‹ L'œuvre shakespearienne, son histoireChapitre 9 sur 92 · INCONSÉQUENCE DE DRYDEN · texte numérisé non relu

INCONSÉQUENCE DE DRYDEN

n'excite pas notre rire, ni la partie sérieuse notre intérêt. Dans Shakespeare beaucoup de mots et encore plus de phrases sont à peine intelligibles, et de celles que nous entendons, quelques-unes sont contre la grammaire, d'autres grossières, et tout son style est tellement surchargé d'expressions figurées qu'il est aussi affecté qu'obscur.

Et il ajoute, après avoir compris Ben Jonsondans son interdit :

C'est que, outre le manque de savoir et d'éducation, ils n'avaient pas le bonheur d'entendre la bonne conversation. 11 y avait dans leur siècle moins de galanterie que dans le nôtre. Les gentilshommes d'aujourd'hui veulent qu'on les divertisse en leur montrant leurs propres ridicules. Ils veulent bien accorder que notre compère Jean et notre compère Jacques parlent selon leur état, mais ils ne s'amusent point de leurs pots à bière ^t de leurs guenilles.

Ce qui nous console, si Dryden n'aimait pas Shakespeare, c'est qu'il n'éprouvait qu'une sympathie relative pour Corneille. Le Menteur lui semble une platitude. Cinna etPompéene sont point des tragédies , mais de vains discours sur la raison d'Etat. En matière de religion, Polyeucte a la solennité « d'un long point d'orgue dans un motet. » Dryden estime que nous manquons d'invention, de naturel, de variété et d'abondance.

Cela n'est rien encorel

Sous Charles II, l'adaptation est de mode. Adapter

16 HISTOIRE DE l'œUVRE SHAKESPEARIENNE

se dit to aller en anglais. Les langues ont de ces ironies. Crown refait Andromaque. Wycherley retouche Molière. Il mêle le Misanlhrope.V Ecole des Maris, V Ecole des Femmes, assaisonne et présente The Country Wife. Otway remanie les Fourberies de Scapin [The Cheals of Scapin) et Bérénice {Titus et Bérénice). Schadwell raffine V Avare. Lacey rectifie le Médecin malgré lui [The Dumb Lady) et Y Amour Médecin. Mrs. Philips rabote le Pom/jee de Corneille. Edward Ravenscrof réforme tout ce qui lui tombe sous la main : le Bourgeois Gentilhomme, Monsieur de Pourceaugnac, V Avare, le Mariage forcé. Encore un peu, Molière y passera en entier. Dryden s'en prend à Shakespeare et, comme il est pressé, s'adjoint pour cette honteuse besogne un nommé William d'Avenant, plagiaire éhonté. Willjam d'Avenant! Retenez bien ce nom. Il représente l'imbécillité des briseurs d'autels; il personnifie l'irrespect des sots pour les génies; il incarne l'humiliation devant les princes. D'où venait-il? D'Oxford. Son père John Davenant (sans apostrophe), tenait une auberge en compagnie de sa femme, hôtelière accorte avec laquelle Shakespeare aimait à causer durant le relais entre Londres etStrafîort. William d'Avenant en profitera pour laisser croire qu'il est le fils de l'illustre voyageur, bien décidé à exploiter sa pseudo-bâtardise. Il n'y manquera pas. De complicité avec Dryden il expurgera, débarbouillera Shakespeare. Imaginez-vous Chapuzeau remaniant

WILLIAM d'avenant 17

lo Misanthrope. Ils réviseront la Tempête^ Mi'mve pour Mt'sîirc, Bcavroup de bruit pour rien, et « nettoieront )) Macbeth !...

Encouragée ptir l'exemple, une meute va s'abattre sur Shakespeare et déposer le long de son texte toutes les ordures d'une insolente platitude. Nous avons eu la patiente curiosité de dresser la liste de ces inconvenances.

La Tempête.

La Tempête ou Vile enchantée. Comédie jouée à Dorset Garden.ParsirW. DavenantetDryden. 1669.

La Tempête, transformée en opéra par Shadwell. 1673.

Les Joyeuses Commères de Windsor.

La Comédie Galante, ou les amours de Sir John Falstaff', telle qu'elle a été jouée au théâtre royal de Drury Lane par les serviteurs de Sa Majesté. Par M. Dennis. 1702.

La Douzième Nuit.

L'Agréable Désappointement, par Charles Barnaby. 1703.

Mesure pour Mesure,

Mesure pour Mesure, ou la Beauté est le meilleuf

avocat. Comédie telle qu'elle a été jouée au Théâtre de Lincoln's Inn Field ; écrite originairement par M. Shakespeare et beaucoup modifiée, avec addition de nombreux morceaux de musique. Par M. Gildon. 1700.

Beaucoup de bruit pour rien.

La Loi contre les Amants, par M. W. Davenant.

Le Songe d'une Nuit d'Été.

Les Plaisanteries de Bottom le Tisserand, par Robert Cox.

La Reine des Fées, représentée au Théâtre de la Reine par les Serviteurs de Leurs Majestés. 1692.

Pyrame et Thisbé, masque comique, écrit par Richard Leveridge, joué au théâtre de Lincoln's Inn Field,

Le Marchand de Venise.

Le Juif de Venise, comédie. Telle qu'elle a été jouée au théâtre de Little Lincoln's Inn Fields, par les Serviteurs de Sa Majesté. Par Georges Granville. 1701.

LA MANIE DE l'aDAPTATION 19

La Sauvage Apprivoisée.

Saitmij Œcossais, ou La Sauvage apprivoisée, comédie telle qu'elle est actuellement jouée au Théâtre Royal, par John Lacy. 109:2.

Le Savetier de Preston. Farce. Telle qu'elle a été jouée au Nouveau Théâtre de Lincolns Inn Fields. Par Christophe Ballock. 1716.

Le Savetier de Preston, tel qu'il a été joué au Théâtre Royal de Drury Lane par les Serviteurs de Sa Majesté. Par C. Johnson. 1716.

Un Remède contre une femme acariâtre, par James Norsdale.

La Comédie des Erreurs.

Tout le monde est trompé. 1716.

Macbeth.

Macbeth. Tragédie avec modifications, amendements, additions et nouvelles romances. Telle qu'elle est actuellement jouée à Dukes Théâtre. Par Mr. W. d'Avenant.

Le Roi Richard IL

L Histoire du roi Richard le Second, jouée au

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théâtre Royal sous le titre de V Usurpateur Sicilien, avec une Préface vengeresse de l'auteur, motivée par la prohibition de sa pièce sur la scène. Par N. Tate. 1681.

La Tragédie du roi Richard II, adaptée de Shakespeare. Par Lewis Theobald. 1720.

Le Roi Henri IV. (Première partie.)

Le roi Henri IV, avec les Plaisanteries de Sir John Falstaff, tragi-comédie, telle qu'elle a été jouée au théâtre de Little Lincoln's Inn Field. Corrigée avec changement par M. Betterton.

Le Roi Henri IV. (Deuxième partie.)

La suite de Henri IV avec les Plaisanteries de Sir John Falstaff et de Shallow, telle qu'elle a été représentée par la Compagnie des Comédiens de Sa Majesté, au théâtre Royal de Drury Lane. Adaptée de Shakespeare par défunt M. Betterton. Sans date.

Le Roi Henri VI.

Henri VI {première partie), avec le meurtre de Humphrey, duc de Glocester, Joué à Duke's théâtre. Par John Crowne. 1681.

Henri VI [seconde partie) ou les Misères de la

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