‹ L'œuvre sociale d'Albert De MunChapitre 3 sur 49 · L L ECOLE DE L AVENIR · texte numérisé non relu

L L ECOLE DE L AVENIR

L'Ecole de V Avenir, préparée par la renaissance catholique due à Chateaubriand et à de Maistre trouve dans la révolution de 1830 le germe de son éelosion.

La révolution de 1830, en effet, si elle n'a pas eu au point de vue politique une très grande répercussion, n'en a pas moins exercé sur les idées et sur les mœurs une influence immense. « Il semble que tous les cerveaux aient alors reçu le coup de soleil de juillet » (1).

La publication du premier numéro du journal « L'Avenir », le 15 octobre 1830, marque une date importante dans l'histoire des idées : celle de la naissance du mouvement catholique social.

Alors qu'au lendemain des journées de juillet, la raison humaine croyant le catholicisme mourant, saluait joyeusement l'aurore de son affranchissement définitif, par un de ces retours prodigieux, dont l'histoire nous fournit tant d'exemples et dont seuls peuvent s'étonner ceux qui doutent de la vitalité et de l'origine divine du Christianisme, des hommes résolus et hardis, décidés à assurer la sauvegarde de leur foi, dé-

<1) Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet, Tl L p. 246.

ployèrent fièrement leur drapeau, et, au nom des nouvelles libertés conquises, manifestèrent leur désir très net de ne pas être emportés dans la déchéance de la vieille monarchie.

« Tentative remarquable 1 écrira Thureau-Dangin. On y reconnaît cette sorte de souplesse dont l'Eglise a donné tant de preuves, et qui lui a permis, sans rien abandonner de son immortalité divine, de s'adapter, lors de chaque grande révolution, aux états nouveaux de la société politique » ( i ).

Toute entreprise humaine, pour avoir quelque chance de réussir, doit dès sa naissance posséder un cerveau clairvoyant pour la concevoir, un cœur généreux pour la vivifier, un bras robuste pour la mettre en action : l'Ecole de V Avenir semble avoir trouvé en elle ces éléments qui se sont symbolisés dans trois hommes : Lamennais, de Coux et Montalembcrt.

Le premier, qui était un des personnages les plus illustres du clergé français, fut l'âme du mouvement; le second, qui était un économiste, devait en être le cerveau ; le troisième, polémiste éminent, allait mettre au service de la nouvelle cause toute la chaleur et la magie de son éloquence et conduire victorieusement le catholicisme à la bataille. Ces hommes entendaient « non suivre un mouvement d'opinion, mais le créer » (2).

<( Dieu et Liberté », telle est la devise de V Avenir, Celte devise résume son programme.

Le premier de ces deux mots, qui semblaient s'exclure et dont le rapprochement à cette époque témoignait d'une hardiesse pleine de courage, exprimait l'attachement de la nouvelle école à la vieille foi traditionnelle; le second montrait la générosité de l'idée nouvelle : la liberté.

L'Avenir n'hésite pas à proclamer la souveraineté de Dieu au moment où la réaction anti-religieuse de 1830 croyait voir dans le clergé un ennemi vaincu et se félicitait d'avoir un gouvernement « qui ne faisait plus le signe de croix ». Il proclame en même temps son amour pour la liberté, à une époque où le vieux libéralisme règne en maître et, après l'expérience d'O'Connell, il n'hésite pas à saluer l'alliance de la liberté et de la religion.

L'Avenir enfin ne voyait pas sans sympathie les différents mouvements populaires qui agitaient les nations européennes et, au nom de la liberté, il voulait dégager la religion de la royauté compromise et ne pas identifier la cause religieuse

(1) Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet, T. I, p. 284.

(2) Thureau-Dangin. Histoire de la Monarchie de Juillet, T. I, p. 288.

avec celle du parti régnant ; il saluait dans la démocratie l'avènement d'un nouvel état social qui devait assurer le triomphe de l'Eglise.

Comme le dira si justement de Coux, de V Avenir date « l'ère sociale qui va s'ouvrir » (1). Nous allons en suivre le développement.

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