LES ŒUVRES SOCIALES
Nous avons déjà eu l'occasion, en faisant l'exposé de la doctrine d'Albert de Mun, de montrer l'importance que ce dernier attachait au développement des œuvres. Les œuvres étaient, en effet, pour lui, « le terrain de manœuvre du cœur » (1) ; elles constituaient « entre les âmes un échange inégal où celle qui se donne la première est payée par celle qu'elle a conquise d'une double récompense, le bien qu'elle a fait et celui qu'elle a reçu » (2).
Les œuvres devaient ainsi permettre aux différents éléments du monde de la production cette prise de contact qui préluderait au désarmement des haines en substituant à l'antagonisme l'union des classes et la solidarité des intérêts ; pour les classes dirigeantes, elles étaient le moyen de se dévouer aux classes populaires, de connaître leurs besoins et de soulager leur misère — aux travailleurs elles fournissaient l'occasion d'un rapprochement dont le résultat fécond devait se manifester dans l'amélioration de leur condition non seulement au point de vue matériel, mais également au point de vue moral et sociaL
Elles étaient enfin pour de Mun la manifestation concrète de son programme fait d'action et de réalisation tangible. A quoi bon opposer au libéralisme et au socialisme une attitude purement critique et négative ? Pour les combattre victorieusement il fallait avant tout faire la i3reuve de la valeur pratique de la doctrine qu'on entendait servir et dont on voulait
(1) De Mun, La Conquête du Peuple, p. 86.
(2) De Mun, La Conquête du Peuple, p. 87.
assurer le triomphe ; quelle que soit sa force, en effet, la vérité ne se suffit pas à elle-même pour s'imposer ; il faut d'abord convaincre avant de vaincre, et pour convaincre, les œuvres n'étaient-elles pas un merveilleux instrument d'apostolat et de conquête ?
Et l'on comprend qu'en terminant sa brochure sur « La conquête du Peuple », comme Danton commandant l'audace, de Mun, à son tour, se soit écrié : « Des œuvres, encore des œuvres et toujours des œuvres » (l).
De Mun ne s'est pas contenté de faire à ses contemporains ; l'apologie des œuvres ; réalisateur par-dessus tout, il a fondé l'Œuvre des Cercles Catholiques d'Ouvriers, qui a connu, notamment à la fin du XIX^ siècle, une prospérité très grande» et, après avoir créé les Cercles d'Etudes, il a jeté les bases de l'Association Catholique de la Jeunesse Française.
Ces œuvres constituent les fondations immédiates : elles ont permis Téclosion d'œuvres subséquentes que les besoins du moment et les circonstances ont rendues opportunes ; nous voulons parler :
— Des Secrétariats sociaux ;
— De la Confédération Française des Travailleurs chrétiens ;
— Des Semaines sociales ;
— De l'Action Populaire.
Ces œuvres sont en quelque sorte l'efflorescence de l'action
sociale d'Albert de Mun ; s'il n'en a pas été le fondateur direct du moins en a-t-il préparé la création et en est-il demeuré l'inspirateur.
§ I'". — LES FONDATIONS IMMÉDIATES I. — l'œuvre des cercles catholiques d'ouvriers.
L'Œuvre des Cercles fut fondée à Paris, le 25 décembre 1871, par un groupe de catholiques à la tête desquels se trouvaient Albert de Mun et de la Tour du Pin ; préoccupés de la régénération patriotique et sociale de la France, tous deux, au cours de leur captivité en Allemagne, en avaient entrevu le principe et conçu l'idée générale, mais il fallut les circonstances spéciales que nous allons relater pour permettre à de Mun d'en jeter les fondements définitifs.
L'Œuvre des Cercles se rattache à ce mouvement des œuvres ouvrières catholiques (patronages et cercles) qui, à la fin
(1) De Mun, La Conquête du Peuple, p. 93.
du second empire, avaient été créées en France. En 1856, un prêtre d'Angers, l'abbé Le Boucher, avait fondé un bulletin intitulé : « Le Jeune Ouvrier », lequel était destiné à devenir l'organe des directeurs d'œuvres ; le 31 août 1858, il prenait l'initiative de rassembler à Saint-Laud, sa paroisse, un premier congrès, qui comprenait vingt-cinq apôtres s'occupant plus spécialement des jeunesses ouvrières. Cette réunion tenait en germe l'Union des Œuvres ouvrières Catholiques^ qui fut régulièrement constituée à Nevers le 4 Septembre 1871 et qui fut longtemps présidée par Mgr de Poterat, décédé depuis quelques mois.
Parmi ces apôtres se trouvait Maurice Maignen, des Frères de Saint- Vincent de Paul, qui avait fondé au boulevard Montparnasse, avant 1870, un Cercle de Jeunes Ouvriers ; ce cercle était une annexe du grand patronage d'apprentis de Nazareth.
Sans doute, entre le cercle et le patronage subsistait un lien étroit, mais alors que dans celui-ci, composé d'enfants et de jeunes gens, le directeur demeurait le maître absolu de la discipline et de l'administration, celui-là par contre ne comprenait que des ouvriers ayant terminé leur apprentissage et était gouverné et administré par un président 9t des conseillers ouvriers désignés pair leurs camarades. Le caractère catho-^ lique de l'œuvre était attesté par la présence d'un aumônier.
Ainsi, comme le fera remarquer de Mun, le Cercle de -Montparnasse avait cette particularité qu'à « l'ancienne forme du patronage il substituait une organisation nouvelle dont l'objet était de prolonger, des enfants aux jeunes hommes, l'action tutélaire de l'apostolat chrétien en faisant appel à leur propre initiative ». « Tout le mouvement social de notre temps, observe-t-il, était en germe dans cette conception » (1).
De Mun fut appelé par un concours de circonstances provi-^ dentiel à entrer en rapport avec le directeur de ce Cercle ; ce dernier préoccupé de l'avenir de son œuvre que la guerre et les événements de la commune avaient quelque peu compromis, cherchait des hommes de bonne volonté susceptibles de s'intéresser à son sort. C'est dans ces conditions qu'il vint trouver au Louvre, dans le Cabinet de service du général de Ladmirault, Gouverneur de Paris, le lieutenant Albert de Mun.
On connaît la page émouvante dans laquelle de Mun nous rapporte l'entretien qui devait avoir une action déterminante sur sa vocation sociale. « Maignen ne parlait plus de son Cercle, il parlait du peuple et il parlait des riches. Il ne deman-
(1) De Mun, Ma Vocation sociale, p. 58.
dait pas l'aumône, il enseignait l'amour et il ordonnait le dévouement. Nous étions debout près de la fenêtre : entre les arcades, la ruine prodigieuse du château des Tuileries dressait tragiquement son dôme crevé et ses murailles calcinées^ L'homme de Dieu les montrait : Oui, disait-il, cela est horrible, cette vieille demeure des rois incendiée, ce palais détruit où tant de fêtes éblouirent les yeux. Mais qui est responsable ? ce n'est pas le peuple, le vrai peuple, celui qui travaille, celui qui souffre..., mais celui-là, qui de vous le connaît ?..► Ah ! les responsables, les vrais responsables c'est vous, ce sont ^es riches, les grands, les heureux de la vie qui se sont tant amusés entre ces murs effondrés, qui passent à côté du peuple, sans le voir, sans le connaître, qui ne savent rien de son âme, de ses besoins, de ses souffrances ?... Moi, je vis avec lui et je vous le dis de sa part : il ne vous hait pas, mais il vous ignore comme vous l'ignorez. Allez à lui, le cœur ouvert, la main tendue et vous verrez qu'il vous comprendra » (1).
Gomme le fera observer Mgr Baudrillart, dans son discours de réception à l'Académie Française : « Le cœur du soldat chrétien était à jamais conquis, son avenir décidé, l'Œuvre des Cercle fondée ».
Le 10 décembre 1871, de Mun, en uniforme, se rendait au Cercle de Montparnasse, et là, prenant contact avec des ouvriers qui l'accueillaient par leurs applaudissements, il prononçait son premier discours. « Les yeux de ces ouvriers parisiens, écrira-t-il, fixés sur les miens, faisaient vibrer tout mon être ; un souffle surnaturel traversait la petite salle où s'enfermait le mystérieux dialogue de nos cœurs... Je croyais prononcer la formule d^un pacte solennel ; sans le savoir, irrésistiblement, je me donnais tout entier » (2).
Ce fut à la suite de cette rencontre qu'Albert de Mun résolut, non seulement de sauver le cercle de Montparnasse, mais d'en « fonder âe semblables dans tous les quartiers de Paris, en commençant par les plus populaires, par Belleville, par Montmartre encore frémissante de l'insurrection vaincue, là même où la question sociale, faite de colère et d'injustice, d'égoïsme et de révolte, s'était, dans un éclair, dressée... » (3). Quelques jours plus tard, réuni avec quelques amis, il constituait un « Comité pour la fondation des Cercles Catholiques d'Ouvrier dans Paris ». « L'Appel aux hommes de bonne volonté » qui en était le manifeste, proclamait leurs idées. Conformément au désir qu'il avait exprimé, le premier
(1) De Mun, Ma vocation sociale, p. 61-62.
(2) De Mun, Ma Vocation sociale, p. 64.
(3) De Mun, Ma Vocation sociale, p. 67.
cercle fut fondé à Belleville, le 7 avril 1872. Cet événement prend à ses yeux une importance qu'il entend souligner « non seulement parce que l'œuvre commença ce jour-là à manifester sa vie autrement que par des déclarations, mais parce qu'il fut le point de départ du grand mouvement social qu'elle à déterminé » (1).
Cette fondation fut le signal d'une active propagande : de Mun, plein d'enthousiasme, distribue dans Paris des tracts et y donne des conférences ; il parcourt le pays, organisatit des réunions publiques et contradictoires. Bientôt l'Œuvre des Cercles cesse d'être exclusivement parisienne et prend pied en province : Lyon, à la voix de ce nouvel Ozanam, fonde à son tour deux cercles (Dec. 1872).
A Paris, des cercles sont créés successivement dans le quartier de Montmartre, de Vaugirard, du faubourg St-Antoine, de la Villette, de Passy et des Batignolles. En 1873, de Mun entreprend « son tour de France » soit pour encourager les fondations, soit pour présider l'inauguration d'un Cercle.
Le 15 Mai 1873 a lieu la première assemblée générale de l'Œuvre des Cercles : 350 membres y assistent venant de toutes les régions de France.
En même temps que s'effectue la propagande extérieure s'opère un travail en profondeur indispensable à la vitalité de l'œuvre ; en présence de l'ampleur prise rapidement par le mouvement, il fallait des cadres, une discipline, et une direction. Un Secrétariat Général, divisé en sections, est constitué ; la France est partagée en zones suivant les anciennes circonscriptions provinciales et groupées d'après leur étendue. Dans chaque ville on institue un comité local composé de personnes appartenant à l'élite de la société et chargé de soutenir et de développer les œuvres. Ces différents organes reliés hiérarchiquement entre eux et avec Paris, assuraient une « fraternité » qui était « la force de l'œuvre et son aliment » (2).
Le 15 décembre 1876 paraissait le premier numéro de « L'Association Catholique » qui était l'organe de l'Œuvre et dont la publication devait être suspendue quelques années plus tard.
Afin de resserrer les liens unissant les membres de TŒuvre, de Mun, sur le conseil de Maignen, créa pour les sociétaires ouvriers un livret-diplôme qui contenait, avec des conseils pieux et pratiques, l'indication de toutes les villes où existait un cercle catholique d'ouvriers ; ce livret était remis solen-
(1) De Mun, Ma Vocation sociale, p. 110.
(2) De Mun, Ma Vocation socîabs, p. 137.
nellement — il constituait pour son titulaire une sorte de passeport, lui permettant partout où il le présentait d'être reçu par les membres du cercle local « en ami et en frère » (1)
Un diplôme d'adhésion était remis aux membres de l'GÈuvre appartenant à la classe élevée.
Certaines pratiques religieuses (prières, communion, retraite, pèlerinage) étaient instituées dans le but d'affermir le lien religieux de l'Œuvre.
Comme l'indique A. de Mun, le pèlerinage de Notre-Dame de Liesse, qui fut choisie comme patronne de l'Œuvre (17 août 1873), marque la fin de l'histoire de la fondation des Cercles Catholiques d'Ouvriers.
But de V Œuvre. — L'Œuvre des Cercles a pour but de créer, au nom de la doctrine évangélique, et en vue de la justice et de la paix sociale, une collaboration fraternelle entre la classe
L'Œuvïe entend d'abord demeurer fidèle aux principes évangéliques ; elle proclame son indéfectible soumission aux enseignements de l'Eglise, notamment en tout ce qui regarde l'ordre social dont elle aspire à préparerr la restauration chrétienne dans les formes qu'elle se préoccupe toujours d'adapter aux besoins des temps et des lieux. C'est pourquoi ses membres, entendant mettre leur vie en conformité absolue avec leurs principes directeurs, s'associent entre eux par un lien de prière commune et de pratique religieuse et s'efforcent de développer en eux la vie spirituelle, par l'habitude de la messe, de la communion fréquente, et par une retraite fermée suivie tous les ans, en commun.
« Notre lien religieux, dira de Mun en parlant de l'Œuvre, a été sa sauvegarde » (2),
L'Œuvre ayant en vue le rétablissement de la justice et de la paix sociale, elle estime que l'organisation corporative fondée sur le droit d'association, est le moyen le plus propre à la réalisation de la réforme sociale. Son activité est donc orientée vers l'organisation corporative qu'elle s'efforce de réaliser ou de préparer dans les institutions qu'elle crée.
Ces institutions ont pour forme originelle le Cercle Catholique qui est un foyer d'apostolat chrétien et social où les travailleurs et ceux qui ont reçu plus largement les dons de la Providence préparent cette union des cœurs et des intérêts qui, en se substituant à l'antagonisme des classes, s'épanouira
(1) De Mun, Ma vocation sociale, p. 138.
(2) De Mun, Ma vocation sociale, p. 95.
dans l'organisation corporative. Le Cercle est donc le vestibule du syndicat professionnel.
Le Cercle Catholique d'Ouvriers nous apparaît donc avec un double caractère religieux et social.
Par définition, il est d'abord un groupement catholique. Comme l'expliquait Maignen, dans le rapport qu'il présentait à la première Assemblée Générale de l'Œuvre, en Mai 1873, le Cercle doit recruter ses éléments principaux non pas parmi les ouvriers éloignés de la pratique, mais parmi c«ux qui sont demeurés les plus fidèles à leur foi ; car, créé avant tout pour les ouvriers catholiques, le Cercle entend défendre surtout ces derniers contre la propagande révolutionnaire. Sans doute les ignorants ou ceux qui ont été trompés ne seront pas exclus, mais le Cercle entend être une institution nettement catholique pour demeurer fidèle à sa devise : « In hoc signo vinces ».
Le Cercle est, de plus, un centre de pacification sociale en ce sens qu'il prépare le rapprochement et la coopération de ces facteurs de la production que sont les patrons et les ouvriers.
Depuis la désorganisation des cadres sociaux, opérée par la Révolution, le monde du travail s'efforce de retrouver son équilibre disparu ; sans doute, la loi de 1884, complétée par celle de 1920, en autorisant la libre constitution des syndicats, a permis de pallier dans une certaine mesure à cet état de choses. L'Œuvre voit dans le syndicat un organisme essentiellement professionnel et c'est pourquoi, d'une part, elle travaille à le pénétrer d'esprit vraiment chrétien afin de faire mieux comprendre aux patrons et aux ouvriers leurs devoirs réciproques, la communauté de leurs intérêts, ensuite, d'autre part, elle essaie de dissiper les préventions qui subsistent encore contre cette réforme sociale, aussi bien dans l'esprit de certains patrons que dans celui de certains ouvriers.
Les ouvriers ne comprennent pas toujours les avantages professionnels du syndicat : accaparé par les éléments extrémistes, le mouvement syndical orienté vers la politique, a pris rapidement une forme révolutionnaire qui en dénature le sens ; pour beaucoup, le mot Syndicalisme est synonyme de « guerre aux patrons ». On comprend dès lors que de nombreux ouvriers soient restés sur la réserve et que beaucoup de patrons tiennent encore les syndicats en méfiance.
Le Cercle doit travailler à dissiper ces malentendus et s'efforcer de ramener le mouvement syndical dans ses voies pacifiques en le maintenant uniquement sur le terrain professionnel.
Le double caractère religieux et social du Cercle d'Ouvriers
en fait nécessairement le groupement d'une élite religieuse d'une part, professionnelle d'autre part.
Comme l'écrivait de Mun, il ne suffit pas que « par le consentement des ouvriers eux-mêmes qui s'y réfugient comme dans un port abrité des tempêtes, le Cercle devienne une maison familiale où s'exercera l'autorité paternelle d'un directeur aimé » ; il doit « être un centre de vie animée par l'initiative des travailleurs eux-mêmes, d'études professionnelles cultivées avec l'amour passionné du métier, d'idées sociales laborieusement acquises et courageusement propagées au dehors » (1).
Le Cercle doit donc être un foyer contribuant à développer l'esprit religieux et l'éducation syndicale. La formation des élites prend à ses yeux une importance considérable. « C'est par l'action des élites, déclarait M. Duthoit dans la leçon d'ouverture de la Semaine Sociale de Metz (1919), que les ouvriers organisés participeront non seulement à la fixation des conditions de leur travail, mais à l'orientation économique du pays dans les Chambres du Travail, à l'amélioration de la technique industrielle dans les conseils d'usine : ils doivent se préparer à la gestion des entreprises là où c'est possible ».
Pour former une élite agissante, convaincue et capable de convaincre, la direction du cercle d'ouvriers s'attache à favoriser, d'une part, la formation religieuse, la pratique en commun et l'apostolat extérieur de ses membres, et, d'autre part, à éveiller leur initiative personnelle et à renforcer leur valeur professionnelle.
La formation religieuse est assurée par la prédication et elle est complétée par le cercle d'études religieuses grâce auquel l'ouvrier qui a appris la vérité apprend à son tour à la communiquer. Les retraites constituent la véritable école de formation de l'élite ouvrière. Comme l'écrit de Mun : « Là seront trempés dans la robuste éducation de l'âme et de l'esprit, des caractères que rien ne peut ensuite ébranler ; là, dans l'élan d'une piété chevaleresque, de généreuses résolutions changeront des chrétiens timides en apôtres ardents ; là se concluront, dans l'intimité de longues causeries, des amitiés fécondes dont l'étroite communauté des idées fera le lien indestructible » (2)
La pratique en commun renforcera chez les ouvriers le sentiment de leur groupement professionnel et constituera en quelque sorte l'apprentissage de l'association.
(1) De Mun, Réforme nécessaire. Art. du Gaulois, 31 janv. 1912.
(2) Reverdy, La Direction chrétienne et sociale d'un cercle, p. 23.
Le Cercle, enfin, s'attachera à devenir un centre d'apostolat de l'ouvrier par l'ouvrier. Sans doute, pour être un apôtre il faut non seulement une éducation du cœur que la formation religieuse prépare, mais il faut aussi une éducation de l'intelligence. Et c'est pourquoi le Cercle d'études sociales doublera le cercle d'études religieuses afin de donner à l'ouvrier les éléments doctrinaux indispensables à la propagation de la doctrine.
(( Dans notre temps de lutte et de discussion, écrivait de Mun en 1912, l'influence appartient à ceux qui sont armés pour les soutenir, non seulement avec vigueur, mais avec compétence. Je suis souvent frappé de la connaissance des questions ouvrières, de la richesse de documentation que les socialistes, membres des syndicats, simples travailleurs, apportent à l'appui de leurs idées et mettent au service de leur passion. Ils ont étudié. On n'étudie pas assez dans nos cercles ; on n'étudie pas surtout assez professionnellement, si je puis m'exprimer ainsi. La conquête des âmes et des intelligences populaires ne peut se faire que par les travailleurs euxmêmes parce qu'eux seuls en connaissent bien les aspirations et les tendances. Pour qu'ils deviennent des conquérants, il faut que leur formation intellectuelle et morale leur en donne la force et l'autorité. C'est à nous de la leur faciliter, et c'est l'objet trop souvent oublié des œuvres sociales » (1).
Le peuple en France suit les courants intellectuels ; il se laisse guider par les élites et c'est pourquoi le cercle ouvrier s'attache à en former. « C'est l'aboutissement de la direction du Cercle, d'amener ainsi les ouvriers d'élite dont elle a fortifié le catholicisme et éveillé l'esprit d'apostolat, éclairé la mentalité sociale, jusqu'à la porte du syndicat catholique où ils trouveront le champ d'exercice de leurs qualités professionnelles » (2)
Organisation générale de l'Œuvre. — L'action de l'Œuvre des cercles s'exerce sous la direction d'un comité général dit Comité de l'Œuvre, et par des associations catholiques organisées en comités locaux.
Le Comité général veille au maintien de l'esprit de l'œuvre afin d'en sauvegarder l'unité ; les comités locaux se préoccupent des associations ouvrières rattachées à l'œuvre et s'efforcent d'en créer de nouvelles sous la forme la plus appropriée aux besoins locaux. (Cercles, syndicats, secrétariats du peuple, etc..)
(1) Reverdy, op. cit., pp. 26-27.
(2) Reverdy, op. cit, p. 29.
L'organe de la direction est le Secrétariat Général (1). Il est assisté par quatre chefs de section, ayant chacun une responsabilité propre, pour la part d'action dont ils sont chargés.
Les attributions de chaque section sont les suivantes :
1'® Section : la propagande générale de l'œuvre ;
2^ Section : les fondations.
Son action se répartit entre les diocèses qui, avec les provinces qui les groupent, forment des régions ou zones. La direction est exercée dans chaque zone sous l'autorité du chef de la 2^ Section par un secrétaire de zone, par des secrétaires provinciaux et diocésains.
3^ Section : l'administration ;
4® Section : l'enseignement.
Cette section comprend :
a) le Conseil des Etudes, composé de prêtres ou de religieux, de penseurs, de sociologues et d'économistes qui s'attachent à fixer la doctrine sociale de l'Œuvre en la fondant sur les principes évangéliques.
b) les Commissions industrielle et agricole. Comme l'œuvre élabore une doctrine en vue d'applications pratiques, ces commissions, composées de professionnels, indiquent en connaissance de cause les nécessités et les possibilités des divers milieux du monde économique.
L'Œuvre des Cercles a eu longtemps pour organe « L'Association Catholique » à laquelle M. Barthou s'est plu à rendre l'hommage suivant : « A cette tâche de la reconstitution du corps professionnel, l'Association Catholique a apporté le concours d'une doctrine sûre d'elle-même et d'une rare et enviable ténacité d'efforts » .
L'organe actuel de l'Œuvre est constitué par un bulletin mensuel.
Quels ont été les résultats pratiques obtenus par l'Œuvre des Cercles ?
A la clôture de la troisème Assemblée des Cercles d'Ouvriers, le 22 Mai 1875, de Mun, après une inlassable propagande, pouvait citer les chiffres suivants, attestant le développement pris par l'Œuvre :
130 Comités ;
150 Cercles ;