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I. LES CRITIQUES DIRECTES

I. Réactionnaire. — Nous avons montré, précédemment, qu'Albert de Mun ne cessa d'accuser la Révolution d'être la cause du mal dont souffrait la société moderne, et d'avoir fait table rase des bases de l'ancienne société sans rien lui substituer : la iContre-Révolution était devenue pour lui un dogme intangible.

Les critiques aiguës et les coups redoublés qu'il portait à l'œuvre révolutionnaire, d'une part, d'autre part, l'évocation qu'il faisait des temps heureux vécus par la société du Moyenâ^e, le désir qu'il manifestait d'organiser le monde du travail en s'inspirant des principes essentiels qui avaient présidé à la constitution et au développement des corporations, le faisaient considérer comme un tenant de l'ancien régime. Le monde du travail le taxait de réaction ; il était pour la gauche parlementaire « un lx)urgeois clérical » (1),

« Toutes les fois que j'ai essayé d'exposer mes idées sur l'organisation du travail, invariablement on y a répondu, non par une discussion des principes que j'avais soutenus, mais en me reprochant d'être catholique, et en m'accusant d'être un ennemi de la République- » (2).

L'argument n'était qu'un mot sans fondement. <( Les ennemis de la République avait beau répliquer de Mun, n'ont rien à faire icL II ne s'agit pas d'une question politique ». — U suffisait cependant à créer autour des réformes sociales qu'il proposait, une atmosphère d'hostilité qui explique, pour une très large part, l'échec qu'elles ont connu au moment où elles furent présentées.

De Mun aimait à remonter ie cours des siècles et à examiner ce passé, qui avait consacré la gloire de notre pays et assuré sa suprématie mondiale ; car, il était de ceux qui n'oublient pas nos traditions. « Il faut apprendre, il faut savoir notre histoire, il faut être fier et chercher dans ce sillon creusé par les siècles l'ineffaçable trace de nos grandeurs passées )> {3).

Or, ce qu'il y avait dans ces vieilles traditions, c'était un esprit, un sentiment de charité et d'amour de la justice qu'inspirait le Christianisme, et qui, rapprochant les hommes, formait <( entre les cœurs les nœuds d'une affection fraternelle. » Il y avait alors, dans le monde du travail « la force d'une soli-

(1) Piou. La Vie publique d'Albert de Mun, p. 14. t2) De Mun. Discours. T. IV, p. 52.

(3) De Mun. Discours. T. I ,p. 396.

darité commune » (1), car les patrons étaient unLs à leurs ouvriers par le triple lien de la religion, de la famille et du métier.

« Peu à peu, sans doute, des vices s'étaient glissés dans ces vénérables institutions », une réforme était nécessaire, et d'autant plus urgente, aue les conditions du travail s'étaient modifiées avec la transformation du monde économique : « au lieu d'une réforme, ce fut une révolution qui survint,, c'est-à-dire, une destruction » (2).

Cet ancien régime auquel on l'accusait de vouloir ramener la France, s'il ne consentait pas « à en répudier la gloire », il ne songeait pas davantage « à y retourner ». « L'ancien régime, c'est-à-dire cette époque de décadence, nul n'en a répudié le souvenir plus hautement que nous ne l'avons fait.» (3).

Les déclarations d'Albert de Mun abondent à ce sujet, et leur examen suffît à nous fixer sur la nature de ses sentiments. Voici, par exemple, ce qu'il disait en 1882 : « Si c'est être des hommes d'ancien régime que de respecter, d'admirer et d'aimer tout le glorieux passé de la patrie française, et dans notre siècle abaissé, d'en regretter les splendeurs ; que de reconnaître et de proclamer le grand rôle de l'Eglise dans l'histoire de notre pays...; que de croire que le patriotisme ne date pas de quatre-vingt-dix ans..,, qu'il y avait dans le passé autre chose que des ouvriers esclaves, des paysans vivant de racines, des moines rapaces, des seigneurs barbares, oui, je comprends qu'on nous en accuse. Mais si on veut dire que, sans tenir compte des conditions nouvelles du travail, des circonstances et du temps, nou5 nous proposons de restaurer toutes choses absolument dans l'état où elles étaient à la fin du siècle dernier, avec les abus qui avaient pénétré la société française, et qui avaient corrompu, par l'excès du pouvoir central, les vieilles institutions chrétiennes, non, ce n'est pas cela que nous voulons » (4).

Non, de Mun n'a pas souhaité le retour à l'ancien régime, pas plus qu'il n'a eu « l'illusion de croire que l'on pouvait ressusciter le passé » (5).

D'où peut donc provenir l'équivoque, si équivoque il y a ?

Si de Mun rejette le passé, il rejette également le régime actuel ; car, ce qu'il veut, « c'est l'avènement d'un régime nou-

(1) De Mun Discours. T. I, p. 397.

(2) De Mun. Discours. '!!£. I, pp. 398-399.

(3) De Mun. Discours. T. I, p. 396.

(4) De Mun. Discours. T. I, p. 396.

(5) Barthou. Albert de Mun {Revue des Deux-Mondes, lô mars 1923.)

veau, fondé sur l'accord entre les conditions modernes de la vie, du travail et de la société, et les traditions séculaires qu'un vieux pays comme le nôtre n'abandonne pas sans se vouer à Ja ruine. » (1). Or, le régime actuel, il le repousse, parce qu'il «st vicié par l'esprit de la Révolution : la Révolution, voilà l'ennemie qu'il combattit toujours, et c'est bien parce qu'il djstestait son œuvre qu'on le traitait de réactionnaire.

M Barthou a très bien souligné cette nuance qui échappait â beaucoup, et qui explique la tendance naturelle, mais injustifiée, de confondre la contre-révolution avec le retour à l'ancien régime. Mais lui-même, à son tour, n'échappe pas à l'erreur de ses contemporains. « Pour M. de Mun comme pour M. Clemenceau, dit-il, la Révolution était un « bloc » accepté par celui-ci, rejeté par celui-là, mais à prendre ou à laisser tout entier... M. de Mun haïssait la Révolution française, non par rancune d'émigré, mais par passion d'apôtre, et cette passion emportait tout. On peut être sincère sans être impartial : M. de Mun avait la sincérité d'un inexorable parti pris... La Révolution n'est ni tout bien ni tout mal, ajoute-t-il. Elle est un événement humain mêlé de rayons et d'ombres, et l'on a •également tort de condamner ses principes à cause de ses €xcès ou de solidariser ses excès avec ses principes. » (2).

Pour de Mun, la Révolution répondait à un besoin, en ce sens que les fautes de la monarchie, les abus du pouvoir absolu, et la corruption qui avait envahi la hiérarchie sociale, rendaient nécessaire ce qu'il appelait « une expiation », et appelaient des réformes. Mais, dira-t-îl : « Il y a une évidence qui saute aux yeux, c'est que les hommes qui voulaient honnêtement ces réformes, comme Mounier, ont été trompés par ceux qui voulaient, non pas des réformes, mais une révolution. » (3). ;

L'évolution qui se préparait et dans les mœurs et dans les institutions, était désirable. Or, cette évolution a été contrariée et détournée de son cours naturel, car il est impossible « de ne pas reconnaître, dans la catastrophe révolutionnaire, la main des sociétés secrètes » qui, consacrées au culte du naturalisme, du rationalisme et du matérialisme, voulaient assurer le triomphe des idées philosophiques du dix-huitième siècle.

Ce que de Mun reproche avant tout à la Révolution, c'est l'esprit avec lequel elle a voulu réaliser les réformes nécessaires ; si, d'ailleurs, ces réformes n'ont pas abouti — n'assis-

(1) De Mun. Discours. T. I, pp. 396-397.

(2) Barthou. Albert de Mun {Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1923.)

(3) De Mun. Discours. T. IV, p. 126.

tons-nous pas aujourd'hui à « une révolte des faits contre le Code ? » — c'est bien parce que cet esprit devait stériliser sa puissance créatrice. La Révolution n'a-t-elle pas commis la faute de laisser le pays inorganisé, et d'avoir continué logiquement l'ancien régime, en laissant subsister, comme seul organisme existant dans la nation, un pouvoir central puissant et absorbant ?

L'épithète de « réactionnaire », qu'on décochait à de Mun, ne se justifie donc nullement. Loin d'être un argument, c'était un de ces mots dont la magie séduisante fait la force et qui tient lieu de raisonnement : il suffît de les jeter aux foules ou aux assemblées, pour qu'une cause soit définitivement entendue et jugée sans appel.

De Mun avait le culte du passé; comme Violet le Duc, il plaignait les peuples qui reniaient le passé, car il n'y avait point d'avenir pour eux, mais il était trop homme d'action, pour penser qu'il n'y eût rien à attendre que d'une réaction aveugle.

« Nous devons vivre avec notre siècle, le connaître et nous tenir en contact avec lui...; le monde est entré dans une phase entièrement nouvelle, le passé ne reviendra plus. La réaction est un rêve d'hommes qui ne- voient pas, qui n'entendent pas, qui, assis aux portes des cimetières, pleurent sur des tombes qui ne se rouvriront pas et oublient le monde vivant qui les entoure. » (1).

Ces paroles, qui sont de Mgr Ireland, qui oserait prétendre que de Mun n'aurait pu les reprendre à son compte ?

II. Socialiste. — Si de Mun était pour la gauche, suivant le mot de M. Piou, un « bourgeois clérical » et un « réactionnaire », il était pour la droite un socialiste, et les conservateurs, que ses théories effrayaient parfois, l'accusaient de démagogie, et de vouloir pactiser avec la révolution, en prêchant la guerre sociale et en armant les ouvriers contre les patrons.

« Vous êtes un socialiste ! » lui cria-t-on à la Chambre, quand il prononça son premier discours social ; et M. Schneider, le grand industriel du Creusot, répondant à une enquête faite par le « Figaro », sur la question sociale, écrivait, le 8 août 1892, en faisant allusion aux idées sociales d'Albert de Mun : « M. de Mun veut aussi supprimer les patrons. »

De même qu'il disait aux uns qu'il n'avait jamais été un partisan de l'ancien régime, de Mun déclarait aux autres, avec non moins de conviction, qu'il ne serait jamais un socîa-

(1) NiTTi. Op. cit., p. 355.

liste. Et, à ce propos, il aimait à citer l'anecdote suivante : en 1848, Proudhon comparaissait devant le tribunal correctionnel ; le président lui demande ce que c'est que le socialisme. « C'est tout un système ayant pour objet l'amélioration de la société, lui répondit-il. » Et le président de s'écrier : « Mais alors nous sommes tous socialistes ! » De Mun n'hésitait pas à se déclarer socialiste dans le sens où l'entendait Proudhon : si cette définition du socialisme se suffisait à elle-même et n'avait pas besoin d'être complétée, chacun serait, suivant le mot de M. Goyau, « le socialiste de quelqu'un ».

Mais pour de Mun, le socialisme est bien autre chose qu'une aspiration généreuse vers un mieux-être social.

(( Le socialisme, c'est tout un système d'économie sociale qui veut réduire tous les instruments du travail en propriété commune nationale, organiser la production collective et la répartition des richesses économiques par l'Etat. » (1).

Cette doctrine, qui a pour prophète Karl Marx, est matérialiste dans son principe moral, et collectiviste dans sa conception sociale ; elle nie l'existence de Dieu, et entend bouleverser les fondements de l'ordre social ; sa propagande s'appuie sur deux moyens, « la haine des classes suscitée par l'exaspération des souffrances populaires, et l'attaque violente, l'outrage permanent contre les institutions, contre l'autorité sous toutes ses formes, conséquence logique de la révolte contre Dieu » (2). Y a-t-il, dès lors, quelque chose de commun entre la doctrine socialiste et la doctrine sociale d'Albert de Muji ? « Entre le socialisme et nous, répond de Mun, il y a non seulement l'abîme de sa conception sociale, mais celui de la négation religieuse. » (3).

Sans doute, entre les idées sociales d'Albert de Mun, et celles des disciples de Karl Marx, il y a une certaine affinité, et le désir, très nettement exprimé par ceux-ci comme par celui-là, d'apporter un remède à la question sociale, peut prêter à la confusion. De part et d'autre il y a une aspiration généreuse qui est la manifestation d'un idéal fait de justice, et qui explique que le chef du parti catholique se soit trouvé d'accord avec les socialistes sur la critique de l'ordre économique actuel et la nécessité de voter les réformes réclamées par les travailleurs.

Ces hommes de grand cœur et de grand talent que sont les fondateurs des Cercles catholiques d'ouvriers, dira M. Joly, entendent se distinguer des socialistes ; « ils ne veulent ni

(1) De Mun. Discours. T. V, p. 335.

(2) De Mun. Discours. T. I, p. 440.

(3) De Mun Discours. T. I, p. 337.

de l'individualisme, ni du despotisme ; mais la majorité des socialistes prétend également nous sauver de Tun comme de Fautre )>(1). Et, montrant la lutte entreprise par eux contre les abus de la liberté, de la propriété, du travail, du crédit, en faisant appel à l'association et à l'intervention du pouvoir, il conclut : « Ainsi, sur le terrain économique, et la religion mise à part, ces bonorables publicistes sont au fond bien d'accord avec les socialistes les plus avérés : 1° sur les causes du mal social ; 2° sur les remèdes. » (2).

Il y a évidemment une part d'exactitude dans les affirmations de M. Joly ; cependant les différenciations sont telles, entre les deux doctrines, qu'on peut dire que, en la matière, l'exception confirme la règle. Le point de départ comme le point d'arrivée diffèrent ; de même diffèrent les étapes saiiccessîves qui mènent d'?m point à l'autre : alors que le socialisme est essentiellement matérialiste, et nie l'existence des lois morales, de Mun proclame le respect des droits de Dieu et des lois morales qui en découlent ; alors que le socialisme proclame la divinité de l'homme, et fait de l'intérêt collectif la règle des actions humaines et de la jouissance leur fin, de Mun entend ne rien sacrifier des droits légitimes de l'homme.

Ces deux conceptions nous expliquent leurs divergences de vues au point de vue de la famille, du salaire, du régime du travail, du régime de la propriété, et de l'ordre social.

Pour de Mun, la famille est la cellule sociale par excellence : la loi doit la protéger plus que tout autre institution ; rhomme est, non seulement un travailleur, mais également un i)ère et un époux. « La famille ne doit pas être livrée aux lois qui détruisent son foyer ni aux mœurs qui ruinent sa fécondité, mais elle doit être protégée dans sa dignité chrétienne comme la cellule où se forme la patrie. » (3). Les socialistes, eux, considèrent la famille comme une institution surannée essentiellement bourgeoise, et qui doit disparaître. (( L'affranchissement de la femme, écrit Engels, exige comme condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l'industrie publique, et, à son tour cette condition exige la suppression de la famille individuelle comme unité économique de la société. »

Cette conception explique l'hostilité que marquent les socialistes pour l'institution du sursalaire familial, qui, à leur

(1) Joly. Le Socialisme chrétien, p. 286,

(2) Joly. Op. cit., p. 290.

(3) De Mun. Discours. T. VI, p. 82.

avis, en poussant à Taccroissement du matériel humain, ne peut qu'accroître les bénéfices du patron.

Ils entendent si bien supprimer la famille, qu'ils veulent détraire son unité morale, en enlevant aux parents le droit d'éduquer leurs enfants. « La société bourgeoise considère l'enfant comme la propriété de ses parents... Au point de vue socialiste, ce droit n'est pas fondé. L'enfant appartient, non seulement à ses parents, mais aussi à la société, grâce à laquelle il peut vivre. Et la société possède un droit primordial et fondamental à l'éducation des enfants. Aussi faut-il blâmer et écarter impitoyablement la prétention des parents de transmettre par l'éducation familiale leurs vues bornées dans l'esprit de leurs enfants » (1).

Cette hostilité marquée par les socialistes pour la famille peut s'expliquer par ce fait que la famille est une société qui, en se développant, peut mettre obstacle à l'omnipotence de l'Etat. L'absence de règle morale aide à sa décomposition

Pour de Mun, le salaire doit représenter « la possibilité pour chacun, de vivre et de faire vivre les siens, du produit de son travail avec une garantie contre l'insécurité résultant des accidents, de la maladie, du chômage et de la vieillesse » (2). L'ordre social exige, au même titre que le bien commun, que l'homme trouve dans le produit de son travail les moyens de subvenir aux besoins de sa famille ; et c'est pourquoi de Mun n'accepte pas qu'à travail égal, et à aptitudes égales, un ouvrier marié et père de famille soit payé comme un ouvrier célibataire. La loi du salaire naturel constitue, non pas un minimum de fait, mais un minimum de droit : ce n'est plus à la loi de l'offre et de la demande de déterminer ce minimum, ce sont les besoins mêmes de l'ouvrier qui doivent le fixer.

De Mun considère le salaire comme le mode normal de la rémunération du travail ; il entend toutefois l'améliorer en réclamant pour les ouvriers une participation aux bénéfices de l'entreprise, et même, par la coopération, à la propriété de celle-ci. Les socialistes, au contraire, réclament la suppression dut régime du salariat, et veulent lui substituer un contrat d'association entre producteurs groupés dans d'innombrables organisations collectives, qui laissera à l'ouvrier, sur le produit fini, une part de propriété égale à la part de travail que ce produit représente. De plus, la formule « à tra-

(1) A. B. C. du Communisme, p. 232.

(2) De Mun Discours. T. V, p. 270.

vail égal, salaire égal » qui leur est chère, ne tient nullement compte ni de la qualité du travail, ni du rendement personnel et des aptitudes professionnelles de l'ouvrier, pas plus, d'ailleurs, que des besoins de sa famille.

Pour Albert de Mun, le travail exerce, avant tout, une fonction sociale parce qu'il constitue le lien qui unifie les intérêts des classes : nul ne doit en accaparer le bénéfice à son profit et au détriment des autres, car nul ne peut satisfaire ses besoins personnels sans le concours des autres hommes. Le capital apparaît aussi indispensable aux ouvriers, que les ouvriers sont nécessaires au capita!l. Le travail manuel n'est pas pour lui la course unique de la richesse, car par travail, de Mun n'entend pas seulement le travail manuel — celui dont les socialistes font presque exclusivement état — mais également le travail de recherche, d'invention, de direction.

« La propriété communiste n'est pas individuelle, mais elle est collective ; elle est groupée dans une vaste coopérative dont font partie tous les membres de la société. Cette simple modification de la propriété doit permettre de supprimer les maux innombrables dont souffre le monde du travail ; car, dès l'instant où les moyens de production appartiendront à la société tout entière, au lieu de fonctionner pour les profits de quelques capitalistes, ils fonctionneront pour le bien-être de tous. » (1).

Cette conception n'est évidemment pas celle d'Albert de Mun. La propriété, pour lui, a, comme le travail, une fonction sociale : elle est le fondement de l'ordre social. N'estelle pas « l'objet par où les passions des hommes sont le plus fortement sollicitées ? » (2). Elle permet à l'homme d'accomplir sa destinée : elle est donc nécessaire, et légitime, donc inviolable.

Cette propriété, toutefois, ne confère pas à son titulaire un droit absolu. Le propriétaire ne peut pas user et abuser sans limitation aucune des biens qu'il détient : il doit simplement en jouir, et ses droits ne vont pas sans lui imposer des charges et des devoirs correspondants (2).

Nous avons vu que, si de Mun proclame la propriété privée de droit naturel, il n'hésite pas à réclamer la possibilité, pour

(1) Manifeste électoral du « Bloc Ouvrier et Paysan » aux élections législatives de mai 1924.

(2) De Mun. Discours. T. IV, p. 231.

Nous n'entrerons pas ici dans l'exposé de détail de la doctrine chrétienne concernant le droit de propriété, son usage, ses charges. On la trouve très explicite dans l'encyclique Rerum Novanim, qui, évidem. jnent, sur ce point là aussi, était le guide reconnu d'Albert de Mun.

nne certaine propriété collective, de se constituer librement entre les mains des associations professionnelles.

Cette question du régime de la propriété nous fait toucher du doigt le vice essentiel de la conception socialiste. Quels que soient les efforts tentés, la doctrine marxiste, il faut le reconnaître, n*a pu entrer dans la pratique sans heurter les conditions naturelles dans lesquelles doit s'exercer, d'une façon normale, l'activité humaine. Est-il besoin de rappeler les tentatives de Bugeaud, faites en Algérie, en 1841, et plus récemment l'expérience russe ? L'une comme l'autre ont soulevé de telles difficultés d'application, que celles-ci ont confirmé l'impossibilité pratique d'une application, au moins généralisée, de la conception collectiviste.

Le socialisme entend précisément établir l'ordre social sur la subordination des intérêts privés à l'intérêt général ; cette subordination — a priori — n'est pas impossible puisqu'on la rencontre dans les communautés religieuses. Mais elle exige, au préalable, que tous les hommes veuillent bien accepter, ou puissent être contraints d'accepter cette subordination à un intérêt général, plus ou moins distant de leurs intérêts personnels immédiats, de leurs désirs, de leurs goûts, de leurs besoins propres ; l'expérience prouve, hélas ! que ces conditions sont difficilement réalisables, et qu'alors la propriété collective, loin de réaliser un progrès au point de vue économique et social, entraîne la régression et conduit à l'anarchie»

Il y a plus. L'homme, par sa nature même, est irrésistiblement porté vers l'appropriation privée. Seule la propriété privée représente pour lui un but tangible* à son action; seule, elle constitue pour lui, le moyen de goûter à toutes les joies de la liberté et de satisfaire un de ses besoins les plus ardents : celui de jouir totalem^ent et pleinement du produit de son travail. Or, le vice radical de la propriété collective consiste précisément en ce fait que ceux qui travailleront le plus et apporteront au profit de la communauté une somme supérieure d'efforts, n'obtiendront pas en fait pour cela, en compensation, une part privilégiée dans la distribution des produits.

L'organisation unitaire étouffe ainsi les aspirations personnelles de l'homme. Le nivellement égalitaire qu'elle impose, supprime la liberté et du même coup, elle place le travailleur dans une servitude qui confine à l'esclavage : elle transforme l'ouvrier en simple outil, et le ramène au niveau de l'animal. Dès Jors « le règne de l'ordre par la justice et le règne de la paix par la fraternité », que le socialisme fait luire aux yeux des masses populaires, ne peut se réaliser que dans la misère et l'humiliation.

De Mun reconnaît parfaitement que le mal social provient en partie, d'une mauvaise organisation du travail ; loin de songer à supprimer radicalement le capital, il propose d'en réprimer les abus, d'en canaliser l'activité, et surtout de le moraliser afin de l'amener à une conception plus chrétienne et plus humaine de son rôle vis-à-vis du travail : seule la force morale permet d'obtenir la discipline volontaire des égoïsmes particuliers.

Or, cette force morale, le socialisme matérialiste la repousse. Et pourtant ne tend-il pas à prendre, de plus en plus, les allures d'une religion ?

Dans un récent discours qu'il prononçait à la Chambre, M. Blum a clairement indiqué que le socialisme avait sa mystique, et qu'il entendait se présenter aux hommes comme le régénérateur d'une humanité pourrie par le capitalisme, « comme l'annonciateur d'une humanité nouvelle, où il y aura enfin justice pour tous, part égale de tous au bien-être... où une morale nouvelle, débarrassée des dogmes vieillis, de la tutelle dévirilisanie des Eglises, régira dé-sormais les rapports fraternels des hommes entre eux » (1).

« Nous comprenons tout cela, et même quand on vient nous dire : « Vous êtes une église », comme M. Clemenceau le disait à Jaurès il y a vingt ans, cela ne nous offense pas le moins du monde. Nous sommes, en effet, nous aussi, une organisation internationale, nous sommes une catholicité. Nous prétendons, nous aussi, à la domination spirituelle. Nous aussi nous essayons de créer quelque chose qui ressemble à une foi, une foi qui repose sur la justice humaine et non pas sur la révélation divine, mais qui, dans ses éléments psychologiques, ressemble beaucoup à la foi religieuse. Nous aussi nous essayons de créer chez nos adhérents une forme d'adhésion qui ressemble à celle que vous demandez aux vôtres. Nous aussi nous faisons du socialisme une règle générale de vie, qui doit gouverner toutes nos pensées et toutes nos actions. Nous aussi, nous essayons de créer chez tous nos adhérents, chez tous nos adeptes, l'esprit d'abnégation et de sacrifice. Et si vous voulez que je vous le dise, nous aussi comme l'Eglise catholique, nous avons l'orgueil d'envisager les événements et les choses siib specie aeternitatis, sous l'aspect de l'éternité.

... Ce rêve de renouvellement moral, d'entente, de concorde, de solidarité, de justice et de paix,... qui n'est. plus, selon nous, réalisable par l'Eglise, c'est nous, le socialisme

(1) Barde. La Menace du Communisme, p. 10.

international, qui le revendiquons. C'est à cette succession spirituelle que nous prétendons. » (1).

Ce matérialisme et ce déterminisme doctrinal s'alliant chez les socialistes à un appétit mystique de justice, à une croyance en une idée de bonté humaine et de solidarité, peut paraître étonnant. « Mais c'est là l'illogisme heureux de la vie et qu'on retrouve aussi bien chez les tenants d'autres morales naturalistes ; la résurgence soudaine faisant craquer la carapace d'un lourd et mortel scientisme, de ce fonds moral humain que révèle l'histoire de la civilisation : le besoin constant d'un ordre meilleur, le respect de la beauté morale et du désintéressement personnel, le sens de la justice et de l'altruisme. ))(2).

Le socialisme est comme « l'ombre de la civilisation moderne. Le régime qui l'a engendré a plongé les masses dans la souffrance, alors qu'il développait la richesse et donnait le bien-être par en haut. Ces masses auxquelles on a enlevé le germe du surnaturel, et dans le cœur desquelles on a substitué, au culte de la divinité, le culte de l'or et de la jouissance, ont connu tous les abus de la force et ont subi tous les excès de cette richesse qu'on a proposée à leur admiration... Le socialisme s'est alors levé comme l'écho menaçant de toutes les colères que le libéralisme a amassées » (3) : les foules se sont données à lui, parce qu'elles avaient soif d'idéal et qu'elles avaient le sentiment profond de l'injustice qui les accablait.

« Il faut méditer sur le socialisme, ajoutera de Mun. Sa puissance n'est pas dans les théories anarchiques, ni dans les actes de violence. C'est, au contraire, son infirmité ; elle est dans les instincts profonds de l'âme populaire altérée de justice. C'est là qu'il faut la chercher et la joindre en lui opposant la seule force capable de répondre mieux que lui à cette soif de justice : la force du Christianisme. » (4).

Et c'est bien parce que, pour triompher du socialisme qui a son idéal, il est nécessaire de lui opposer un idéal supérieur « à celui qui fait présentement sa force », que les catholiques sociaux ont toujours été et demeurent, à l'heure actuelle, les seuls adversaires sérieux des socialistes : on peut lutter victorieusement contre une idée, non pas en l'ignorant, ou en la discutant, mais en lui opposant une autre idée et en

(1) J. 0. Débats {Chambre), 4 février 1925, p. 524.

(2) Barde. Op. cit., p. 56.

i'^) De Mun. Discours. T. IV, p. 95. (4) De Mun. Combats, T. IV, p. 236.

en montrant pratiquement toute la générosité, s'épanouissant dans les œuvres qu'elle peut inspirer.

Pas plus donc qu'il ne fut un réactionnaire, de Mun n'a pu être, à proprement parler, un socialiste. Aux bourgeois timorés qui l'accusaient d'être un socialiste, il aurait pu répondre avec Mgr Mermillod : « les riches ont encore plus besoin de l'aumône de la vérité, que les pauvres de l'aumône de la charité ».

Est-ce vraiment faire du socialisme, tel que l'entend M. Blum, que de comprendre les nécessités sociales de notre temps et de réclamer cet effort de justice qu'exigent les souffrances trop réelles, et les injustices inadmissibles qui pèsent sur le monde ouvrier ? Si de Mun fut accusé d'être un socialiste, comme il fut accusé d'être un réactionnaire, c'est bien parce que, comme le fait observer M. Goyau, « si on lui eût épargné cette épithète, on eût perdu l'occasion d'un malentendu et le prétexte d'une confusion, c'est-à-dire, le pain quotidien des partis )> (1).

III. Statolâtre, — La question de l'intervention de l'Etat et du rôle précis du législateur est celle qui longtemps a divisé les catholiques sociaux en deux écoles :

— L'école d'Angers, ou groupe des Conservateurs, dont Le Play a été le fondateur, et dont Mgr Freppel et M. Perrin ont été, après lui, les représentants les plus éminents ;

— L'école de Liège, ou groupe des Réformateurs, à laquelle appartenait le comte de Mun.

Pour la première école, l'ordre économique a pour facteur essentiel, et doit conserver comme facteur prédominant: la liberté. L'Etat ne peut intervenir dans le régime du travail que pour sauvegarder les droits individuels, lorsque ces derniers sont menacés, et lorsque l'individu est impuissant à se défendre.

L'Etat n'est pas le défenseur du faible : il est le défenseur du droit ; l'intérêt public réside avant tout dans l'intérêt du droit. « Que l'Etat intervienne dans le monde du travail pour la protection des droits de chacun, pour la répression des abus manifestement contraires à la loi divine et morale, rien de mieux. Que l'Etat donne l'exemple de la réglementation du travail dans les industries qui relèvent de lui, fort bien ; c'est son rôle, sa fonction. Mais pour le reste, dévouement et liberté, cela nous suffit. » (2).

Cette école, si elle ne repousse pas l'intervention de l'Etat

(1) Goyau Autour du Catholicisme social. T. I, p. 300.

(2) Mgr Freppel. Cité par Antoine, op. cit. p. 262.

pour faire cesser les abus dont souffre le monde du travail, fait cependant appel, pour une très large part, à l'initiative privée pour rétablir la paix sociale : elle attend notamment les meilleurs résultats de l'institution du patronage.

Pour l'école de Liège, l'ardre économique, issu de la Révolution, étant vicié par le libéralisme et l'individualisme, il faut travailler à le reformer d'après les principes du droit naturel et du christianisme. La restauration sociale comprend, outre l'action de l'Eglise et le dévouement de la classe dirigeante, l'organisation professionnelle et une législation sagement conçue et progressivement établie.

L'Etat doit pourvoir, en effet, au bien-être de la société ; il doit donc faire respecter la justice, et de plus, promouvoir le bonheur social ; il est ainsi nécessaire qu'il intervienne dans la protection du travail, afin de le faire concourir à la prospérité et au salut public, et non pas seulement, dans le cas et dans la mesure où les droits individuels sont menacés.

Quels seront les droits protégés ? jusqu'où ira cette protection ? quels abus réprimera-t-on et par quels moyens ? C'est ici que se fait le départ des divergences entre les deux écoles. Si l'une et l'autre sont au fond d'accord pour reconnaître la nécessité de rintervention de l'Etat afin de prévenir et réprimer les abus qui peuvent se produire dans le monde économique et social, elles se divisent sur le mode et le degré de cette intervention.

« Parmi les catholiques français, les uns, qui représentent plutôt le principe de la liberté non seulement individuelle, mais organisée, se rattachent en un certain sens par leur tendance à l'école de Le Play ; les autres qui .sur le terrain du christianisme, poursuivent une réforme économique, par l'intervention efficace de l'Etat, se groupent autour des représentants des Cercles Catholiques d'Ouvriers... La protection du droit est-elle la seule fin de l'Etat, et par conséquent, son intervention positive n'est-elle justifiée et exigée par l'intérêt général que dans le cas et la mesure où les droits des individus ou des classes plus particulières .seraient atteints ou exposés ? Ou bien, outre la protection des droits, l'Etat a-t-il mission de promouvoir positivement le bien général, et par conséquent, peut-il imposer de sages sacrifices aux particuliers pour fournir à la liberté et à l'activité individuelles des ressources plus considérables que, livrés à eux-mêmes, les particuliers ne sauraient se procurer qu'avec une difficulté excessive ? » (1). C'est vers cette dernière solution que penchait de Mun incontestablement. « M. de Mun ne croit pas

(1) R. P. Lehmkul. Cité par Antoine, op. cit. p. 270.

à la bienfaisance du capital. Il ne le juge pas capable de guérir de lui-même les maux de la société et veut l'y contraindre par l'intervention de l'Etat. » (1).

Nous avons eu l'occasion de voir comment il ramenait à trois mesures urgentes l'intervention de l'Etat :

— Fixation de la journée maximale pour les ouvriers de la grande industrie ;

— Fixation d'un salaire minimum ;

— Fixation de l'assurance obligatoire, administrée par l'initiative privée, individuelle ou corporative.

Dans son discours de Saint-Etienne, et par application des principes posés dans' l'Encyclique Rerum Novarum, il étendra l'intervention de l'Etat à la restriction du travail des enfants et des femmes, à l'interdiction du travail de nuit, et à l'obligation du repos dominical. Les articles de son programme étaient si peu empreints de socialisme d'Etat, que Léon XIII n'hésitait pas à les approuver solennellement quelque temps après.

Si de Mun réclame l'intervention de l'Etat, c'est parce qu'à ses yeux, l'Etat est la seule force qui subsiste en présence des individus. Mais son intervention ne doit pas aller au-delà de certaines limites que nous avons fixées plus haut.

Fallait-il pour cela crier au socialisme d'Etat et l'accuser de statolâtrie ?

Qu'est-ce que le socialisme d'Etat ? » G*est, dira de Mun, une conception sociale dans laquelle l'Etat, le pouvoir central, possède et administre directement toutes les grandes entreprises financières oui industrielles du pays, en dirige toutes les institutions sociales, encaisse toutes les ressources de la nation, et pourvoit lui-même en retour à tous les besoins moraux et matériels des citoyens, devenant ainsi le caissier et le banquier universel, l'agent général des transports et du commerce, le distributeur exclusif du travail, de la richesse, de l'instruction, des emplois, et des secours, en un mot, le moteur et le régulateur de toute l'activité nationale. Une telle conception équivaut à l'organisation du plus monstru/eux despotisme, à la négation la plus absolue des droits de la personnalité humaine. » (2).

Voilà," d'après lui, où réside le socialisme d'Etat, et non dans une législation protectrice de la faiblesse, réprimant les abus, disciplinant les forces vives du pays, mais ne les absorbant pas au point d'en paralyser le développement et d'en

(1) H. Saint-Marc. Cité par Antoine, op. cit. p. 279.

(2) De Mun. Discours, t. IV, pp. 341-342.

détruire rautonomie. Il avait donc raison de protester et de déclarer qu'il n'était pas un statolâtre en demandant aux pouvoirs publics de remplir, en intervenant, leur mission de protection sociale à l'égard des petits et des faibles.

L'organisation corporative qu'il réclamait n'avait-elle pas pour but, tout à la fois, de porter remède aux maux de l'individualisme et à l'omnipotence de l'Etat ? S'il faisait appel aux Pouvoirs publics, ce n'était que pour suppléer momentanément au défaut d'organisation de la société ; car il entendait bien demander à la corporation d'abord, puis au syndicat, de régler par la suite cette organisation.

IV. Allemand, — Après avoir été accusé d'être un réactionnaire, un socialiste, un statolâtre, de Mun, enfin, a été traité d'allemand. « Généralement nos adversaires... nous arrêtant au premier mot de réglementation en faveur des adultes, nous traitent de socialistes, de statolâtres, et pour finir d'allemands! Ce sont certes de grands mots ! les premiers, parce qu'ils nous supposent gratuitement, pour nous réfuter plus aisément, une doctrine sociale qui effraye à bon droit l'esprit public ; le dernier parce qu'il fait appel, en le dévoyant et en le faussant, au sentiment patriotique pour nous rendre suspects. ))(1).

La législation sociale qu'il préconisait aurait été de pure inspiration étrangère, et suivant M. Rambaud(2), l'action et les idées des fondateurs des Cercles Catholiques d'Ouvriers ne seraient qu'un reflet pâli des idées émises par les groupes d'Allemagne et d'Autriche.

Nous avons indiqué précédemment la part dont de Mun était redevable à l'influence étrangère, et nous avons tenu à souligner déjà que, si cette influence avait été incontestable, elle n'avait pas été exclusive, et que jamais elle n'avait été prépondérante, au point d'annihiler toute inspiration originale chez Albert de Mun et chez ses collaborateurs.

De la Tour du Pin, dans une lettre qu'il adressait au directeur de « L'Association Catholique », le 10 août 1903, s'est appliqué à faire justice de ces critiques. Après avoir rappelé sous quelles impressions, et à quels spectacles, l'âme du comte de Mun s'était ouverte aux idées dont son magnifique langage a fait la fortune, et indiqué pour lui-même et pour la plupart de leurs collaborateurs du Conseil des Etudes, comment leur formation sociale était essentiellement d'inspiration nationale et traditionnelle, il ajoutait : « Est-ce à dire, après avoir fait acte d'autodoxie, que rous ne soyons redevables en quoi que ce soit

(1) De Mun. Discours, t. IV, p. 329.

(2) Rambaud. Histoire des Doctrines économiques.

à nos coireligionnaires en dehors de ce pays ? Ce serait sottise et ingratitude » (1).

Sottise : car, on ne saurait ignorer l'œuvre d'un Vogelsang, et oublier le rôle de l'Union de Fribourg ; ingratitude : car, les catholiques sociaux français ont pris « des convictions traditionnelles chez toutes les nations d'antique civilisation chrétienne, mais refoulées de chez eux par une philosophie qui est bien, elle, d'origine étrangère et qu'il faut appeler par son nom : le libéralisme » (2).

N'est-ce pas le cas de rappeler que le socialisme marxiste et le communisme moscovite sont deux plantes exotiques importées de l'étranger pour infester le sol français, et de citer, à ce propos le jugement de Bonald : « Ce sont les idées de l'étranger qui nous ont asservis et livrés aux armes de l'étranger ? »

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