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LES RÉALISATIONS

L'œuvre sociale d'Albert de Mun est par dessus tout une œuvre de réalisations.

Homme d'action plus qu'homme de science ou de doctrine, de Mun a poursuivi cette œuvre avec la préoccupation constante de réaliser pratiquement les réformes sociales susceptibles de « porter remède aux maux de la classe ouvrière dont « son intelligence et son cœur avaient été si fortement saisis )) (1).

Ces réformes positives, il les a accomplies à la fois dans le domaine politique et dans le domaine social. La connexité intime qui s'est établie entre son action politique et son action sociale s'explique parfaitement : il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'être social sans être politique, et de Mun, pour sa part, « n'ignorait point que la vie sociale d'une nation n'est pas sans dépendre quelque peu de sa vie politique » (2). Social parce que catholique, il devait être politique parce que social.

Et de fait, lorsqu'en 1875 il dut quitter l'armée par suite des difficultés qu'il éprouvait à concilier les exigences de sa vocation sociale avec celles de sa profession, sa démission lui ouvrit les portes de la Chambre des députés.

La tribune lui permit de développer publiquement son programme social et de s'employer, de plus, à faire pénétrer dans notre législation cet esprit chrétien dont il était lui-même animé.

Son activité créatrice ne se cantonna pas dans le cadre de la vie parlementaire ; de Mun s'est attaché à fonder et à susciter des œuvres sociales proprement dites susceptibles de former une élite ouvrière et de permettre aux classes dirigeantes d'aocompHr leur devoir social vis-à-vis des classes populaires.

(1) Mgr Baudrillart. Discours de réception à TAcadémie Française.

(2) Mgr Baudrillart, Discours de réception à rAcadémie Française.

Son œuvre politique est inséparable de son œuvre sociale, car, toutes deux, en s'inspirant des enseignements de l'Evan- || gile, et des leçons de l'Eglise, ont été consacrées au service d'un idéal commun : la restauration de l'ordre social chrétien.

Dans un premier chapitre, nous étudierons donc la vie publique d'Albert de Mun en nous attachant à en déterminer les principes directeurs. Député pendant près de trente-huit années consécutives, de Mun a joué en France, de 1876 à 1914, un rôle très important comme chef politique.

Si, après avoir été élu la première fois comme candidat catholique, il s'est fait ensuite le défenseur de la Monarchie, pour se rallier ensuite à la République, c'est parce que fidèle à la doctrine évangélique, il ne recherchait dans la forme du gouvernement que celle qui serait le plus à même de sauvegarder sa foi, et d'assurer à l'Eglise l'exercice de ses libertés.

Malgré des contradictions plus apparentes que réelles, cette vie publique, qui ne peut se comprendre et ne doit s'expliquer qu'en fonction de sa vie sociale, est faite d'unité ; de Mun a pu briser avec ses partisans, il n'en est pas moins resté toujours fidèle à sa cause, car avant d'être l'homme d'un parti quelconque, il a été le serviteur du Christ, de la patrie et du peuple.

Et c'est bien parce qu'il entendait être le serviteur du Christ et du peuple, qu'il s'attacha à soulager la misère des humbles en collaborant à la préparation, à la discussion et au vote de toutes les lois ouvrières de la troisième République.

Si ses interventions ne trouvèrent pas toujours au sein des assemblées parlementaires l'accueil qu'elles méritaient, la Chambre n'en devait pas moins reconnaître, par la suite, et sous l'empire des nécessités, la sagesse des réformes qu'il avait proposées. Ce n'est pas sans une certaine satisfaction que nous constatons que notre législation actuelle, et notamment notre législation d'après-guerre, consacre la plupart des solutions dont il avait vainement réclamé l'adoption trente ans auparavant.

L'examen de cette œuvre législative fera l'objet de notre second chapitre.

Dans un troisième chapitre nous verrons que de Mun a fondé deux grandes œuvres sociales : l'œuvre des Cercles Catholiques d'ouvriers et l'Association Catholique de la Jeunesse Française ; il a de plus suscité la création d'œuvres subséquentes, qui s'inspirent toutes de ses enseignements et dont le développement va sans cesse s'affirmant ; ce sont les Secrétariats Sociaux, les Semaines Sociales, la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens et l'Action Populaire.

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