIRE DE l'oeuvre shakespearienne
Chez la plupart des peuples, en effet, les œuvres de pure imagination ne pénètrent pas si avant dans les' classes illettrées. Il faut, pour que la poésie devienne si chère aux esprits les plus humbles comme aux plus élevés, aux étrangers comme aux nationaux, non seulement qu'elle exprime les sentiments les plus profonds de l'âme humaine, mais qu'elle touche à toutes les questions qui intéressent les hommes et qu'elle apporte à, chacun une part de la vérité dont nous avons tous besoin. Shakespeare a autant de lecteurs en Angleterre, en Amérique et en Allemagne qu'il y a d'hommes dans ces trois pays qui pensent et qui sentent. En aurait-il autant si le poète n'était complété par le moraliste?
C'est donc là le trait le plus saillant de son génie. Il unit au plus haut degré deux éléments qui se combattent souvent, l'imagination et la raison. Une seule de ces qualités au degré où il les possède, peut donner la gloire ; mais quand elles s'associent dans un même esprit, elles composent le génie le plus merveilleux des temps modernes.
Le troisième volume de M. Mézières est intitulé : Contemporains et Successeurs de Shakespeare. Il a pour but principal d'éclairer de lumières nouvelles les œuvres de Shakespeare considérées dans leurs rapports avec celles de ses contemporains et de ses successeurs, et aussi de replacer, au rang qu'ils doivent occuper dans l'opinion, des hommes comme Marlowe, Ben Jonson, Beaumont, Fletcher et Massinger, demeurés dans l'ombre que projettera plus tard leur glorieux confrère.
Ne voulant pas dépasser les limites que nous