‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 79 sur 92 · EFFORTS DE LA NOUVELLE ÉCOLE · texte numérisé non relu

EFFORTS DE LA NOUVELLE ÉCOLE

semble les scènes les unes aux autres. Nous pouvons citer comme preuves les efforts tentés par MM. Eugène Morand et Marcel Scliwob, Lefèvre, Haraucourt, Paul Delair, Maeterlinck, Legentlre, Jean Richepin qui achève un Macbeth en vers où je sais pertinemment qu'une fois de plus il n'aura rien sacrifié aux timidités d'antan, etc., etc. Enfin, M. Louis de Gramont, auquel on devait un Othello et un Jules César et qui vient de donner, à rOdéon, la tragédie de Roméo et Juliette dans toute son intégralité.

M. Louis de Gramont, en poussant la conscience au point de rendre la prose, les vers blancs et les vers rimes du texte, a accompli une tâche curieuse et sur laquelle on a beaucoup discuté. Des critiques autorisés, comme M. Adolphe Brisson, tout en rendant hommage à l'auteur de sa piété envers l'œuvre de Shakespeare, ont constaté une certaine fatigue dans le public. « Cette intermittente lassitude, dit M. Adolphe Brisson, est due moins à la longueur de l'ouvrage qu'à sa verbosité. Certaines parties du dialogue sont insupportables au spectateur français ; cet abus de concetti, ce déluge de métaphores et d'épithètes fleuries l'exaspèrent. » M. Nozières a regretté le mot à mot à la scène, et que l'auteur dont « la prose rythmée et les vers sont un chef-d'œuvre de patience et de fidélité » n'ait pas pris plus de liberté. M. André Rivoire a exprimé la crainte que notre mentalité ne soit pas absolument shakespea-

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rienne. M. Léon Blum a constaté, comme M. Nozières, qu'à force de se modeler sur le texte, la traduction devenait parfois raide et monotone. M. E. Charles qui, naguère, dans une de ses remarquables conférences, faisait si bien valoir les beautés de Coriolan, discute mais conclut ainsi : « C'est un thème qui facilite toutes les variations ; souhaitons que beaucoup de nos contemporains aillent s'y livrer. »

Je ne voudrais pas que quelques-unes de ces critiques nuisissent à l'avenir aux i;entatives qui pourraient être faites dans le même sens. J'avoue qu'il y a dans le texte shakespearien des longueurs, des concetti incompréhensibles pour une cervelle latine (j'ai dû les accompagner de nombreuses notes dans les traductions que j'en ai essayées) ; j'avoue que, dans notre langue, l'alternance de la prose, du vers blanc et du vers rimé est sans effet, et je me rallie aux observations de Rutlège reproduites dans le cours de cette étude. Evidemment il existe une gêne dans ce passage de M. Louis de Gramont qui donnera au lecteur une idée du procédé.

JULIETTE

C'est lui ! C'est lui ! Va^'en d'ici I Hâte-toi ! Vite ! C'est l'alouette, oui, c'est bien sa voix maudite Qui détonne et s'épuise en déplaisants efforts. On prétend qu'elle sait faire de doux accords ; Mais non, cela n'est pas puisqu'elle rompt le nôtre, Et nous vient affoler dans les bras l'un de l'autre.

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