‹ L'œuvre sociale d'Albert De MunChapitre 13 sur 49 · LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE

L*examen de l'œuvre sociale d'Albert de Mun ne peut être utilement poursuivie, qu'à la condifion d'en dégager au préalable, les principes qui l'ont inspirée.

Pour être féconde, toute œuvre, quelle qu'elle soit, doit nécessairement s'appuyer sur des bases doctrinales nettement définies, car la doctrine est le meilleur propulseur de l'action et son gouvernail le plus sûr.

L'étude de la doctrine sociale d'Albert de Mun ne va pas cependant sans présenter quelques difj&cultés. Nulle part, en effet, de Mun ne nous en a fourni un exposé complet, et si quelques grandes idées la dominent, c'est surtout en fouillant dans ses œuvres, qu'on peut en dégager les éléments épars.

Cette doctrine, de plus, est en quelque sorte la résultante d'une évolution, car elle s'est élaborée peu à peu, non seulement au contact des réalités, mais encore à la suite des critiques dont elle a été l'objet, et qui ont ainsi amené de Mun à la préciser.

Nous nous proposons dès lors, dans un premier chapitre, de voir quels sont les principes doctrinaux à la lumière desquels de Mun a poursuivi son œuvre sociale. Vivement sollicité, dès le début de sa vocation, par la question sociale qui lui apparaissait comme une question à la fois d'ordre économique et d'ordre moral, il s'est attaché à en déte<rminer les causes et à en rechercher les remèdes. S'il vit rapidement que les causes pouvaient se ramener, d'une part, à une idée : le génie de la

Révolution, et, (l'autre part, à une doctrine qui en était la fille : le libéralisme économique, par contre, ce n'est que progressivement qu'il en précisa les remèdes.

Ces remèdes, il les aperçut d'abord dans la contre-révolution, c'est-à-dire dans l'affirmation des principes qui font reposer la société sur la loi chrétienne, et dans le dévouement de la classe dirigeante pour la classe ouvrière.

L'étude et l'expérience l'amenèrent par la suite à la conception du syndicat mixte qui concrétisa, à ses yeux, l'idée corporative jusqu'alors imprécise dans son esprit.

Ce n'est que lorsqu'il se rendit compte des obstacles à la réalisation de cette forme du syndicat, et qu'il eût constaté l'impuissance de l'initiative privée à guérir les maux engendrés par la libre concurrence, qu'il réclama l'élaboration d'une législation protectrice du travail et le rétablissement de l'organisation professionnelle.

Dans un second chapitre, nous verrons quelles ont été les critiques qui ont été adressées, soit à de Mun personnellement, soit à travers lui, à la doctrine catholique sociale. Les unes ne sont pas pour nous surprendre, car elles viennent des ennemis de sa foi : ce sont celles dont le catholicisme est couramment l'objet. Les autres — la chose peut paraître étonnante — émanent de groupements composés en majeure partie de catholiques : ce sont surtout celles-là qu'il nous a paru intéressant dé signaler, de discuter et, s'il y a lieu, de réfuter.

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