LES PRÉCURSEURS
Tout homme appartient plus ou moins au passé et de Mun plus que tout autre, car il ne fut pas un créateur ; il a ramassé pleinement et mis en action la doctrine du catholicisme social qui a pris corps peu à peu au cours du xix« siècle.
Son élaboration initiale s'était faite dans l'Ecole de V Avenir qui pour la première fois, depuis la Révolution, révéla chez les catholiques de notre pays des préoccupations d'ordre social. Si malgré la générosité de ses idées, et l'opportunité du mouvement qu'elle déclancha, cette école ne fit pas œuvre plus utile, c'est parce qu'il y avait dans ses doctrines des erreurs et des incertitudes qu'expliquent, à notre sens, et l'influence de l'époque révolutionnaire dont elle est toute proche, et le tempéramment trop idéaliste de ses disciples.
L'étape avait besoin d'être accomplie pour que ces erreurs et ces incertitudes se dissipassent progressivement.
Ozanam poursuivit l'œuvre entreprise avec un esprit plus positif. Il fit d'abord appel à la science pour démontrer la vertu sociale du Christianisme, et de plus, il fut l'initiateur de l'action sociale, en fondant les premières œuvres.
Mais Ozanam est encore un fils de l'Avenir, en ce sens que son admiration pour la Révolution ne lui permet pas de déceler les causes profondes du mal social.
Il appartenait à l'Ecole de Le Play de dénoncer l'œuvre néfaste accomplie par l'esprit révolutionnaire et de montrer que les principes de 1789, reflets de cet esprit révolutionnaire, étaient la source véritable des maux dont souffrait la société. Cette école en cherche le remède avec un esprit plus scienti-
fique, et Le Play, grâce à sa méthode, donne au catholicisme soeial une allure doctrinale qu'il n'avait pas encore acquise jusqu'à ce jour.
Si Le Play est un homme de science et un économiste, il n'est pas un constructeur, et c'est à l'étranger qu'il nous faut passer pour trouver les solutions pratiques apportées aux problèmes sociaux qui se posent bientôt dans tous les pays industriels.
Ketteler et Vogelsang qui furent respectivement, le premier en Allemagne, le second en Autriche, les initiateurs du mouvement catholique social, se caractérisent en ce qu'ils ont été surtout des réalisateurs : c'est à leur école que de Mun apprendra à devenir un homme d'action.
L'éducation doctrinale de ce dernier fut jDarachevée par des précurseurs immédiats parmi lesquels se place au premier rang de La Tour du Pin qui devint son collaborateur le plus intime ; il convient de signaler également dans cet ordre d'idées l'influence exercée sur de Mun par l'Union de Fribourg et par l'ouvrage d'Emile Keller sur le « Syllabus ».