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65 journaux ou revues.
Si l'on veut saisir la physionomie particulière de TA. G. J. F. il faut en examiner successivement le but, la méthode et Torganisation.
Le but. — Il résulte de la définition que nous avons donnée plus haut que l'A. C. J. F. a pour but de grouper toutes les forces de la jeunesse catholique française, en vue de coopérer au rétablissement de l'ordre social chrétien, c'est-à-dire « d'une société obéissant aux lois de Dieu, d'une société dont les institutions procurent à l'ensemble des hommes le respect de leurs droits et devoirs réciproques dominés et expliqués par leurs devoirs envers Dieu » (1).
Pour réaliser cet ordre social, il faut un travail de longue haleine qui en prépare l'avènement ; pour refaire un peuple chrétien il faut susciter les hommes qui seront comme « les pierres vivantes » de l'édifice à construire. L'A. C. J. F. veut former ces hommes en pétrissant les jeunes gens d'esprit chrétien, afin de les amener au seuil de la vie publique, de la vie sociale, de la vie religieuse, et de la vie intellectuelle, prêts à affronter sans défaillance les épreuves qu'ils connaîtront, lorsqu'ils voudront bâtir les murs de la cité du bien.
Et c'est pourquoi si l'A. C. J. F. est une œuvre de combat et de conquête, elle est par dessus tout une œuvre de formation. « Formation religieuse et morale, formation générale, forma-
<1) IJn programme de Jeunes (Gompte.Rendu du Congrès de Stras» bourg, 1924), p. 16 (Eblé).
tion professionnelle, civique et sociale, sont autant d'aspects de l'œuvre qui se poursuit patiemment dans nos groupes » (1). L'A. G. J. F. veut d'abord préparer les hommes à la vie publique. Sans doute, il n'est pas dans son programme de faire de la politique ; fidèle aux enseignements de la doctrine catholique sociale, elle ne constitue pas un parti politique et elle n'a pas pour fin essentielle la conquête du pouvoir. Mais elle estime, non sans raison, que la vie publique et le jeu des institutions qui en règlent le rythme, ne peuvent pas ne pas retenir son attention. Les jeunes gens qu'elle groupe doivent être, en effet, un jour des citoyens, et, en tant que citoyens, ils auront des devoirs et des responsabilités : elle estime donc qu'une éducation est nécessaire pour les préparer à accepter les unes et à remplir les autres.
Elle sait que la vie publique bien comprise exige un esprit d'abnégation, de dévouement et de désintéressement, et que c'est une façon de travailler à l'établissement de la paix sociale que de solliciter les suffrages de ses concitoyens pour remplir les mandats mêmes les plus modestes. Comme le disait Maurice Prélot : « Nous sommes civiques parce que sociaux » (2).
Mais pour aborder la vie publique la bonne volonté ne suffît pas ; une éducation et une certaine culture s'imposent, et c'est pourquoi, suivant le mot de Charles Blondel, le cercle d'études est dans le groupe «la véritable école primaire de la vie publique » (3).
Là, les jeunes gens acquièrent l'habitude de la parole et de la discussion ; ils apprennent à diriger des débats, à en résumer les points essentiels ; par le système électif qu'ils pratiquent, ils discernent parmi leurs camarades les plus dignes ; de leur côté, les élus s'emploient à justifier la confiance qui leur a été donnée, et, soumis aux charges et aux responsabilités de la direction, ils font leur apprentissage de chefs.
L'A. C. J. F. n'est pas sans posséder, au point de vue public, un programme qui comprend quelques points essentiels qu'elle voudrait voir consacrer par nos institutions. Ces points sont les suivants :
— Nécessité des principes évangéliques à la base des institutions ;
— Liberté pour l'Eglise de remplir sa mission ;
(1) Un programme de Jeunes (Compte-Rendu du Congrès de Strasbourg, p. 6). F. DE Menthon).
(2) Un Programme de Jeunes (Compte-Ren'du du Congrès de Strasbourg), p. 60.
(3) Un Programme de Jeunes (Compte-Rendu du Congrès de Strasbourg), p. 83.'
— Abrogation des lois de laïcité, dites Intangibles, et qui lui apparaissent comme des mesures d'exception, d'injustice et de persécution ;
— Large décentralisation et restauration des libertés municipales et régionales ;
— Restauration des cadres sociaux et des cadres naturels, par une représentation professionnelle et familiale.
S'ils sont « civiques parce que sociaux » les Membres de l'A. C. J. F. sont avant tout suivant l'heureuse expression d'Henri Bazire, « sociaux parce que catholiques » ; leur programme social se résume dans cette triple devise : « Famille, Cité, Profession ».
La famille est la base même de la société civile ; c'est dans son sein que s'épanouissent les vertus individuelles qui, en rayonnant au dehors, permettront la réalisation de Tordre social. « Les vertus domestiques sont le fondement des vertus sociales et publiques » (1).
La famille est donc une cellule vitale qu'il faut protéger. L'A. G. J. F. rappelle à ses membres qu'elle repose sur quatre grands principes : Indissolubilité du lien conjugal, autorité paternelle, éducation des enfants et stabilité de la famille par la transmission héréditaire des biens.
La (jité est le cadre dans lequel évoluent les citoyens, et c'est pourquoi son organisation et son administration justifient les préoccupations d'ordre public de l'A. C. J. F.
L'action civique est, en effet, une des formes de l'action sociale : « C'est l'exercice réfléchi des droits et des devoirs du citoyen ; c'est le droit et le devoir d'intervenir dans les affaires temporelles, civiles et politiques de la nation ; c'est le droit et le devoir de se mêler des affaires de la commune, du département et de l'Etat ; c'est le droit et le devoir de ne pas abdiquer sa part dans l'administration du pays, dans la confection des lois, dans la gestion des intérêts publics » (2).
La profession, enfin, est à l'ouvrier ce que la famille est au père et la cité aux citoyens. Pour répondre aux besoins de l'ordre social, la prof ession doit être organisée ; elle doit avoir pour base le syndicat possédant tous les moyens d'assurer son épanouissement, et assignant pour but à son action, la défense des intérêts professionnels et l'éducation professionnelle de ses membres.
Initiation économique, formation de la conscience profes-
(1) DuvAL. « Association Catholique de la Jeunesse Française ». Méthodes et Doctrines, p. 43.
(2) DuvAL. « Association Catholique de la Jeunesse Française ». Méthodes et Doctrines, p. 35.
sionnelle, apprentissage syndical, développement de la législation du travail, création d'organismes sociaux, tels sont les points principaux que l'A. C. J. F. qui veut être une « éveilleuse de vocation sociale » s'attache à réaliser.
La méthode. — Les aspirations sociales de l'A. C. J. F. tendent à ce que l'homme, dans le triple cadre de la famille, de la cité et de la profession, puisse atteindre sa fin temporelle et éternelle, en trouvant les appuis qui sont indispensables à sa faiblesse, et les organismes qui l'arrachent à son isolement : « Par naissance et destination, l'A. C. J. F. est un mouvement de pensée et d'action sociales » (1).
L'action publique et l'action sociale, pour ne pas devenir des agitations factices et stériles, ont besoin d'avoir à leur base un principe de vie surnaturel ; pour l'A. C. J. F. l'ordre social implique l'ordre dans les consciences, et c'est pourquoi elle s'attache à l'éducation chrétienne de ses membres, convaincue, avec juste raison, que l'esprit chrétien est un ferment d'activité, de charité et de bonté. « Le premier souci d'un catholique social doit être de vivre intensément une vie chrétienne personnelle » (2).
Mais à son tour, l'éducation civique, sociale et religieuse des membres de l'A. C. J. F., pour être féconde, doit se compléter d'une formation intellectuelle ; car pour pouvoir, il faut savoir, et pour savoir, il faut demander au travail et à l'étude les connaissances indispensables à la formation des intelligences et à la préparation des chefs ; il ne faut donc pas s'étonner qu'à la base même de son organisation, le groupe de jeunesse catholique possède un cercle d'études. ^
La méthode utilisée jDour cette formation publique, sociale, religieuse et intellectuelle, est celle du travail en commun : « formation en commun jDOur l'action en commun, sur un terrain commun sous des principes communs », tels en sont les principes indiqués par M. Eblé et qui s'appliquent aux moyens préconisés : la piété, l'étude et l'action.
La piété pratiquée en commun prend la manifestation d'une volonté qui veut s'affirmer et qui entend faire de la religion, non seulement une affaire privée, mais un principe d'action fécond. « De l'intensité de notre vie chrétienne dépend le succès de nos œuvres » (3).
L'étude en commun donne à l'Association cette communauté de pensée qui s'établit après avoir circulé de groupe en groupe, et qui en assure la cohésion.
(1) Un programmé de Jeunes, op. cit., p. 55 (Prelot).
(2) Un Programme de Jeunes, op. cit., p. 45 (J. Courel).
(3) DuvAL, op. cit., p. 22.
L'effort poursuivi dans les exercices de la piété et de l'étude se développe enfin sur le terrain de l'action dans les lignes d'ensemble qu'a tracées une formation commune.
L'Organisation, — L'A. C. J. F. a pour cellule initiale le groupe de jeunesse catholique qui est un cercle de jeunes gens : étudiants, employés, ouvriers, cultivateurs, dont l'âge minimum est fixé à quinze ans et l'âge maximum à trentecinq, en principe. Ces deux limites s'expliquent par ce fait, qu'avant quinze ans, le jeune homme n'a pas acquis la maturité d'esprit nécessaire pour se consacrer à l'étude des questions traitées, et qu'après trente-cinq ans, la formation religieuseet sociale de l'homme est achevée.
Si les statuts imposent ces conditions d'âge, l'Association ne se désintéresse ni de ceux qui n'ont pas encore atteint la limite minima, ni de ceux qui ont dépassé la limite maxima ; afin de préparer le recrutement normal de ces groupes, elle a prévu la constitution d'avant-gardes, qui sont des réunions d'enfants dirigées par un aumônier, qui les prépare à servir, lorsqu'ils en auront l'âge, l'idéal de l'association.
Les anciens de l'Association, contraints par suite de leur âge de quitter les groupes, ne perdent pas cependant tout contact avec eux ; ils en demeurent les conseillers, apportant dans les congrès le fruit de leur expérience. Ils assurent dans la vie publique la direction des institutions économiques et sociales à la gestion desquelles ils ont été préparés, et dans le cadre desquelles les jeunes pourront perfectionner leurs connaissances.
Le Groupe est dirigé par un président et un bureau élus par ses membres ; un aumônier les assiste, mais son rôle est celui d'un conseiller et d'un guide : il préside les réunions religieuses, dirige les études et les discussions doctrinales, mais laisse libre carrière aux initiatives des dirigeants.
Les Groupes sont fédérés soit par diocèse, soit par département ; au-dessus du groupe se trouve donc soit VUnion diocésaine, soit VUnion départementale, suivant le nombre et l'importance des groupes.
L'Union diocésaine est administrée par un conseil dit diocésain, formé par l'association des délégués de tous les groupes du diocèse et qui se réunit une fois par an. Ce conseil élit un Comité diocésain qui est permanent et qui assure le fonctionnement des services de l'Union ; il est assisté d'un aumônier dont la présence se rencontre, d'ailleurs, à tous les échelons de l'A. C. J. F.
L'Union. diocésaine sert de trait d'union, d'une part entre les groupes eux-mêmes, et d'autre part, entre les groupes et l'Union régionale.
UUnion régionale est la fédération des Unions diocésaines. Son rôle consiste à adapter le programme de l'Association à une même région en tenant compte des tempéraments qui lui sont spéciaux. Elle possède un Conseil et un Comité régional. Ce dernier s'attache à réunir les présidents des groupes affiliés pour leur transmettre les directives du Comité général et faire parvenir à ce dernier les aspirations, les desiderata, et les besoins des groupes.
Les Unions régionales sont réparties sur le territoire du pays en zones.
Au sommet de ces groupements se trouve la Fédération Nationale avec ses deux organismes : le Conseil fédéral et le Comité général.
Le Conseil fédéral est l'Assemblée Générale annuelle des délégués de tous les groupes de l'A. C. J. F. qui prend les décidons relatives à la marche générale de l'œuvre et nomme le Comité général. Ce dernier comprend le Président général ît dix Membres ainsi qu'un aumônier général ; il a pour îharge d'exécuter les décisions prises par le Conseil fédéral : ;es deux groupes sont donc comme le pouvoir exécutif et législatif de l'Association.
C'est au Comité général qu'est rattaché le Secrétariat général (1).
La liaison entre les groupes de l'Association est également effectuée par la publication de journaux ou de revues. L'organe officiel a pour titre : « Les Annales de la Jeunesse Catholique ». C'est une revue bi-mensuelle de doctrine et de documentation religieuse et sociale. Les chefs de groupe y puisent un mot d'ordre, ainsi que les directives officielles du Comité Général ; c'est par elle qu'ils sont mis au courant de la vie générale de l'Association.
Il y a également « La Vie Nouvelle » qui est un journal mensuel de propagande des idées de l'Association ; la partie commune est rédigée par le Comité Général et la partie spéciale est réservée aux groupes ; « Les Mots d'Ordre » et les « Traits d'Union diocésains ».
Enfin, chaque groupe peut posséder un bulletin spécial et parfois même un journal hebdomadaire ou bi-mensuel.
Comme on le voit, l'organisation de l'Association présente certaines caractéristiques :
— elle est d'abord essentiellement régionaliste : convaincue que l'esprit provincial est un ferment de vie, l'Association entend décentraliser son action : les groupes et les unions
(1) Le Secrétariat général de TA. C. J. F. est installé à Paris, 14, rue d'Assas.
gardent leur autonomie la plus complète en ce qui concerne leur organisation intérieure, à la condition, toutefois, qu'ils se conforment aux règles générales fixées par la Fédération Nationale, dans le choix des moyens d'action dont on leur laisse la liberté.
— elle est ensuite élective afin d'habituer ses membres à discerner parmi eux ceux qui sont les plus capables de les représenter et d'en devenir les chefs.
— elle est enfin laïque tout en restant soumise à l'autorité de l'Eglise.
— Composée uniquement de jeunes gens laïques, elle entend préparer leur formation dans le cadre de la vie chrétienne, et c'est pourquoi elle resiDeete la hiérarchie catholique.
Ainsi donc, l'A. G. J. F. entend être non seulement un mouvement d'idées, mais aussi une force organisée et hiérarchisée : elle est donc une fédération de groupes et non une association d'individus.
Cette organisation a, d'ailleurs, reçu l'approbation du Souverain Pontife, puisque Pie X a pu écrire à son président, M. Jean Lerolle, le 22 Février 1907 : « Il y a lieu également d'approuver votre genre d'organisation grâce auquel, en se multipliant par toute la France, les groupes de jeunes gens restent harmonieusement soumis comme les membres d'un corps unique. Rien n'est plus sage, nous tenons à le dire, car c'est l'affaire de tous que le salut de toute la jeunesse nationale, et c'est pourquoi nous estimons, cher fils, qu'il vous faut garder avec soin votre cohésion. »
L'Association Catholique de la Jeunesse Française est donc bien, suivant l'heureuse expression de Prélot, « la fille de la pensée sociale du Comte Albert de Mun » (1). Comme l'Œuvre des Cercles, elle est née « au contact de la multitude et des souffrances imméritées » ; comme elle, elle s'inspire de la doctrine catholique sociale, mais si, comme elle aussi, elle se préoccupe de rétablir l'ordre social chrétien, elle en poursuit toutefois la restauration par des moyens différents et qui suffisent à caractériser, comme nous nous sommes attaché à le montrer, son recrutement, sa méthode, son but immédiat, et son organisation.
Il convient, toutefois, en terminant, de noter que l'A.C.J.F. qui était surtout à l'origine une association d'étudiants, a bien« tôt compris la nécessité d'entrer en contact avec le peuple, et pour justifier son titre, de grouper toutes les élites intellectuelles, ouvrières et paysannes, afin de constituer une fédéra-
(1) Un Programme de Jeunes, op. cit., p. 54.
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tion de toutes les forces jeunes et catholiques de France ; le congrès de Besançon (Novembre 1898) marque la date de cette évolution.
Sous la pression des événements, TA. C. J. F. a cherché, ensuite, non plus seulement à former chrétiennement des hommes, mais à préparer aussi des citoyens : le congrès de Tours (1897) et celui de Bordeaux (1923), consacrés à la formation civique, soulignent la nature de ses préoccupations.
A l'heure actuelle, elle oriente nettement ses efforts vers la énétration des milieux ouvriers afin de soustraire le prolétariat à l'emprise du communisme révolutionnaire et matérialiste.
Peut-être certains, désireux de juger l'arbre aux fruits, seraient-ils tentés, pour apprécier la valeur pratique de FA. C. J. F. de lui réclamer le bilan de ses réalisations. Les résultats acquis par l'A. C. J. F. sont incontestables, mais plus encore que pour l'Œuvre des Cercles, ils sont avant tout d'ordre moral, car elle est essentiellement une œuvre de formation.
Elle constitue « une camaraderie organisée » ; elle a « formé une famille intellectuelle, une génération d'esprit vraiment catholique et social » (1).
Sans doute l'Association est une œuvre de jeunesse. Ne veut-elle pas être une pépinière d'hommes d'action ? « Si le rôle propre de l'A. C. J. F. ne se détache pas en un suffisant relief dès maintenant, c'est parce que, avant tout, sa collaboration est une contribution » (2).
Œuvre de jeunesse, disons-nous, et ceci peut expliquer ses faiblesses et ses impuissances apparentes, mais la jeunesse, a dit un philosophe, est un joli défaut, et c'est pourquoi l'A. C. J. F., à l'heure où les forces morales font partie intégrante des richesses du patrimoine national, garde une valeur incontestable : ne porte-t-elle pas en elle les promesses de l'avenir qui monte et vers lequel elle va, pleine de l'enthousiasme qu'a su lui communiquer son inspirateur, à la mémoire et à l'enseignement duquel elle entend demeurer fidèle, et qui aimait à saluer en elle « la grande espérance de notre tenij^s » (3).
(1) Un Programme de Jeunes, p. 39 (Eblé).
(2) Un Programme de Jeunes, p. 62 (Prelot).
(3) De Mun. La Conquête du Peuple, pp. 92-93.