‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 69 sur 92 · FRANCISQUE MICHEL · texte numérisé non relu

FRANCISQUE MICHEL

rayonne; les éclatantes incarnations de l'art, du drame, du roman, de l'histoire, de la poésie, de la philosophie, de l'éloquence, sont groupées presque toutes dans cette solennité autour du piédestal de Shakespeare ; mais vous avez eu sans doute celte pensée, qu'afin de donner à la célébration de cet anniversaire son caractère particulièrement externe, afin que cette manifestation fût en dehors et au delà de toute frontière, il vous fallait pour président un homme placé lui-même dans cette exception, un Français hors de France, à la fois absent et présent, ayant le pied en Angleterre et le cœur à Paris, espèce de trait d'union possible, situé à la distance voulue, et à portée en quelque sorte de mettre l'une dans l'autre les deux mains augustes des deux nations. Il s'est trouvé, par un arrangement de la destinée, que cette position était la mienne, et le choix glorieux que vous avez fait de moi, je le dois à ce hasard, heureux aujourd'hui.

Je vous rends grâce et je vous propose ce toast : « A Shakespeare et à l'Angleterre. A la réussite définitive des grands hommes de l'intelligence, et à la communion des peuples dans le progrès et dans l'idéal ! »

Le gouvernement impérial crut devoir interdire la fête. Il fut mal inspiré.

Deux ans après, M. Francisque Michel publia une traduction des œuvres complètes de Shakespeare, précédée de remarques sur la vie et les ouvrages du poète, par Thomas Campbell. Le tort de M. Francisque Michel fut de rééditer Letourneur. La tâche était inutile.

L'année suivante, paraissait le beau volume de

Paul de Saint-Victor, intitulé : Les Deux masques. Le brillant écrivain devait donner sa note shakespearienne, il n'y a pas failli. Jamais, peut-être, n'employa-t-il de plus aveuglantes couleurs que pour peindre le portrait de Shakespeare qu'il nou^ a laissé. Presque en même temps, M. Emile Mon tégut donnait une traduction du théâtre de Shakespeare ; traduction d'un mérite incontestable et od l'on sent l'amour qu'il ressentait pour son modèle, M. Emile Montégut avait déjà fourni d'aimables paradoxes sur l'œuvre de notre auteur, au poin d'émettre cette hypothèse qu'il faudrait voir, dan la Tempête le testament du poète, sous forme ail gorique. La Tempête, étant, avec le Songe d'un nuit d'été, une des rares pièces de Shakespeare do les éléments sont introuvables, M. Montégut en profite pour lui prêter une subjectivité particulière. Le personnage principal. Prospero, fait tout le temps ses adieux à son île, à sa magie, à son génie, à sa vie elle-même, donc, c'est le poète qui dit adieu aux habitudes chéries du passé, aux plaisirs des enchantements scéniques, à la volupté de l'enfantement dramatique, à l'agitation du théâtre qu'il regrettera peut-être dans la retraite, et, parmi les nombreux passages où, selon M. Montégut, Shakespeare semblerait annoncer sa résolution de retraite, il en cite deux, pour lesquels il n'admet aucune objection :

Au moment où la pièce touche à sa fin, lorsque

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