II. LES CERCLES D ETUDES
Avant d'aborder l'examen de l'Association Catholique de la Jeunesse Française, nous voudrions dire un mot des Cercles d'Etudes qui furent une création directe de l'Œuvre des Cercles catholiques d'Ouvriers, et qui sont à la base de la plupart des œuvres sociales.
On donne le nom de Cercles d'Etudes à des groupements de personnes appartenant à des milieux sociaux différents, et qui se réunissent pour étudier en commun les questions d'actualité, et plus spécialement les questions d'ordre religieux, économique et social.
Le but du Cercle d'Etudes est de procurer à ses membres une formation intellectuelle et morale qui leur permette d'aborder, avec quelque chance de succès, le terrain de l'action, car les meilleures volontés sont en effet vouées à l'impuissance si elles ne sont éclairées par une culture appropriée ; cette formation, d'ailleurs, permet de créer une pépinière d'auxiliaires capables d'assurer le fonctionnement des institutions et de contribuer au développement des œuvres inspirées par la doctrine catholique sociale. Et c'est pourquoi si le programme des études qui sont poursuivies dans les Cercles correspond en principe au but que ces derniers se proposent d'atteindre, il ne saurait, toutefois, être exclusif.
Le Cercle d'Etudes est une institution qui peut ainsi s'adapter à tout groupement où l'on veut faire de l'étude sous une forme coopérative, c'est-à-dire une étude, non reçue d'un professeur, mais faite par les membres eux-mêmes.
Les Cercles d'Etudes ont été créés et lancés par l'Œuvre des Cercles Catholiques d'Ouvriers qui leur ont fourni leurs premiers cadres et les organismes nécessaires à la vulgarisation de la doctrine sociale, dans les milieux d'ouvriers et d'emploj^és. Il convient, à ce propos, de réfuter cette erreur trop souvent répandue d'après laquelle les Cercles auraient été inaugurés en dehors de l'Œuvre et se seraient développés en marge d'elle et presque contre elle. C'est M. Flornoy qui, personnellement avec Léon Harmel, alors que ce dernier était président de l'Œuvre des Cercles Catholiques d'Ouvriers, a
(1) Eblé, Les Ecoles catholiques d*Economie politique et sociale en France, pp. 140-141.
créé les premiers cercles, et contribué à propager ces groupements spéciaux.
Les Cercles d'Etudes sont de simples groupements qui, généralement, ne connaissent pas les conditions étroites d'admission des membres, les obligations religieuses, les statuts légaux et les divers organismes (conseil intérieur, cotisation, élections, etc..) qui s'imposent aux Cercles d'Ouvriers ; ces derniers sont en quelque sorte des maisons solidement construites, dont la distribution et l'ornementation ont été particulièrement soignées. Les Cercles d'Etudes sont plutôt une sorte de « campement » qui ne vise ni à la durée définitive, ni à une existence compliquée ou variée : on s*y réunit pour étudier ou agir sans « construire un édifice » ; leur développement s'est toujours effectué en ordre dispersé ; ils sont demeurés isolés les uns des autres et jamais aucun lien fédératif ne les a réunis.
Leur rôle et leur utilité n'en sont pas moins incontestables, encore qu'il soit difficile de les préciser car les résultats obtenus sont essentiellement d'ordre moral. Créés à une époque où les questions ouvrières étaient loin de préoccuper les esprits, ils ont contribué dans une large mesure à faire naître ce sens social et cet esprit professionnel à l'épanouissement desquels nous assistons aujourd'hui ; agissant par la plume et par la parole, leurs membres ont montré que l'avenir du pays était l'enjeu de la bataille qui se livrait sur le terrain social ; ils ont constitué une pépinière d'apôtres, et, de leurs rangs, est sortie une élite convaincue et éclairée qui s'est imposée parmi les dirigeants des œuvres syndicalistes, mutualistes ou coopératives. Ils ont su témoigner à l'Œuvre des Cercles, qui les avait suscités, une reconnaissance filiale en lui fournissant ses mieilleurs auxiliaires.
« Ils ont mis la question ouvrière à l'ordre du jour ; ils ont « rallié à la cause sacrée des malheureux les S5anpathies du « pays ; ils ont rappelé à une génération qui voulait les igno- « ler les droits et les devoirs du travail et les responsabilités « de la richesse ; ils ont posé les bases d'une organisation « morale de l'industrie ; ils ont enfin adouci bien des haines « et pansé bien des plaies, et s'ils n'ont pas tout fait, s'ils <( n'ont pas vaincu le mal, c'est qu'il était immense et intime- « ment lié à un état de choses général en face duquel l'initia- « tive privée restait forcément impuissante » (1).
(1) Abel Etienne, De l'Œuvre des Cercles au Secrétariat social, pp. 15-16.